Archives pour la catégorie “Violence”
[ Note de Philippe G. : Nouvel invité sur [pop-up] urbain, accueillez comme il se doit mon ami doctorant Benoît Vicart, rencontré sur les bancs (assidument fréquentés) de Paris 7. « Géographe attiré par d’autres horizons urbains, il a quitté la ville-lumière pour Fribourg (Suisse) et y effectue un doctorat en géographie sur les entrepreneurs dans les villes nord-namibiennes ».
Et c’est précisément pour nous parler de son expérience de terrain qu’il pose ses valises sur ce blog. La Namibie reste largement méconnue des géographes français, qui n’y voient sûrement qu’une mini-AfSud. Il y a pourtant beaucoup à dire d’une réalité bien plus tranchée (si si, c’est possible), comme en témoigne cet « anti-manuel d’urbanisme » concocté par Benoît. Vous souhaitez faire une ville abjecte aux plans de déplacements iniques ? La Namibie, pays le plus inégalitaire du monde, est votre (contre-)modèle ! A lire au second degré… ]
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Le modèle urbain américain suscite à la fois admiration et rejet de la part des européens, et imprègne nos imaginaires collectifs tout en étant accusé de tous les maux. C’est principalement le cas avec la question des transports, qui polarise les débats autour de la question de la place de l’automobile dans la ville (encore décriée après ce fait divers à Atlanta). Dans une perspective de crise économique mondiale, avec des inégalités qui se creusent, il va bien falloir trouver des solutions pour éviter de salir son pare-chocs avec le sang des pauvres. Aidons ces municipalités américaines opposées à tout changement de mode de vie, en présentant la solution namibienne, qui reprend le meilleur du savoir-faire urbanistique : perspective haussmanniennes, standardisation sud-africaine, rigueur allemande et mode de vie californien…
Ce pays a su tirer parti du double apport colonial, allemand d’abord, puis sud-africain. Le tout appliqué dans un pays désertique d’Afrique, ça donne ça :

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[Avant-propos de Philippe G. : URBAN AFTER ALL tire sa révérence pour l'été sur cette vingt-et-unième et dernière chronique offerte par Aymeric. L'auteur de l'éveillant Microtokyo nous invite ici à la rencontre d'Istanbul. Entre carnet de voyage et décryptage politque, l'anthropologue part à l’affût et restitue ces petits riens urbains qui font toute la substance d'une ville encore trop méconnue...
Le lien original est à lire ici, vous pouvez retrouver l'ensemble des chroniques par là. Et c'est sur cette lecture que Nicolas et moi vous souhaitons bonnes vacances ! ]
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Si les voyages forment la jeunesse, peut-être forment-ils plus encore notre capacité à observer ce qui nous paraît étrange(r). Quoique traitant l’information chacun à leur manière, le journaliste et l’ethnographe savent tous deux qu’il est nécessaire d’être un piéton attentif pour récolter des données de première main sur le terrain. « Faire feu de tout bois », disait Robert E. Park, journaliste puis sociologue mythique de l’École de Chicago. Les ambiances des rues, les discours et les imaginaires qui s’y forgent donnent en effet de précieuses pistes de compréhension d’une société.
À l’heure où la question de l’intégration de la Turquie à l’Union Européenne laisse celle-ci bien hésitante et les Turcs parfois agacés, nous nous sommes rendus dans la capitale de la culture 2010, Istanbul, à quelques jours des élections législatives du 12 juin dernier.
Enjeu électoral de taille puisqu’il s’agissait de renouveler le Parlement et de dessiner les grandes tendances de la Turquie de demain. On le sait, c’est le conservateur et europhile AKP [tr] (Parti de la Justice et du développement) mené par l’ancien maire d’Istanbul [tr] et actuel Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan qui a massivement raflé la mise. Pour le marcheur parcourant les rues stambouliotes, une foule de signes indiquait non pas tant cette seconde réélection sans surprise que la tension entre modes de vie cosmopolites et crispations plus ou moins marquées autour d’une certaine lecture du passé et de la religion majoritaire, l’islam.
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[Première série officielle de pop-up urbain, DÉCORS sera consacrée aux paysages urbains dans les séries, un pilier de la culture pop&geek (et une de mes grandes passions) que j'avais paradoxalement assez peu abordé sur ce blog. Une fois n'est pas coutume, les billets seront donc autant visuels qu'analytiques (cliquez pour voir les images en grande taille). Objectif : décrypter les formes urbaines qui composent ces séries pour mieux comprendre notre environnement contemporain.
Le prochain épisode sera consacré à la bourgade texane de Dillon dans Friday Night Lights. Mais pour l'heure, direction la banlieue de Londres avec Misfits, ses super(anti)héros délinquants, et ses décors de béton triste. Qu'est-ce que cela raconte de notre regard sur les périphéries urbaines ?]
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Il est frappant de constater le très faible nombre de super-héros officiant hors des villes denses. Les justiciers masqués sont les « saints patrons des villes » ; il existe même un super-héros dont le pouvoir est justement « d’entendre » la ville. Mais qui reste-t-il pour protéger les banlieues – qu’elles soient pavillonnaires ou bétonnées ?

Ce déficit est relativement logique : la culture ‘super-héros’ s’est construite sous le règne de la banlieue pavillonnaire, symbole du rêve américain et qui ne peut donc qu’être tranquille et apaisée ; inversement, la ville dense est perçue comme violente et dépravée, un terrain de jeu idéal pour les super-héros (voire aussi ici). Entre les deux, la ville moyenne étalée est quant à elle quasiment absente du sujet. Mais l’évolution du contexte urbain aux USA tend à faire bouger les lignes.
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[Comme dans les bons DVD, voici quelques complément à mon décryptage des paysages urbains dans la série Misfits. Bon visionnage !]

