Archives pour la catégorie “Renouvellement urbain”

Que nous apprend la pop-culture sur la perception des dynamiques urbaines, et notamment la gentrification des centres occidentaux ? Illustration avec les trentenaires chicagoans de la sympathique sitcom Happy Endings (inédite en France), en proie à l’embourgeoisement annoncé de leur quartier.

Dans l’épisode S01E09 – You’ve Got Male, Max et Alex (le looser gay et la petite commerçante de quartier) partent en guerre contre un café de type Starbucks qui vient d’ouvrir dans le quartier. Le premier dialogue est à ce titre révélateur de la manière dont la gentrification est perçue par les protagonistes. Selon Max, l’ouverture d’une franchise de ce type est en effet un signe avant-coureur de gentrification, annonçant une « inquiétante » évolution socio-démographique du quartier… l’arrivée de familles !

A l’opposé du dernier Pokémon qui n’évoquait que les vertus d’une certaine forme de gentrification (réhabilitation de friches industrielles), Happy Endings se concentre ici sur les dommages collatéraux de l’embourgeoisement, non seulement pour les commerçants mais aussi pour « l’âme » du quartier.

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[Avant propos : Suite de mes rapports en vrac du festival Livresse de Charleroi avec l'interview-off d'Eric Chauvier, anthropologue et auteur de Contre Télérama, dont la genèse en dit long sur la pertinente impertinence de l'auteur :

Interpellé par un article sur la “mocheté” de la banlieue paru dans un “hebdomadaire de la capitale”, en l'occurrenceTélérama [ici], Eric Chauvier dresse un tableau de la réalité quotidienne des zones périurbaines contemporaines. Sous la forme d’un carnet de notes à mi-chemin entre l’écrit littéraire et l’enquête ethnologique, il définit l’essence de cette société demeurant habituellement dans l’ombre.

Sa présence durant les trois jours du festival aura été l’occasion de l’interviewer en quelques minutes… interview qui aura finalement été réalisée par mail, la faute à la Vedett ;-) Encore merci à Eric, et bonne lecture. Toutes les illustrations viennent de mon tumblr préféré, parce qu’en bon parisien j’aime bien me moquer – gentiment – des péri-urbains. On ne se refait pas, malgré les brillants enseignements d’Eric Chauvier !]

Dans ton livre, tu parles de « banlieues molles » pour décrire ces territoires péri-urbains voire « rurbains » où vivraient entre 15 et 20 millions de français. Qu’est-ce que tu souhaitais décrire comme situations à travers cet adjectif qui fait nécessairement réagir ?

Au travers de ce  mot, qui est une appellation de sociologue reprise par les médias, je souhaitais principalement montrer à quel point on ne dit rien sur cette péri-urbanité là – banlieue de zones marchandes et pavillonnaires, rurbaine comme on dit aussi, saturée de panneaux publicitaires et d’échangeurs routiers. Ce qui est mou, c’est ce qui est indicible, inodore, invisible. Il s’agit donc d’un euphémisme pour dissimuler le fait qu’on ne sait rien dire de ces zones qui ne sont ni « riches » ni « sensibles » et qui échappent finalement à toutes les catégorisations. Des terra incognita en somme, mais où vivent, comme tu le dis, de 15 à 20 millions de français.  C’est ce scandale  anthropologique qui m’a poussé à écrire ce livre.

Les grilles de lecture utilisées pour étudier – et critiquer – ces espaces sont aujourd’hui principalement d’ordre esthétique ou écologique. Quelles autres grilles de lectures pourraient / devraient être utilisées pour mieux comprendre ces territoires ?

L’urbanisme ou l’écologisme reposent sur la conception d’un monde-objet et proposent des modèles d’analyse où l’être en tant que « personne » (ses représentations, ses attentes, ses résistances, etc. ) n’est pas intégré – tels les modèles de morphologie urbaine ou les schémas écologiques.  Je me ‘‘bats’’ pour imposer une approche de la péri-urbanité comme monde vécu, à hauteurs des personnes qui y vivent. Les adolescents vivant dans ces zones déploient par exemple un sens créatif très poussé puisque les espaces sont moins institutionnalisés et plus sauvages, indécis.

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A citadins agiles, territoires agiles ! Face aux multiples crises qui l’assaillent, les villes s’adaptent pour développer de nouvelles morphologies évolutives. Afin de comprendre ces mutations souvent discrètes, mes amis et formateurs du Groupe Chronos accueilleront régulièrement mes « chroniques des villes agiles » concoctées spécialement pour eux. Premier épisode aujourd’hui, consacré aux succès des « parklets » outre-atlantique… et qui sait, bientôt en France ?

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C’est LA tendance urbaine du moment : les « parklets » font depuis peu leur entrée dans le vocabulaire médiatique et urbanistique. Un nom de baptême qui atteste de leur démocratisation, à San Fransisco ou ailleurs, après quelques années de tâtonnements autour d’initiatives précurseurs – dont le PARK(ing) Day est certainement le représentant le plus connu. Que sont exactement ces fameux parklets ? Et surtout, pourquoi sont-ils devenus à la fois symbole et héraut d’une ville plus agile ?

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Stupeur !

Moralité : n’en déplaise aux hérauts du spectaculaire voire de la poudre aux yeux (auxquels je cède souvent mes faveurs, mea culpa), le ré-enchantement des villes tient finalement à peu de choses.

Une simple variation du décor permet – à son échelle – d’ambiancer le quotidien en redonnant aux citadins le plaisir de s’en étonner. C’est aussi ça, l’utopisation de l’ordinaire !

