Archives pour la catégorie “Hacking”

[Quatrième décryptage de ce qui fait la ville agile, rédigé pour le Groupe Chronos. On se remonte les manches et on plonge les mains dans le cambouis du mobilier : câbles, infratructures, etc. Comment intégrer l'agilité dans l'ADN de la ville ?]

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Le plus grisant des « villes agiles », c’est de dépasser les morphologies urbaines préexistantes. Plus elles sont rigides, plus les métamorphoses apparaissent remarquables, qu’il s’agisse d’occuper l’espace laissé vacant par l’automobile avec les parklets, d’augmenter la ville en lui greffant des bidouillages inspirés de la culture hacker, ou de détourner des containers tombés en désuétude. Ces exemples présentent deux curiosités (ou encouragements à la créativité des « agilités »). Il s’agit d’abord de propositions éphémères et souvent plus ludiques que fonctionnelles. Au risque de se répéter : « La ville agile doit-elle nécessairement se construire ‘en CDD’ ? » Imposer l’agilité dans l’ADN même de la ville serait autrement plus classe, non ? Ce sera l’objectif de cette quatrième chronique.

L’autre curiosité tient à la malléabilité des objets urbains remodelés : espaces vacants, mobiliers orphelins, etc. Mais que faire lorsque l’on souhaite s’attaquer au mobilier urbain arrimé à la ville ? L’émergence de la ville et numérique (ou « 2.0 », ou « hybride », ou « intelligente », ou « astucieuse », ou « servicielle »… biffez les mentions inutiles !) souligne avec fracas les limites temporelles du mobilier urbain et leur servitude aux infrastructures lourdes (réseaux de transports, de câble, etc.). Si une poubelle – un panneau, un banc public… (biffez… bis) – s’adapte, se transforme, se recycle, la logique est complexe quand il s’agit d’un mobilier voué à s’incruster dans la ville, au même titre que le bâti ou les infrastructures de transport.

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[Note de Philippe G. : nouveau contributeur invité sur ce blog, merci d'accueillir Adrien Saumier (@adsaum), qui se définit lui-même comme "Francilien du Grand Paris, militant écolo (Verts puis EELV) depuis 2000, et amoureux de science-fiction ; urbain, donc aime imaginer la ville de demain".

L'idée de ce crosspost est venue de la lecture d'un de ses billets sur "la revanche du piéton-cyborg", un sujet très 'pop-up' que je n'ai paradoxalement pas du tout traité ici (je laisse la main à Transit-City)... Adrien a gentiment accepté ma proposition de republication, et c'est sa sa tribune rédigée sur Novo Ideo1 que je reprends ici.

Vous serez en terrain connu, oscillant entre ville agile et ville augmentée, mais avec un autre regard que le mien2 . Je ne partage d’ailleurs pas forcément tous ses avis (notamment sur la réalité augmentée), mais c’est justement ce qui fait l’intérêt de la republication… d’autant plus qu’elle offre un regard clair et précis sur le sujet3. Bonne lecture !]

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Tentons une prospective à court et moyen termes des évolutions possibles de la ville. Pas de grande révolution, mais des petites touches, des évolutions, des inventions qui changent l’univers urbain en profondeur.

Parlons du piéton dans un premier temps, injustement oublié dans les prospectives habituelles qui se concentrent souvent sur les transports motorisés. Enchaînons ensuite sur une série d’innovations pour « hacker » la ville.

Le piéton augmenté, ou piéton 2.0

Avec la fin du pétrole bon marché, on peut raisonnablement espérer la fin des voitures individuelles d’une tonne au sein des villes. Les petits véhicules devraient devenir roi et surtout, surtout, le piéton reprendre sa suprématie. Mais pas comme il y a 150 ans, car l’électronique, la robotique et les Japonais sont passés par là.

Le piéton est souvent le grand oublié des politiques de déplacement urbain. Les ingénieurs, urbanistes et politiques pensent aux routes et à la chaussée (tout le temps), aux pistes cyclables (de temps en temps), aux voies de bus (parfois). Mais il arrive souvent que pendant les aménagements voire après les travaux le piéton soit contraint à de grands détours, à cause d’un rond-point, à cause d’un passage piéton 20 mètres en contrebas d’un carrefour, de double-sens exotiques… Même si la tendance s’inverse quelque peu depuis une dizaine d’années (voies piétonnes, zones 30…).

En 2008, un article d’Ecopolit par Antoine Astruc annonçait la revanche du piéton, et donnait trois objectifs pour une ville agréable, accessible et désirable pour les piétons :

  1. Se donner comme objectif de rendre toute la ville accessible au piéton.
  2. Admettre que le piéton est un très bon moyen de se déplacer.
  3. Assumer le fait qu’une telle politique risque de changer la ville.

