Archives pour la catégorie “Développement durable”

[ Avant-propos : URBAN AFTER ALL se met au vert... et contre tous ? Le lien original est à lire ici, et vous pouvez aussi nous suivre sur facebook ! ]

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La nature a horreur du vide, dit l’adage. Et si la nature avait aussi horreur du “plein” que représente la ville ? La question se pose, au vu des nombreuses œuvres culturelles mettant en scène une nature hostile à l’égard de la civilisation et de son principal avatar, la ville dense (cf. exemples ci-dessous, qui mêlent films catastrophes ou jeux écolo).

Bizarrement, assez peu d’architectes et urbanistes semblent vouloir se saisir de cette problématique. Ainsi, alors que l’occasion s’y prêtait à merveille, l’exposition “La ville fertile” (qui se tient en ce moment à la Cité de l’architecture, et à qui j’emprunte cette formule) n’aura jamais abordé cette face sombre de la nature urbaine, à mon grand regret / étonnement. Il y aurait pourtant énormément à en dire. Comment expliquer la profusion de ces visions post-apocalyptiques dans lesquelles la nature reprend ses droits sur l’Humain (à l’image de ces diaporamas ou de cesillustrations) ? Et surtout, qu’est-ce que cela traduit de notre rapport à la nature urbaine ?

De Phénomènes à Princesse Mononoké

Les exemples sont légion dans la culture populaire, notamment dans la seconde partie du XXesiècle, qui mettent en scène la révolte de la nature face à l’homme moderne. La multiplication de nanars impliquant plantes carnivores et animaux enragés en est un excellent témoin. Le site “Agressions animales” recense d’ailleurs ces œuvres de série B, avec un sous-titre on ne peut plus explicite : “La revanche de la Nature sur l’Homme. Animaux tueurs et catastrophes naturelles au cinéma.”

Plus subtil mais pas forcément meilleur, le récent Phénomènes, de M. Night Shyamalan (2008) s’inscrit lui aussi dans cette voie, en expliquant le suicide massif de nombreuses personnes comme “une revanche de la nature, qui sécréterait des toxines atteignant le cerveau humain et engendrant dépression et envie immédiate de mettre fin à ses jours. [...] Faux film catastrophe, Phénomènes parvient à instaurer de la tension en ne filmant que des arbres ou de l’herbe qui bouge au gré du vent” (Merci @Belassalle)

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Les architectes aiment le gazon et tiennent à le faire savoir, comme en témoigne l’exposition « La ville fertile » (juqu’au 24 juillet à la Cité de l’architecture et du patrimoine). Faut-il y voir un signe de rédemption ? Ce serait être de mauvaise foi que de nier l’effort que font certains architectes depuis des décennies pour sortir la profession de leur tour d’ivoire. De même, j’aurais pu taper dans la mare et faire mon troll en titrant ce billet « Ville fertile, expo stérile », mais ce serait trop zemmourien. Car l’expo vaut vraiment le détour, tant dans la forme que dans le fond (contrairement à l’expo « La ville dessinée » de l’an passé)… sans être franchement satisfaisante pour autant. Explications de mon (re)sentiment, après avoir vu l’expo en petit comité [PS : Caroline, du Groupe Chronos, est moins sévère que moi mais son compte-rendu complète à merveille celui qui suit. Allez donc y jeter un oeil !]

Malgré ce que j’ai écrit en introduction, force est de constater qu’un certain nombre d’architectes a encore du mal à comprendre les enjeux urbains de manière systémique. On pourrait ainsi résumer la grande majorité des projets présentés en quelques mots : « je mets du vert partout, ça devrait passer ». Prenons le cas du plateau de Saclay, cité parmi les exemples de « projets fertiles ». Je veux bien qu’on me fasse avaler le cadre bucolique du pôle ; mais de là à le faire passer pour un projet écolo, je pouffe ! Car pour se rendre à Saclay, n’espérez pas vous passer de votre voiture…!

De même, le projet de périph’ reboisé résume à lui seul toute mon aigreur : on met du vert partout, mais sans jamais remettre en cause la pertinence d’un périphérique automobile sur le long terme. Agrémentez le tout de quelques montages photo montrant des bambins en poussettes et des mamans souriantes (et blanches, cf. les compères de Deux Degrés), et vous êtes sûr que votre projet passera comme une lettre à la poste.