1. Pour les amateurs de ludotopies (= imaginaires urbains dans les jeux vidéo) et plus spécifiquement de GTA : dans le 4e épisode de la seconde saison, l’ennemi voit malgré lui la ville comme s’il était dans un GTA-like.
Malgré son côté assez cliché (comme la plupart des ennemis de la série, son seul vrai défaut), on appréciera la fidélité et le soin apporté aux éléments de gameplay (notamment la carte, qui suit les mouvements de tête du personnage !)

Au-delà de son caractère intriguant, le décalage entre la ville réelle et virtuelle (volontairement enlaidie) contribue à sa manière à révéler la beauté du béton que j’évoquais dans mon analyse. Une belle trouvaille, donc.

2. Enfin, régalez-vous les rétines avec ces superbes patchworks de captures d’écran, très justement intitulés « Concrete & Vandalism ». Félicitations à l’auteur(e) de ces tableaux !
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Le street-art a-t-il une éthique ? Les street-artistes doivent-ils s’imposer des limites quant aux lieux qu’ils détournent ? La question est d’actualité : la semaine dernière, les soldats de bronze du Monument à l’Armée Soviétique de Sofia (Bulgarie) se sont réveillés barbouillés… Un facétieux – et talentueux – street-artiste a ainsi profité de la nuit pour les repeindre en Superman, Captain America, Joker ou encore Ronald MacDonald et Santa Claus [plus de photos ici]… Pas très subtil sur le plan artistique, mais qu’importe.


Pour information, selon mon papa chéri (originaire du pays, si vous ne le saviez pas) : « l’inscription en bulgare se prononce ‘v krak s vréméto’ et veut dire quelque chose comme ‘être au goût du jour’, ou ‘dans l’air du temps’ (ou plus court : ‘allumé’ ou ‘branché’)« . [De son côté, le DailyMail traduit ça par "Moving with the times", le terme "krak" signifiant "pied".] Autre détail culturel, le Monument est installé à l’entrée d’un vaste parc, en plein centre-ville de Sofia, à proximité de l’Université. Et son fronton est le terrain de jeu favori des jeunes skateurs occidentalisés… de quoi limiter la portée post-ironique du graffiti, près de 20 ans après la chute du régime soviétique de Todor Jivkov. Enfin, ce n’est que mon avis…
Passée cette parenthèse touristique, revenons à la problématique du jour : le street-art doit-il avoir des limites quant aux objets qu’il détourne ? Je m’interroge, au vu des premiers commentaires glanés sur facebook ou dans les médias occidentaux, qui semblent trouver l’oeuvre génialement sympathique. Certes, la création est relativement fun, reprenant les grands symboles colorés de la culture américaine marchande.
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[ Avant-propos : URBAN AFTER ALL réinvestit la Gare du Nord pour défendre l'avenir des gares de France et de Navarre... et sans bullshit marketingo-bobo. Le lien original est à lire ici, et vous pouvez aussi nous suivre sur facebook.]
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Le 17 mai dernier, la jeune structure Gares & Connexions, dernier bébé de la SNCF en charge des 3 000 gares du réseau, dévoilait son premier rapport d’activité. Celui-ci s’inscrit dans le prolongement des objectifs annoncés depuis 2009 par la maison-mère : “les gares vont devenir des lieux de vie au cœur des villes”, a ainsi résumé sa directrice Sophie Boissard.
Concrètement, cela se traduit par l’introduction de nombreux services au sein des gares, parfois inattendus, afin d’en renforcer l’attractivité : “Retirer un colis acheté sur internet, déposer son enfant à la crèche d’entreprise avant de sauter dans le train, passer chez le médecin ou chez le coiffeur, envoyer un mail urgent…”. La structure a ainsi investi 266 millions d’euros en 2010 pour redonner un second souffle aux gares vieillissantes et mal adaptées aux nouveaux besoins de la mobilité contemporaine. Un objectif hautement respectable, malheureusement écorné par une évolution plus discrète qu’il nous semble nécessaire de discuter ici.
En effet, comme nous allons le montrer, cette “revitalisation” des gares s’accompagne d’une restructuration de la conception même des gares, tant sur le plan spatial que social, avec pour conséquence (ou objectif ?) de favoriser la rentabilité du “temps de transit disponible” des voyageurs. Or, cela semble nécessairement devoir passer par un embourgeoisement de ces lieux… et donc, en parallèle, par l’éviction des catégories les plus “dérangeantes”. Décryptage d’une mutation ségrégative qui ne dit pas son nom, et qui en dit long sur la conception actuelle de nos centres-villes.
La naissance d’une prison
La nouvelle stratégie impulsée par Gares & Connexions s’appuie sur d’importants investissements en faveur de la rénovation des gares (266 millions d’euros détaillés dans les “Réalisations 2010 et projets à venir” du rapport d’activité). Or, comme l’a très bien montré Jean-Noël Lafargue dans un beau reportage dans sa gare de banlieue (billet original ici), ces travaux aboutissent entre autres à installer des portiques restructurant l’espace de la gare :
La comparaison entre « avant » et « après »[travaux] me semble très instructive à faire en ce qu’elle témoigne des changements opérés dans les rapports entre la société des chemins de fer, ses usagers et ses employés.


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