Nul besoin de modification massive de Plan de déplacement urbain (PLU) ou de concours international d’architectes-sur-le-retour à lancer, il s’agit simplement de prendre en compte la manière la plus écologique et économique de se déplacer : trottoirs accessibles PMR (personnes à mobilité réduite) partout y compris en périphérie, chemins pensés pour le piéton en premier lieu, densification de la ville, itinéraires rendus agréables en évitant les no man’s land désagréables à traverser…

Cependant, avec une Europe qui vieillit, ainsi que les normes d’accessibilité toujours plus drastiques, n’est-il pas illusoire de rendre toute la ville accessible et assez dense pour penser se passer de véhicules motorisés ?

La revanche du piéton cyborg

Une nouvelle technologie est apparue récemment : la « cybernic », mélange de cybernétique, de robotique. Elle fera (re)marcher des personnes qui ne peuvent pas, ou plus. Et réconciliera les impératifs de déplacements urbains doux et les normes d’accessibilité.

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  1. Plateforme alimentée par des contributeurs bénévoles promouvant les idées écologistes et sociales, progressistes et humanistes. []
  2. Note de Philippe G. : Mon ambition étant de faire de [pop-up] urbain un think-tank pluri-disciplinaire à part entière… []
  3. Note de Philippe G. : Ce qui est une très bonne chose, si j’en crois le récent mail de ma chère mère, qui trouve que je ne suis pas suffisamment pédagogue lorsqu’il s’agit expliquer au « grand public » ce que sera cette fameuse « ville augmentée »… Elle devrait trouver son bonheur avec cet état des lieux exhaustif et illustré, et j’espère que ce sera aussi votre cas. Merci Adrien, et bisous maman ! :p []

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Parfois, parfois, la réalité dépasse une fiction tellement prévisible, qu’on pensait sincèrement que personne ne serait assez con pour la concrétiser un jour. L’avantage, dans ces moments de facepalm, c’est que tous les contre-arguments servant à démontrer la stupidité d’une telle « innovation » sont déjà prêt-à-l’emploi depuis des années, grâce à quelques prospectivistes plus avisés que leurs collègues inventeurs.

De quoi s’agit-il cette fois-ci ? d’une application a priori très louable : un système GPS spécialement destiné aux piétons, dont Microsoft vient d’obtenir le brevet (pourtant déposé en 2007). Ce qui en soi une excellente chose si l’on souhaite véritablement développer la marche urbaine, parent pauvre de la navigation augmentée – malgré quelques tentatives intéressantes n’ayant malheureusement pas la force de frappe d’un tel géant. Sa spécificité ? Le système permettra ainsi d’optimiser la recherche d’itinéraires grâce à l’intégration de diverses données géotaguées :

Microsoft a donc conçu un système capable d’ajuster l’itinéraire d’une personne en fonction de différents facteurs comme la possibilité de spécifier un point d’arrêt. Le calcul est effectué en fonction de l’historique des déplacements de l’utilisateur mais également en recueillant plusieurs informations périphériques comme la météo locale, les statistiques de criminalité ou des données démographiquesrelate Clubic.

Vous avez sûrement tilté, comme moi, sur ces dernières informations… Des statistiques de criminalité, vraiment ? Les médias ont sauté sur l’occasion. Jamais en panne d’inspiration, 7sur7 pose ainsi les pieds dans la platitude, en annonçant dans son titre la vertu fondamentale de l’application : « éviter les quartiers chauds »1, pour le pauvre piéton sans défense que l’on vous suppose être.

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  1. Et bien évidemment, on parle des quartiers chauds les moins « chaleureux »…  Parce que malheureusement, personne ne s’est encore décidé à créer un vrai GPS pour trouver des quartiers rouges ! cf. aussi Du fantasme à la carte []

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Concluons cette belle année 2011 par une superbe publicité1 … à consommer avec la modération qu’exige la trêve hivernale.

Une ode  à la ville-orchestre (évidemment), certes assez lisse mais pas dénuée d’inventivité. On y voit clairement la pénétration du hacking urbain et du détournement dans l’imaginaire de la ville (qu’est-ce d’autre que « remixer la ville », sinon un mash-up ludique créé par les doigts d’un citadin touche-à-tout ?), porté notamment par des créations efficaces telles que le piano/passage-piétons (inspiré par le piano-marche de Volkswagen ?)

Au côté de ces remix relativement light, vous noterez la place qu’occupe l’ambiancement des façades, marotte des publicitaires en 20112 : ambiance techno, sons et lumières sous BPM, qui se traduit logiquement à coup d’enluminures sur tours de verre. Un chouïa regrettable à mon goût. On est d’ailleurs assez loin de la version flashmob de la campagne, plus humaine et diurne que le spot, mais finalement bien moins créative. L’occasion en tous cas de relire ces deux (vieux) billets sur cette « ville en streaming » qui s’annonce à grand renfort de marketing in situ : Pixels et gratte-ciels, et Ravalement de façades.

Par contre, on est encore loin de ma ville idéale : déjà parce que j’écoute de la meilleure musique (… ou pas…) ; ensuite et surtout parce que la mienne serait sponsorisée par de la bière, et non du whisky ! :D

Joyeux réveillon à toutes et à tous !