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« Récap’ de 30 années de gaming. Années 80 : vous jouez seul dans votre chambre. Années 90 : vous tentez de squatter le salon. Années 2000 : toute la famille se décide à vous rejoindre. 2010 : le jeu vidéo s’installe dehors ? »

, écrivait Rémi Vermont en introduction de l’article « Live Action Hero », dans l’excellent AMUSEMENT n°9, un numéro dédié aux liens entre sports et jeux vidéo.

Parallèlement à cette évolution du jeu, la figure du joueur se métamorphose : à la représentation traditionnelle d’un joueur avachi et bedonnant se développe celle, bien plus glamour, d’un individu dynamique et sportif, qui n’hésite pas à suer pour le score (cf. les publicités pour Wii Sports, Wii Fit et bien évidemment Kinect). La chenille nerd devient un papillon bankable, participant de facto à rendre le jeu vidéo plus fréquentable.

Cela vaut directement pour les territoires urbains, longtemps réfractaires à ces pratiques de « petits cons » (je caricature, mais vous avez l’idée. Cf. Ville ludifiée, ville lubrifiée ?). Dès lors, les perspectives se multiplient pour la ville : et si le jeu vidéo «IRL » (in real life) devenait le moteur de nouvelles pratiques plus vertueuses ? Concrètement : le jeu peut-il par exemple pousser les citadins à marcher, voire à courir davantage ? C’est en tous cas ce dont sont persuadés les promoteurs d’une certaine « gameification » des espaces urbains [on parlera en français de « ludification »], dont je fais partie (mais vous l’aviez compris ^^)

Le terme est suffisamment explicite : il s’agit d’exploiter les mécanismes ludiques, hérités de la culture jeu vidéo (highscores, badges et achievements, etc.), pour favoriser de nouvelles/meilleures pratiques (ex. : Sortir les poubelles = 50 XP). C’était d’ailleurs l’objet d’une présentation donnée le 15 octobre dernier au Grand Lyon, sobrement intitulée « LudiCité : facilitateur d’urbanité », et sur laquelle je reviendrai prochainement..

Certains n’ont en tous cas pas attendus que se développent ces usages pour concrétiser leurs fantasmes sportifo-ludiques. Voilà donc ce à quoi pourrait ressembler les programmes de remise en forme dans la ville augmentée de demain :

On appréciera le choix judicieux de Super Mario 64, probablement l’un de mes jeux préférés, et surtout mètre-étalon des jeux de plateforme en 3D. Idéal, donc, pour rendre compte de cette ludification de l’espace urbain !

PS : on retrouve une scène similaire « d’attrapage de champignon » (symbolisant l’obtention d’une vie bonus dans les Mario) dans la bédé et dans le film Scott Pilgrim vs. the World (à 1’30 dans la vidéo). Témoignage supplémentaire, s’il en fallait, de l’actualité de ce discours « ludifiant » dans l’inconscient populaire ! Qui sait, peut-être ferons-nous de même pour mesurer, dans quelques années, l’effet sur notre bonne santé de ces joggings augmentés…

Merci à Queen Pénélope pour la découverte ;-)

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Bonus stage : Footing tokyoïte en chambre, billet écrit il y a bientôt 2 ans pour le Groupe Chronos :-)

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[Note : ce texte a été rédigé pour Owni, dans le cadre d'un beau triptyque sur les mobilités urbaines : la suite ici (par Sylvain Lapoix) et  (par votre aimable serviteur). Je me suis par ailleurs permis de reprendre les commentaires originaux, afin que tout le monde puisse en profiter. Le billet original est à lire ici ; mes autres contributions sont à découvrir . Encore merci à Owni pour leur aide, leurs corrections et surtout leur amitié !]

