Archives pour la catégorie “Architecture”

Quand les pubards se mettent à l’archi, ça donne ça :

Les imaginaires publicitaires ne mentent pas… Je ne sais pas pour vous, mais cette récente campagne pour la Cité de l’Architecture et du Patrimoine illustre selon moi toutes les errances d’une certaine frange de l’architecture contemporaine1

On annonce vouloir rendre l’architecture plus humaine, la rapprocher des citadins et de leur quotidien, l’inscrire dans le paysage environnant… mais en réalité, on arrive à ne se l’envisager qu’en vase clos, totalement déconnectée du réel urbain. « Anurbanité » : la négation de la ville ? C’est en tous cas ce que traduit inconsciemment cette campagne – qui ne rend pas hommage au travail de la Cité Chaillot (ni à la Villa Savoye qui sert ici de modèle, et encore moins à la maison GO de Thionville de la photo suivante). Merci Euro RSCG…

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  1. Plus d’informations sur la campagne ici : « Signés ‘Venez voir l’architecture de plus près, trois visuels photographiés par Denys Vinson et assemblés par HPS, montrent des bâtiments emblématiques comme autant d’œuvres d’art exposées. La chapelle du XIIIème siècle située dans les Côtes d’Armor, la loge du jardinier de la Villa Savoye de Le Corbusier à Poissy, la maison GO de Périphériques Architectures à Thionville (voir photo) couvrent le spectre chronologique des collections permanentes de la Cité, du Moyen Âge à nos jours. » []

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[Première série officielle de pop-up urbain, DÉCORS sera consacrée aux paysages urbains dans les séries, un pilier de la culture pop&geek (et une de mes grandes passions) que j'avais paradoxalement assez peu abordé sur ce blog. Une fois n'est pas coutume, les billets seront donc autant visuels qu'analytiques (cliquez pour voir les images en grande taille). Objectif : décrypter les formes urbaines qui composent ces séries pour mieux comprendre notre environnement contemporain.

Le prochain épisode sera consacré à la bourgade texane de Dillon dans Friday Night Lights. Mais pour l'heure, direction la banlieue de Londres avec Misfitsses super(anti)héros délinquants, et ses décors de béton triste. Qu'est-ce que cela raconte de notre regard sur les périphéries urbaines ?]

Il est frappant de constater le très faible nombre de super-héros officiant hors des villes denses1. Les justiciers masqués sont les « saints patrons des villes » ; il existe même un super-héros dont le pouvoir est justement « d’entendre » la ville. Mais qui reste-t-il pour protéger les banlieues – qu’elles soient pavillonnaires ou bétonnées ?

Ce déficit est relativement logique : la culture ‘super-héros’ s’est construite sous le règne de la banlieue pavillonnaire, symbole du rêve américain et qui ne peut donc qu’être tranquille et apaisée ; inversement, la ville dense est perçue comme violente et dépravée, un terrain de jeu idéal pour les super-héros (voire aussi ici). Entre les deux, la ville moyenne étalée est quant à elle quasiment absente du sujet. Mais l’évolution du contexte urbain aux USA2 tend à faire bouger les lignes.

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  1. cf. Superheroes in suburbs ? : « Now I’m trying to remember if any major superheroes are set in suburban contexts. Nothing really comes to mind. Green Lantern was set in Coast City (an LA doppleganger), the Flash takes place in Central City/Keystone City, which are Midwestern cities like St. Louis, and Hawkman and Hawkgirl patrol St. Roch, which is the equivalent of New Orleans. For a while, Wonder Woman was based in Gateway City, which I think was supposed to be San Francisco. I think Green Arrow’s Star City is somewhere in the Pacific Northwest, like Seattle or Portland, but I’m not sure. Superman, of course, hails from Smallville and moved to Metropolis, signifying the American historical shift from rural to urban areas » []
  2. Crise de la suburbia et revitalisation des villes denses + baisse de la criminalité urbaine, cf. Why Does My City Scream []

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[Comme dans les bons DVD, voici quelques complément à mon décryptage des paysages urbains dans la série Misfits. Bon visionnage !]

1. Pour les amateurs de ludotopies (= imaginaires urbains dans les jeux vidéo) et plus spécifiquement de GTA : dans le 4e épisode de la seconde saison, l’ennemi voit malgré lui la ville comme s’il était dans un GTA-like.

Malgré son côté assez cliché (comme la plupart des ennemis de la série, son seul vrai défaut), on appréciera la fidélité et le soin apporté aux éléments de gameplay (notamment la carte, qui suit les mouvements de tête du personnage !)

Au-delà de son caractère intriguant, le décalage entre la ville réelle et virtuelle (volontairement enlaidie) contribue à sa manière à révéler la beauté du béton que j’évoquais dans mon analyse. Une belle trouvaille, donc.

2. Enfin, régalez-vous les rétines avec ces superbes patchworks de captures d’écran, très justement intitulés « Concrete & Vandalism ». Félicitations à l’auteur(e) de ces tableaux !

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[ Avant-propos : URBAN AFTER ALL prend de la hauteur dans ce 16e épisode, afin d'autopsier l'une des grandes figure de l'utopie urbaine post-industrielle. Le lien original est à lire ici, et vous pouvez aussi nous suivre sur facebookN'oubliez pas de lire, en complément, l'inventaire des villes volantes dans la culture pop&geek publié en écho à cette chronique ! ]

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C’est une tradition dans les médias : chaque inauguration d’un gratte-ciel, comme la Tour First la semaine dernière, est l’occasion de rappeler l’éternelle quête de hauteur de l’homo urbanusdepuis Babel jusqu’à Dubaï. Et si les gratte-ciels sont le versant “réalisé” de ce syndrome d’Icare, la figure de la “cité volante” en est le pendant imaginaire et onirique. La ville volante jouit ainsi d’une belle présence dans les projets architecturaux du XXe siècle, aux côtés des autres grands archétypes urbains que sont la ville mobile, la ville flottante et la ville fertile (décortiquée la semaine dernière). Fortement relayés dans des médias grand public grâce à leurs visuels séducteurs flattant les fantasmes de l’Homme-oiseau, les projets de ville volante sont ainsi bien inscrits dans l’imaginaire urbain collectif. Et c’est bien ça le souci.