  1. Publicité découverte pour la première fois en Bulgarie, et je ne pense pas que ce soit un hasard… Je ne l’ai pas vue passer en France, quelqu’un peut me le confirmer/infirmer ? []
  2. Je ne compte plus le nombre de campagnes utilisant la ville-écran, d’ailleurs souvent sans grand culot. []

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[Avant-propos 9 novembre 1989 à Berlin : le Mur s’effrondre. 9 novembre 2011 à Sofia : une centaine de Bulgares se réunissent devant le Monument à l’Armée soviétique pour fêter 22 ans de liberté post-communiste. C’est là que nous avons rencontré Martin Zaimov, candidat malheureux à l'élection de la Mairie en 2007 (soutenu par le centre-droit), où il a terminé second derrière Boïko Borissov - depuis premier ministre du pays, connu en Europe pour son berlusconisme assumé.

Martin Zaimov a un CV chargé : nommé directeur de la Banque Nationale pour redresser le pays lors de la crise de 1997, il a ensuite occupé la vice-présidence du Conseil municipal de la capitale bulgare de 2007 à 2010, où il a notamment conduit la rénovation du Plan de Déplacements. Et c’est autour d'une soupe à l’agneau que nous avons discuté de l’évolution récente de la ville en pleine adolescence, dont la devise “Grandit mais ne vieillit pas” n’a jamais semblé si paradoxale. Des affiches crées par les étudiants en communication visuelle de l’Académie des Arts, dans le cadre d'une exposition temporaire sur la ville, viendront illustrer son propos. En complément, un reportage plus personnel mettant en perspective des extraits de cet entretien, est à découvrir sur le blog du Groupe Chronos : Sofia, le difficile apprentissage des urbanités.]

 

Voilà : nous sommes 22 ans jour pour jour après la chûte du communisme en Bulgarie [Todor Jivkov, leader du pays depuis 1954, est démis de ses fonctions le 10 novembre 1989] et l’ouverture du pays à l’Occident. Où en est Sofia deux décennies plus tard ? Comment ont évolué les urbanités sofiotes ?

Je me rappelle d’un ami, au début des années 90, qui répondait ceci à ceux qui annonçaient la stabilisation du pays dans les cinq ans à venir : “… on se verra dans vingt ans…” Et voilà : aujourd’hui ça fait vingt ans. Il y a eu beaucoup de choses de faites, énormément. Mais il n’y a pas eu d’intervention “intelligente” du pouvoir urbain. Au contraire, il y a eu un laisser-aller, et même pire que ça : une perpétuation de l’exercice du pouvoir corrompu. Résultat : l’évolution urbaine va dans une direction de laideur, et d’agressivité.

Mais en contrepoint, Sofia reste une ville assez libre, très chaotique – un chaos qui correspond à l’esprit des habitants. Bien qu’inhumain, l’urbanisme autoritaire socialiste a créé des parcs, des espaces publics, un système de transports que l’on peut aujourd’hui évaluer positivement. Il y a un fort héritage d’espaces publics ouverts, et la ville est relativement agréable à vivre – en dehors de l’aspect agressif de l’urbanisme. Il y a beaucoup de vie à Sofia – comme beaucoup de villes méditerranéennes et balkaniques, certes, mais peut-être plus encore ici. Cet esprit de liberté marque positivement la capitale.

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[Troisième volet de mes chroniques mensuelles pour Chronos, consacrées aux pistes créatives qui font "la ville en CDD", la rendant ainsi plus flexible et adaptative face aux mutations de notre temps (un choix par ailleurs discutable). Thème du jour, comme son (fabuleux :D) titre l'indique : pourquoi ne recyclerait-on pas AUSSI les bennes et poubelles qui parsèment la ville ?]

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Qu’on le veuille ou non, les ordures participent du métabolisme des villes, marquées par la société de consommation et sa production exponentielle de déchets plus ou moins dégradables, odorants et nuisibles. Allez à Naples ou Palerme pour mesurer le niveau de dépendance des territoires à leur égard, lorsque les éboueurs se mettent en grève. D’autres images de villes-décharge parsèment l’imaginaire, à l’image de ces stupéfiants quartiers du Caire englués dans les ordures (voire aussi La ville-décharge dans le film Idiocracy, commentée par Nicolas Nova).

Ce rôle majeur devrait placer la poubelle – elle s’analyse somme toute comme un mobilier urbain -, au coeur des réflexions de la ville. Pourtant, peu d’acteurs urbains s’intéressent à cette question, sinon sous un angle logistique qui ne nous intéresse guère ici. Si la question des déchets eux-mêmes a été exploitée dans quelques productions architecturales et urbanistiques (cf. L’utopie du dépotoir), leurs « récipients » n’ont pas connu le même succès. Il y aurait pourtant beaucoup à en dire, et encore davantage à en faire dans le cadre de la mutation « agile » des espaces urbains.

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