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La vitesse, c’est le mal

“La vitesse physique de déplacement vous fige. On est inerte, délatéralisé. Oui, les œillères, c’est la vitesse”, prêche Paul Virilio dans un entretien fleuve accordée à VICE. “Au secours ! Tout va trop vite !”, titre de son côté Le Monde Magazine pour résumer un peu hâtivement (lol) une excellente interview du sociologue allemand Hartmut Rosa, auteur d’un essai sur “l’accélération” de nos sociétés (La Découverte). Le rappeur Oxmo Puccino, enfin, complète notre trio de Sages avec ces lyrics tirées de Demain peut-être (vers 3’10”) :

“On se dématérialise, devenons matérialistes
Et on ne réalise pas que tout va si vite
Mais la vitesse n’emmène pas loin,
A quoi bon s’élever pour
Tourner en rond ?”

Point commun de ce podium “vitessophobe” ? Vous l’aurez compris : la vitesse c’est le mal, et le progrès technique est sans surprise jugé coupable de cette accélération vertement critiquée (ils ne sont évidemment pas les seuls). Il serait difficile de leur donner tort, du moins sur le constat. À vrai dire, comment pourrait-on contredire Hartmut Rosa quand il rappelle que “le temps a anéanti l’espace. Avec l’accélération des transports, la consommation, la communication, je veux dire “l’accélération technique”, la planète semble se rétrécir tant sur le plan spatial que matériel. Des études ont montré que la Terre nous apparaît soixante fois plus petite qu’avant la révolution des transports. Le monde est à portée de main.” Thank you, Captain Obvious ! Car la critique de la vitesse fait rarement dans la subtilité, et nos sages enfoncent des portes grandes ouvertes.

{ Cliquer ici pour lire la suite et faire front contre le dogme du mouvement. }

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Il aura donc fallu attendre l’été 2010 pour que l’une de mégalopoles les plus influentes du globe se décide enfin à se doter d’un système de mobilités durables digne de ce nom. De quelle ville parle-t-on ? Mais de LEGO City, bien sûr !

Car la capitale mondiale des bonshommes à tête jaune était jusque là doté d’un système de transports en commun que l’on qualifiera, pour être poli, d’assez sommaire – malgré un réseau ferroviaire relativement correct, toutefois principalement exploité par le fret. Il suffit de jeter un oeil aux précédentes versions de LEGO City (dans la Bible qu’est le LEGO Collector, par exemple) pour mesurer l’omniprésence de la voiture individuelle dans l’écosystème de mobilité de la ville. Quelques vélos viendront évidemment donner à ces images ce petit air « so danish » qui fait le charme des LEGO, mais le fait est là : LEGO City, officiellement fondée en 1978, est un pur produit de notre fin de siècle, dévouée aux vroum-vroums vrombissants. A jamais ? Rien n’est moins sûr. Il y a un peu moins d’un an, j’écrivais justement :

« L’imaginaire urbain des Lego est paradoxal. Malgré ses origines danoises, le durable occupe une part encore limitée des constructions, où les voitures individuelles restent la norme. Mais qui sait, peut-être LEGO City fermera-t-elle un jour son centre-ville aux automobiles ! »

{ Cliquer ici pour lire la suite, et voir son enfance voter Noël Mamère }

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Un jour je construirai une ville immense
Que j’appellerai Amour City.
Les maisons en forme de montgolfières
Seront suspendues dans les airs.
Nous vivrons tous dans des villas végétales
Aussi lumineuses que des aurores boréales.
Nous ferons l’amour le jour et la nuit
Dans la ville que je nommerai Amour City.

Nous baignerons dans des lacs d’eau claire
Creusés au sommet des nuages.
Nous parlerons aux animaux sauvages
Dans des jardins spectaculaires.
Nous entendrons le chant des étoiles filantes.
Nous voyagerons toujours en tapis volant.
Nous ferons l’amour le jour et la nuit
Dans la ville que je nommerai Amour City.

[EDIT du 14/08 : dernier couplet ajouté suite au commentaire de Julien Ribot himself]

Et lorsque vous serez tous près de moi
Je vous garderai pour toujours.
Et même si vous ne le voulez pas
Vous ne pourrez plus vous en aller.
Vous chanterez à tout jamais
Amour City, Amour City…

Julien Ribot, « Amour City »

A découvrir sur l’album « Vega »

J’adore cette chanson de Julien Ribot. Mais elle m’énerve gentiment.