Car derrière ses atours enchanteurs, la ville volante véhicule en effet certaines valeurs qu’il nous semble nécessaire de remettre en question ; ce sera l’objectif de cette chronique, qui vous invite à vous méfier davantage de ces utopies tentatrices. A l’instar d’Icare, ne risquons-nous pas de nous brûler les ailes à trop vouloir voler ? Et existe-t-il une autre voie pour imaginer la ville en l’air ?

Une histoire récente

L’histoire de la ville volante remonte aux voyages de Gulliver découvrant Laputa (1727). Cette utopie a conquis depuis de nombreux esprits, en témoigne cette chrono-bibliographie des “îles aériennes” dans la littérature et la bande-dessinée populaires. Mais c’est surtout avec la révolution industrielle que l’idée d’une cité volante va prendre son essor et germer chez les urbanistes en tant qu’utopie “réaliste”. Citons en particulier la Ville volante de Georgij Krutikov (1928), une cité futuriste  que nous décrit François Delarue :

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[ Avant-propos : URBAN AFTER ALL se met au vert... et contre tous ? Le lien original est à lire ici, et vous pouvez aussi nous suivre sur facebook ! ]

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La nature a horreur du vide, dit l’adage. Et si la nature avait aussi horreur du “plein” que représente la ville ? La question se pose, au vu des nombreuses œuvres culturelles mettant en scène une nature hostile à l’égard de la civilisation et de son principal avatar, la ville dense (cf. exemples ci-dessous, qui mêlent films catastrophes ou jeux écolo).

Bizarrement, assez peu d’architectes et urbanistes semblent vouloir se saisir de cette problématique. Ainsi, alors que l’occasion s’y prêtait à merveille, l’exposition “La ville fertile” (qui se tient en ce moment à la Cité de l’architecture, et à qui j’emprunte cette formule) n’aura jamais abordé cette face sombre de la nature urbaine, à mon grand regret / étonnement. Il y aurait pourtant énormément à en dire. Comment expliquer la profusion de ces visions post-apocalyptiques dans lesquelles la nature reprend ses droits sur l’Humain (à l’image de ces diaporamas ou de cesillustrations) ? Et surtout, qu’est-ce que cela traduit de notre rapport à la nature urbaine ?

De Phénomènes à Princesse Mononoké

Les exemples sont légion dans la culture populaire, notamment dans la seconde partie du XXesiècle, qui mettent en scène la révolte de la nature face à l’homme moderne. La multiplication de nanars impliquant plantes carnivores et animaux enragés en est un excellent témoin. Le site “Agressions animales” recense d’ailleurs ces œuvres de série B, avec un sous-titre on ne peut plus explicite : “La revanche de la Nature sur l’Homme. Animaux tueurs et catastrophes naturelles au cinéma.”

Plus subtil mais pas forcément meilleur, le récent Phénomènes, de M. Night Shyamalan (2008) s’inscrit lui aussi dans cette voie, en expliquant le suicide massif de nombreuses personnes comme “une revanche de la nature, qui sécréterait des toxines atteignant le cerveau humain et engendrant dépression et envie immédiate de mettre fin à ses jours. [...] Faux film catastrophe, Phénomènes parvient à instaurer de la tension en ne filmant que des arbres ou de l’herbe qui bouge au gré du vent” (Merci @Belassalle)

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Les architectes aiment le gazon et tiennent à le faire savoir, comme en témoigne l’exposition « La ville fertile » (juqu’au 24 juillet à la Cité de l’architecture et du patrimoine). Faut-il y voir un signe de rédemption ? Ce serait être de mauvaise foi que de nier l’effort que font certains architectes depuis des décennies pour sortir la profession de leur tour d’ivoire. De même, j’aurais pu taper dans la mare et faire mon troll en titrant ce billet « Ville fertile, expo stérile », mais ce serait trop zemmourien. Car l’expo vaut vraiment le détour, tant dans la forme que dans le fond (contrairement à l’expo « La ville dessinée » de l’an passé)… sans être franchement satisfaisante pour autant. Explications de mon (re)sentiment, après avoir vu l’expo en petit comité [PS : Caroline, du Groupe Chronos, est moins sévère que moi mais son compte-rendu complète à merveille celui qui suit. Allez donc y jeter un oeil !]

Malgré ce que j’ai écrit en introduction, force est de constater qu’un certain nombre d’architectes a encore du mal à comprendre les enjeux urbains de manière systémique. On pourrait ainsi résumer la grande majorité des projets présentés en quelques mots : « je mets du vert partout, ça devrait passer ». Prenons le cas du plateau de Saclay, cité parmi les exemples de « projets fertiles ». Je veux bien qu’on me fasse avaler le cadre bucolique du pôle ; mais de là à le faire passer pour un projet écolo, je pouffe ! Car pour se rendre à Saclay, n’espérez pas vous passer de votre voiture…!

De même, le projet de périph’ reboisé résume à lui seul toute mon aigreur : on met du vert partout, mais sans jamais remettre en cause la pertinence d’un périphérique automobile sur le long terme. Agrémentez le tout de quelques montages photo montrant des bambins en poussettes et des mamans souriantes (et blanches, cf. les compères de Deux Degrés), et vous êtes sûr que votre projet passera comme une lettre à la poste.

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