Objectif : tenter de montrer comment se traduit concrètement cette digitalisation de l’espace urbain, auprès du grand public qui n’en connait souvent que le versant médiatique ultra-technocentré (l’auto-proclamée « smart city », par exemple). Pour cette raison, nous avons tous les trois tenté d’insister sur la réalité « ordinaire » de la ville numérique, loin de visions fantasmées issues de la science-fiction (ce qui n’empêche pas de s’en servir, évidemment).
A titre personnel, de nombreuses réflexions évoquées à l’antenne reprennent mes concepts « d’utopie pudique« , déjà formulés lors d’un atelier-concept à Télécom Paritech en mars dernier. Pour des raisons de droits d’auteur, je ne peux pas vous diffuser le texte accompagnant la présentation. Mais vous trouverez toutes les explications nécessaire dans l’émission et dans la présentation ci-dessous !
Cliquez ici pour écouter l’émission (39 minutes). Encore merci à Joseph Confavreux pour son invitation !
Et si les morts contribuaient à redonner vie à nos sociabilités urbaines ? La proposition peut paraître étrange, j’en conviens… Et pourtant, l’idée semble répondre avec une certaine pertinence à quelques enjeux majeurs de la ville hybride, et notamment à la question qui nous anime tous : comment recréer du lien social (en particulier intergénérationnel) dans la ville moderne ?
Ma proposition, que je vais tenter d’expliciter après l’avoir brièvement exposée ici, consiste à croiser la quête de ‘l’immortalité numérique’ (cf. transhumanisme) aux fameuses folksotopies conceptualisées sur ce blog (= contributions géolocalisées contribuant à étoffer la ‘mémoire’ subjective rattachée à un lieu).
Et parce que les néologismes sont toujours utiles pour rendre compte de ces concepts encore flous, j’ai baptisé « thanathopraxie urbaine » cette invitation à repeupler la ville de nos ancêtres d’outre-tombe (c’est un presque-néologisme, en réalité). Vous voulez en savoir plus ?
Ville-fantômes
Tout est né d’une visite en Bulgarie à l’automne dernier. Comme je l’avais raconté ici, j’avais été marqué (pour ne pas dire traumatisé) par la coutume de mes compatriotes à afficher les faire-parts de décès dans la rue, au vu et au su de tous. Notez bien : il ne s’agit pas de localiser les faire-parts sur des panneaux réservés à cet effet (souvent sur les places de villages ou à proximité de lieux de culte, comme ici en Crète), mais bel et bien d’afficher les nécrologies un peu partout dans la ville : sur les portes, les poteaux électriques, les arbres, j’en passe et des meilleurs. Étranges images, où les photos des morts se battent en duel avec des pubs automobiles…
Seulement voilà : passé ce premier sentiment de malaise, on se rend progressivement compte que ces fantômes urbains témoignent surtout d’un attachement encore vivace aux sociabilités de voisinage, essentielles dans la Bulgarie post-soviétique (qui n’avait pas que des défauts, faut-il le rappeler). Autrement dit, la publicisation des morts dans la ville participe à la consolidation du lien social…
Après un premier brouillage des pistes en réel et virtuel avec ce mash-up mixant WiiFit et Google Street View, c’est au tour de GTA de s’inviter dans Google Street View… ou bien est-ce l’inverse ? L’équipe de GTA4.net a fait un brillant travail pour recomposer la quasi totalité de Liberty City (la ville du 4e épisode) en vision subjective. Stupéfiant ! (Source : merci à mon expert en géoloc préféré, Renalid ^^)
A vous la flânerie dans Liberty City (et pourquoi pas avec WiiFit, tant qu’on y est) ! Le mash-up résonne ainsi à merveille avec une récente chronique de Nicolas Nova pour Urban After All… justement consacrée aux villes de GTA.
La navigation dans les différents quartiers est aussi pensée en détail. Franchissez un pont et un sentiment étrange commence à poindre… La non-familiarité avec les lieux apparait : l’architecture diffère, de même que la population présente…
[…] La dérive (au sens situationniste) virtuelle trouve toute sa place dans un jeu comme GTA. Alors que dans certains univers en ligne, il est fastidieux de devoir se déplacer en marchant ou en volant, l’errance sans but dans Vice City ou Liberty City fait partie intégrante de l’expérience ludique… et d’une mécanique d’apprentissage progressif des composantes urbaines. La déambulation favorise ce que l’urbaniste américain Kevin Lynch a nommé “la lisibilité de la ville”, c’est-à-dire la facilité avec laquelle chacun reconnait et interprète les éléments du paysage afin de pouvoir s’orienter.
On connaissait la fidélité de Liberty City à son « modèle » New York City, sublimée par la qualité graphique du jeu… Avec l’intégration des codes visuels propres à Google Street View, on en vient à s’interroger : est-ce le virtuel qui devient plus réel, ou le réel qui devient plus virtuel ? Brouillage des pistes, brouillages des sens… je suis paumé. Et vous ?