{ Et vous souhaitez peut-être savoir pourquoi ? Cliquer ici pour lire la suite :-) }

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Le consensus général autour de l’impératif durable ne doit pas faire oublier les profondes différences qui existent sur les fins et les moyens de l’écologie. Le débat n’est pas seulement politique ; il est aussi civilisationnel, comme en témoigne le pasteur Eric George sur son blog Miettes de théologie :

« En revanche, en tant que chrétien nous devons nous garder d’une conception idolâtre de l’écologie. On voit en effet réapparaître, sous maints aspects, l’idée d’une nature vivante, sacrée qu’il nous faudrait respecter sous peine d’encourir sa colère. C’est le succès du New Age, du chamanisme, la résurgence du paganisme sous la forme du Wikka1. C’est aussi la cosmologie asiatique de plus en plus présente dans notre culture. Les pokemon en sont un bon exemple, ces monstres de poches sont en effet étroitement liés à différents aspect de la natures (empruntés au shintoïsme).

Bref, Pikachu et consorts sont une version à peine modernisée des esprits des eaux et des forêts. Je pourrais évoquer le succès (mérité) de dessins animés bien plus poétiques et subtils tels que Princesse Mononoke ou Le voyage de Chihiro. Une part non négligeable du discours écologique me paraît donc s’accompagner d’un retour à la personnification et à la vénération de la Nature. »

Malgré sa légèreté, la question posée est on ne peut plus pertinente, et l’allusion à Pokémon parfaitement légitime. Une brève connaissance des origines de cette saga vidéoludique permet de s’en convaincre :

« Dépassé par le développement urbain et la consécration du « tout-en-béton », [le créateur de Pokémon] Satoshi Tajiri voue un culte particulier à dame Nature. [...] Impuissant, il assiste à la destruction de tout un patrimoine naturel et, animé d’une pulsion indomptable, entreprend de collectionner les insectes dans un souci de préservation. »2

Ajoutez à cela un univers extrêmement cohérent dans lesquel quelques Pokémon légendaires font office de Grand Horloger (cf. cet article extrêmement documenté sur la cosmognie dans Pokémon), et vous comprendrez qu’un pasteur soit quelque peu déboussolé !

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Et il n’est pas le seul. Il me semble en effet intéressant, et même nécessaire de s’interroger, dans le contexte mondialisé qui est le nôtre, sur les « figures » qui seront amenées à déterminer notre vision future de l’écologie. S’il serait absurde de penser que les Pokémon ont tout chamboulé3, on peut quand même se demander dans quelle mesure la diffusion de la pop-culture nippone (mais c’est largement valable pour d’autres) contribue à bouger les lignes, même très finement… Pour le meilleur ou pour le pire ? chacun y répondra avec ses convictions.

Reste à savoir si le Christ de la vieille Europe ne pourrait pas cohabiter avec le Dieu Cerf de Miyazaki ! Notons au passage qu’après avoir débuté par du bon gros polythéisme des familles, la cosmogonie de Pokémon finit par flirter avec le monothéïsme (cf. Arceus). Comme quoi…

NB : Le prochain round opposera Dame Nature à ce bon vieux Karl Marx :-)

  1. Si Monsieur Eric George passe par ici, je veux bien qu’il m’explique en commentaire ce à quoi il fait référence ! []
  2. Cf. « Saga Pokémon, quinze ans de business story« , Marc Pétronille, IG Magazine #4. Voire aussi La saga des jeux vidéo, aux éditions Pix’n'Love. []
  3. Je vous rassure, Mr Eric George ne tombe pas dans ce piège []

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[Note : ce texte a été rédigé pour le Laboratoire des villes invisibles, en réponse à une billet de Nicolas Nova sur la ville dans le film d'anticipation Idiocracy. Le billet original est à lire ici ; mes autres contributions à ce beau Labo sont à retrouver .]

Un dépotoir peut-il se transformer en ville durable ? La question peut surprendre, tant notre imaginaire est marqué par le rejet des déchets. Car nos poubelles sont loin d’avoir la cote. Comme souvent, la pop-culture se fait le témoin de notre perception collective du sujet. Les décharges servent ainsi de décor à de nombreuses contre-utopies. Nicolas évoquait il y a quelques semaines la vision ahurie d’Idiocracy, où les ordures accumulées forment de véritables montagnes débordant entre les buildings. C’est ici la bêtise de l’humanité qui provoque l’amoncellement des déchets.

