Archives pour la catégorie “Littérature”

Pour rester dans la thématique cartographique de mon dernier billet (Si les gamers cartographiaient le monde) – pour les cancres qui n’ont pas lu l’entretien en entier -, voici une autre saillie brillante de Nicolas Nova, qui s’attaque cette fois à la « carte sans carte ». Rien que ça !

« Il est important lorsque l’on parle de géolocalisation de ne pas s’arrêter à la notion de carte. L’usage de la carte s’avère en effet compliqué si c’est un téléphone avec un écran assez petit, étant donné que tout le monde n’a pas encore un iPhone1. De plus, la lecture de cartes demande aussi un apprentissage et une maîtrise particulière qui n’est pas toujours partagée.

Du coup, on peut également imaginer d’autres dispositifs, tels des objets communicants qui peuvent fournir des données géolocalisées sans avoir recours à une carte. Un exemple intéressant est cette horloge développée par Microsoft est la « Whereabouts Clock », qui est calquée sur « l’Horloge de famille des Weasley » dans Harry Potter, permettant à Maman Weasley de savoir où se trouve sa famille2. Microsoft a développé une horloge similaire3 : c’est un exemple d’application discrète de géolocalisation qui va au-delà de la carte. »

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Je ne vois pas ce que je pourrais ajouter à la qualité du propos. L’un des potentiels majeurs repose évidemment sur le floutement du caractère intrusif de la géolocalisation, et Microsoft ne s’en cache d’ailleurs pas.

« Nous voulons que l’horloge donne suffisamment d’informations pour être rassurante sans en donner trop et que les gens se sentent surveillés. »

Néanmoins, et j’ai volontairement choisi un titre tête-à-claque dans ce sens, le développement de telles interfaces n’est-il pas la preuve que l’on peut se passer de carte pour lire l’espace ? Évidemment, la carte restera un médium majeur de la représentation spatiale. Mais des visualisations comme la réalité augmentée, malgré tous les doutes que j’exprime sur le sujet, s’affranchit déjà du fond de carte – et ce n’est probablement qu’un début :

« On peut imaginer que la carte n’est pas toujours la plus pertinente en termes de valeur d’usage : il n’est pas toujours utile d’avoir une représentation très précise du territoire et de la position des individus. De même, on peut considérer que le partage d’informations sur sa géolocalisation sur des plateformes telles que Twitter est aussi une forme non-cartographique intéressante. »

D’autres applications expérimentales pointent leur nez et interrogent mes origines de géographes. Jusqu’à quel point pourra-t-on se passer de la cartographie pour naviguer dans la ville ? Je laisse mes amis géographes répondre s’ils le souhaitent. Mais la problématique est suffisamment stimulante pour que je promette d’y revenir dans un prochain billet, notamment pour parler de quelques rencontres sympathiques faites lors GeoInTalk 2010.

Je laisserai la conclusion à Nicolas Nova, avant d’en profiter pour remercier tous ceux qui ont RT le billet « Si les gamers cartographiaient le monde »4  – et qui ont fait exploser mes stats \o/

« Cette « carte sans carte » est une tendance importante et porteuse d’un grand potentiel en terme de design, mais peut-on encore l’appeler « carte » ? »

Vaste question.

  1. Je serais un chouïa moins déterministe que Nicolas sur ce point. []
  2. Au travail, en déplacement, à l’école, etc. L’application repose sur le traitement des connexions de mobile. []
  3. En savoir plus ici []
  4. Pêle-mêle : Emile Hooge, Renaud de GeoInWeb, Playtime et GameinSociety… que je vous invite à lire. Et bien évidemment, un immense merci à Nicolas Nova pour tous ses liens et toutes ces idées que j’emprunte ! []

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Et si le réchauffement climatique nous faisait préférer les plages du Groenland à celles de Copa Cabana ? C’est l’une des géniales théories de Transit City (Quand le froid nous manquera) et il parait que ça n’enthousiasme pas vraiment les professionnels du tourisme… allez comprendre.

Quand le froid nous fera rêver
L’idée n’est pas nouvelle. Quelques jours après avoir lu l’article de Transit-City, je tombais justement sur ces quelques lignes :
« Ce qu’il n’avait jamais réussi à comprendre, c’est comment un homme qui passait le plus clair de ses jours sur les plages de l’Antarctique trouvait encore le temps d’établir des règles à propos de n’importe quoi.
Un jour, se dit-il, je vivrais comme Leo Bulero [richissime magnat de la drogue] ; au lieu de croupir à New York, par une température de 80 degrés centigrades…
Sous ses pieds le sol se mit à trépider. Le système réfrigérant de l’immeuble venait de se mettre en marche. Une autre journée commençait.
A travers les vitres de la cuisine, le soleil brûlant et hostile prenait forme derrière les ensembles de conapts qui cachaient l’horizon. Il ferma les yeux pour se protéger de la réverbération. Encore une journée qui promettait. »