“Tout lieu physique possède désormais une ombre informationnelle”. La formule a le mérite de la clarté. Elle est signée Nicolas Nova :-), invité en octobre dernier à définir la “ville hybride” lors d’un colloque sur les espaces urbains numériques (Disclaimer : colloque auquel j’ai participé, et dont j’ai rédigé les Actes). Autrement dit : plus qu’une simple “couche numérique”, la ville hybride se définit par la “territorialisation” des données dans l’espace urbain. Et cela n’est pas sans poser de questions.
En octobre dernier toujours (coïncidence ?), deux artistes tentaient justement d’explorer ces problématiques en “hackant” une exposition du prestigieux MoMA new-yorkais. Dans le cadre du festival Conflux, Sander Veenhof et Mark Skwarek ont ainsi localisé des œuvres en réalité augmentée à l’intérieur même du musée… et sans son consentement (en théorie, mais difficilement vérifiable…)
J’ai eu le plaisir d’animer jeudi dernier un atelier créatif dans le cadre du séminaire « Culture Numérique » de SciencesPo Rennes, à l’invitation de Christophe Cariou que je re-remercie chaleureusement. Ayant reçu carte blanche, j’ai choisi de faire travailler les élèves sur l’éditorialisation de la « ville hybride » par ses habitants (cf. les « folksotopies »)… et ce, autour de deux problématiques bien spécifiques : Eros & Thanatos, le sexe & la mort… (hihi !)
L’objectif de l’atelier : conceptualiser des « médias urbains » (mobiliers connectés, applications mobiles, etc.) participant à la construction de nouvelles urbanités, évidemment en rapport avec ces deux champs d’investigation ;-)
Voici la présentation que j’ai donné en introduction de l’atelier, afin de présenter 1. le contexte de la ville hybride / 2. les problématiques du sexe et de la mort sous le prisme de cette ville hybride. Je me suis dit qu’il serait bête de ne pas la partager… Par contre, je dois avouer que la majorité des slides ne sont pas « compréhensibles » sans la présentation qui va avec. Je vous ai donc rédigé un rapide résumé qui devrait vous permettre de voir (en gros) comment j’ai déroulé le sujet. PS : vous pourrez aussi trouver les sources de chaque article / illustration dans les commentaires de la version .ppt, téléchargeable ici. En bonus, quelques photos des productions étudiantes :-)
PS : je reviendrai très prochainement en détail sur cette fameuse « thanatopraxie » digitale dans l’espace urbain, car le sujet me tient à coeur…
Evidemment, si vous êtes intéressés par un tel atelier, n’hésitez pas à me contacter :-)
A vrai dire, la question est plutôt : je me demande pourquoi personne n’avait tenté le coup avant Fiat. L’idée est pourtant simplissime et néanmoins « brillante » (cela dit sans jugement de valeur). Les panneaux de signalisation qui parsèment nos villes sont en effet de bien meilleurs supports que les QR codes : plus facilement repérables, plus réguliers sur le territoire, et plus variés dans leurs formes. L’idéal pour une campagne de ce type !
Bref, j’admire l’idée de ce « hacking de la signalétique urbaine », comme le dit François Verron. Cela ne m’empêche évidemment pas de porter un regard critique sur cette évolution que tout le monde pressentait, sans pour autant tomber dans la paranoïa. Le titre du billet est suffisamment clair : je ne peux m’empêcher de voir dans cette initiative l’avant-poste d’une nouvelle conquête de l’espace urbain par la pub (Note : la prochaine chronique d’Urban after all sera justement consacrée à cet épineuse question, notamment sur l’engouement pour le street-marketing. Publication lundi matin sur Owni.fr). Chacun sera évidemment libre de se faire son avis sur les vices et vertus de cet expansionnisme publicitaire.
Je laisse de mon côté la parole à Freakosophy, qui écrivait justement ceci à propos de la réalité augmentée (il y a plus d’un an et demi !) :
« La pertinence d’une telle technologie se pose en tant qu’elle peut se révéler être non pas une augmentation de la réalité mais bien plutôt un appauvrissement du champ perceptif. Le problème est dans le fond assez simple : en surlignant certains éléments ou en en chargeant d’autres d’informations, fatalement le dispositif attire notre attention sur des points au détriment d’autres et nous pousse à nous focaliser sur des aspects pratiques au détriment d’une vision plus libre.
Le danger de l’intégration d’une telle technologie en dehors d’un véhicule est alors évident : nous ne verrons le monde qui nous entoure qu’à travers le prisme qu’auront établi pour nous les sites qui contrôleront et diffuseront cette information occultant ainsi volontairement ou par ignorance de nombreux aspects du monde qui auraient pu nous pousser à la création ou simplement à la rêverie. »
En contrepoint, on savourera donc les démarches d’artistes utilisant eux aussi la réalité augmentée (sur Ecrans ; là encore, via ubimédia). Une alternative possible à « la conquête des espaces » digitalisés ? (aka les « folksotopies »)
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Rappel : Mes deux billets sur la réalité augmentée, qui se font écho pour tenter de défricher les horizons « désirables » d’une technologie qui me laisse de plus en plus circonspect.
[pop]servatoire d'urbanités : études et conseil en prospective urbaine. Cabinet de tendances spécialisé dans les imaginaires de la ville de demain, en particulier numérique.