D’autres oeuvres ont préféré symboliser, à travers la question des déchets, les profondes inégalités sociales composant leur univers fictif. Citons par exemple le manga cyberpunk Gunmm, dans lequel la riche cité volante de Zalem déverse un torrent d’ordures sur la ville-décharge de Kuzutetsu, évidemment marquée par l’ultra-violence (via).

Zalem - Gunmm

Les oubliés de Vulcain, roman-jeunesse de Danielle Martinigol (2001), s’inspire de la même thématique. Les ordures, largués depuis le ciel sur la planète Vulcain, expriment l’urgence à la fois sociale et écologique du développement durable.

les oubliés de vulcain

De nombreuses autres oeuvres existent qui mettent en scène des villes-dépotoirs (N’hésitez pas à nous envoyer un mail ou à laisser un commentaire si vous souhaitez nous en faire part, peut-être pour un prochain billet !).

Faut-il s’étonner, dans ce contexte, de voir des architectes et urbanistes s’emparer du sujet pour formuler d’autres perspectives, cette fois utopiques et durables ? Le think-tank urbain Terreform, dont on avait déjà parlé dans le billet consacré aux villes mobiles, propose ainsi d’exploiter les gigantesques décharges new-yorkaises… pour bâtir une nouvelle extension de Big Apple ! Voici comment les architectes de Terraform explicitent leur projet, intitulé « Rapid Re(f)use: Waste to resource city 2120 » :

Rapid Re(f)use 1

New York City is disposing of 38,000 tons of waste per day. Most of this discarded material ended up in Fresh Kills landfill before it closed. The Rapid Re(f)use project supposes an extended New York reconstituted from its own landfill material.

Our concept remakes the city by utilizing the trash at Fresh Kills. With our method, we can remake seven entirely new Manhattan islands at full scale. Automated robot 3d printers are modified to process trash and complete this task within decades. These robots are based on existing techniques commonly found in industrial waste compaction devices. Instead of machines that crush objects into cubes, these devices have jaws that make simple shape grammars for assembly.

Different materials serve specified purposes; plastic for fenestration, organic compounds for temporary scaffolds, metals for primary structures, and etc. Eventually, the future city makes no distinction between waste and supply.

rapid refuse 2

Malgré ses allures révolutionnaires, le projet s’inscrit pleinement dans l’air du temps, grâce à l’essor de la logique durable qui aura progressivement réussi à faire accepter l’idée d’une réutilisation massifiée des déchets domestiques. Preuve de sa pertinence certaine, le projet systémique de Terreform imaginé pour la ville de New York (dans laquelle s’inscrit donc leur Rapid Re(f)use) a récemment gagné le Zumtobel Group Award.

Cette logique de recyclage des déchets est d’ailleurs poussée à l’extrême par certains, qui pointent ainsi du doigt les dysfonctionnements de notre système de consommation et/ou d’urbanisation. Le jeune architecte australien Andrew Manyard a ainsi imaginé un robot géant, le CV08, capable de recycler… les zones périurbaines (!), inévitablement laissées en friche par la reconfiguration territoriale qu’il envisage pour 2020 (commentaires sur Transit-City). L’explication parle d’elle-même :

CV08 is a robot that consumes the abandoned suburbs through its front 2 legs. It processes the materials and fires off compacted recycling missiles to awaiting recycling plants. CV08’s middle legs and one rear leg follow the front legs to terra-form the newly revealed earth with native Flora and Fauna. Vast stocks of the Flora and Fauna are stored within CV08 in carbonite sleep until they are required to colonise what was previously suburban wasteland.

cv08 1

cv08 2

cv08 leg

On notera que le CV08 s’attaque aussi au surpoids humain généré par l’utilisation excessive de l’automobile dans ces territoires, puisque le robot “dévoreur de suburbs” est alimenté par la graisse des personnes recyclées. Ou quand l’utopie durable dérive dangereusement. Une façon pour Andrew Manyard d’alerter sur notre propension à peut-être sur-réagir à certaines problématiques. Quel serait alors le juste milieu d’une “utopie du dépotoir” ?

cv08 fat2

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