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Et sur ces belles paroles, je vous abandonne. Oh, quelques jours à peine, rien de bien méchant ! Retour prévu fin août – début septembre avec, au programme :

  • une tribune sur la dilution du numérique dans l’architecture (et inversement, de l’architecture dans le numérique)
  • le second épisode de la série DÉCORS qui sera cette fois consacré aux paysages urbains de ma série préférée : Friday Night Lights. Avant-goût universitaire à découvrir ici : « Le huis clos ou l’exaltation du localisme communautaire dans les séries américaines ». Le troisième épisode suivra derrière et s’intéressera à la gouvernance urbaine de Pawnee, Indiana.
  • un texte sur… les pop-ups urbains. Tout simplement ! Depuis le temps qu’il traîne dans les cartons…
  • et bien d’autres sur l’imaginaire des folksotopies, le temps de l’instant, etc.

Je vous laisse patienter en vous redirigeant vers l’excellentissime me raconte pas ta vie dans le JHM (aka le Journal de la Haute-Marne) où j’ai déniché les photos de ce billet (via la revue du web des Inrocks)…

Parfois, l’ambiancement du quotidien demande quand même quelques efforts supplémentaires. HUM.

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[ Note de Philippe G. : Nouvel invité sur [pop-up] urbain, accueillez comme il se doit mon ami doctorant Benoît Vicart, rencontré sur les bancs (assidument fréquentés) de Paris 7. « Géographe attiré par d’autres horizons urbains, il a quitté la ville-lumière pour Fribourg (Suisse) et y effectue un doctorat en géographie sur les entrepreneurs dans les villes nord-namibiennes ».1

Et c’est précisément pour nous parler de son expérience de terrain qu’il pose ses valises sur ce blog. La Namibie reste largement méconnue des géographes français, qui n’y voient sûrement qu’une mini-AfSud. Il y a pourtant beaucoup à dire d’une réalité bien plus tranchée (si si, c’est possible), comme en témoigne cet « anti-manuel d’urbanisme » concocté par Benoît. Vous souhaitez faire une ville abjecte aux plans de déplacements iniques ? La Namibie, pays le plus inégalitaire du monde, est votre (contre-)modèle ! A lire au second degré… ]

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Le modèle urbain américain suscite à la fois admiration et rejet de la part des européens, et imprègne nos imaginaires collectifs tout en étant accusé de tous les maux. C’est principalement le cas avec la question des transports, qui polarise les débats autour de la question de la place de l’automobile dans la ville (encore décriée après ce fait divers à Atlanta). Dans une perspective de crise économique mondiale, avec des inégalités qui se creusent, il va bien falloir trouver des solutions pour éviter de salir son pare-chocs avec le sang des pauvres. Aidons ces municipalités américaines opposées à tout changement de mode de vie, en présentant la solution namibienne, qui reprend le meilleur du savoir-faire urbanistique : perspective haussmanniennes, standardisation sud-africaine, rigueur allemande et mode de vie californien

Ce pays a su tirer parti du double apport colonial, allemand d’abord, puis sud-africain2. Le tout appliqué dans un pays désertique d’Afrique, ça donne ça :

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  1. Plus précisément : “Mobility and entrepreneurs of space structuralization: the case of north-namibian agglomerations”. This thesis aims to understand the changes of north-central Namibian agglomerations through an approach by mobilities. []
  2. Des camps de concentration allemands au township, toutes les innovations urbanistiques furent appliquées et surtout améliorées en Namibie []

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[Avant-propos de Philippe G. : URBAN AFTER ALL tire sa révérence pour l'été sur cette vingt-et-unième et dernière chronique offerte par Aymeric. L'auteur de l'éveillant Microtokyo nous invite ici à la rencontre d'Istanbul. Entre carnet de voyage et décryptage politque, l'anthropologue part à l’affût et restitue ces petits riens urbains qui font toute la substance d'une ville encore trop méconnue...

Le lien original est à lire ici, vous pouvez retrouver l'ensemble des chroniques par là. Et c'est sur cette lecture que Nicolas et moi vous souhaitons bonnes vacances ! ]

Si les voyages forment la jeunesse, peut-être forment-ils plus encore notre capacité à observer ce qui nous paraît étrange(r). Quoique traitant l’information chacun à leur manière, le journaliste et l’ethnographe savent tous deux qu’il est nécessaire d’être un piéton attentif pour récolter des données de première main sur le terrain. « Faire feu de tout bois », disait Robert E. Park, journaliste puis sociologue mythique de l’École de Chicago. Les ambiances des rues, les discours et les imaginaires qui s’y forgent donnent en effet de précieuses pistes de compréhension d’une société.

À l’heure où la question de l’intégration de la Turquie à l’Union Européenne laisse celle-ci bien hésitante et les Turcs parfois agacés, nous nous sommes rendus dans la capitale de la culture 2010, Istanbul, à quelques jours des élections législatives du 12 juin dernier.

Enjeu électoral de taille puisqu’il s’agissait de renouveler le Parlement et de dessiner les grandes tendances de la Turquie de demain. On le sait, c’est le conservateur et europhile AKP [tr] (Parti de la Justice et du développement) mené par l’ancien maire d’Istanbul [tr] et actuel Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan qui a massivement raflé la mise. Pour le marcheur parcourant les rues stambouliotes, une foule de signes indiquait non pas tant cette seconde réélection sans surprise que la tension entre modes de vie cosmopolites et crispations plus ou moins marquées autour d’une certaine lecture du passé et de la religion majoritaire, l’islam.

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