Philip K. Dick, Le Dieu venu du Centaure (1965), p. 13

Et plus loin : des New Yorkais qui rêvent de neige (« Des tempêtes de neige, si l’on pouvait encore croire à de pareilles choses… dire qu’il y avait des endroits où il faisait froid », p. 20), une loi obligeant les citoyens à porter des blocs réfrigérants sur le dos, des vinyles qui se liquéfient lors d’une grande chaleur historique, une ville qui vit au rythme de la chaleur extrême (« Il y avait longtemps que les facteurs ne se risquaient plus dehors en plein jour », p.14)…

Espérons pour nous qu’il ne s’agit que de science-fiction. Malheureusement, cela semble devenir réalité. Sans mauvais jeu de mot (enfin, un peu), ça fait froid dans le dos.

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Quel rapport entre Platon1 et les frères Wachowski2 ? Entre Squaresoft3 et Jean-Luc Godard4 ? Entre Marvel5 et Georges Orwell ?

Tous se sont essayé, parfois sans le savoir, à l’oeuvre danticipation urbaine – ou plus généralement, à la description de villes imaginaires. Le genre inonde aujourd’hui la culture populaire. La littérature et le cinéma de science-fiction lui ont donné ses lettres de noblesse. Il ne faudrait pas oublier la bande-dessinée, et notamment les comics, qui traduisent en bulles les fantasmes urbains de la société occidentale contemporaine. Sans omettre les jeux vidéos, mais aussi la pub, les jouets, la musique… etc !

Metropolis Fritz Lang

Tous ces univers regorgent d’indices sur notre perception de la ville. L’oeuvre d’anticipation « nous parle du présent, de notre société, de ses peurs et des espoirs » (Frédéric Kaplan). En ce sens, elle a un « pouvoir de révélation », ajoute l’aménagiste Serge Wachter. Et contribue à forger la mise à jour de la cité par ceux que ces oeuvres inspirent plus ou moins consciemment – urbanistes, architectes, politiques, et bien évidemment citoyens6. Pour reprendre Bruce Sterling7 dans Objets Bavards : « Demain est le terreau d’aujourd’hui ». L’anticipation « prend les devants »8 pour nous montrer la voie à suivre… ou à éviter.

Malgré son omniprésence dans nos sociétés de loisirs, cette dimension culturelle de la ville imaginaire reste peu étudiée. Certains s’y essayent avec talent – à dénicher de liens en liens dans la blogroll. Ce blog tentera d’apporter sa modeste contribution en mêlant les références plus ou moins geek – jeux vidéo, cinéma et séries, bandes-dessinées… -, l’actualité du moment et les réflexions de fond. La ville sera abordée dans ses nombreuses dimensions : architecturale, numérique, mobile, virtuelle… Le titre résume l’idée : pop-up urbain, une fenêtre qui s’ouvre sur la ville, invitant à renouveler notre vision de la ville à travers le regard que porte sur elle la culture populaire.

 

Un mot sur l’auteur : Philippe Gargov est géographe d’origine et geek de formation. Ce blog croise les deux passions. Philippe est actuellement rédacteur pour le Groupe Chronos, où il a forgé, avec l’aide de Bruno Marzloff et de toute l’équipe Chronos, ses premières armes sur le sujet. Ci-dessous quelques liens.

- Panne d’imaginaire dans la ville

- Quand les suburbs rêvent de durable

- Footing tokyoïte en chambre

- Le 6e sens, celui du déplacement

- Vélo et hip-hop : « nothing’s equivalent to the bike state of mind »

 

  1. « La peinture qu’a faite Platon de l’établissement de la tyrannie était fondée autant sur ses appréhensions pour un avenir plus ou moins éloigné, que sur l’expérience des faits passés. Elle tient à la fois de l’histoire que du roman d’anticipation ». Jean Luccioni, La pensée politique de Platon. []
  2. Réalisateurs et scénaristes, auteurs notamment de Matrix et V for Vendetta []
  3. Editeur nippon de jeux vidéo, mondialement connu pour la série des Final Fantasy []
  4. cf. Alphaville []
  5. Un des principales maison d’édition de comics []
  6. « Même si la plupart de ces utopies n’ont pas dépassé la planche à dessin, elles ont été de puissantes sources d’inspiration pour le projet architectural et urbain. Des historiens affirment même que les utopies urbaines et architecturales ont eu plus d’influence sur l’évolution de la ville et de l’architecture que les projets qui ont été effectivement réalisés ». cf. Serge Wachter []
  7. Auteur majeur de la littérature de science-fiction []
  8. Le terme vient du grec latin anticapere : capere, prendre et ante, avant []

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