Code Lyoko : les aléas de la ville hybride à la sauce 2000

Le 19 octobre 2016 - Par qui vous parle de , , dans , parmi lesquels , , ,

Si vous êtes un peu plus jeunes que nous, vous avez peut-être suivi Code Lyoko sur les écrans de télé pendant votre enfance, voire de votre préadolescence… Pour les profanes, Code Lyoko est une série culte d’animation française, mêlant 2D et 3D, et développée par les studios d’Antefilm – aujourd’hui devenus Moonscoop. A l’origine, l’univers a été créé par deux étudiants des Gobelins dans un court-métrage diffusé lors du Festival international du film d’animation d’Annecy, en 2000. Le concept sera racheté et adapté en série, d’abord diffusée sur sur France 3 entre 2003 et 2007, puis dans divers pays européens, au Canada, aux Etats Unis ou encore au Japon.

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Saloperies de machines électroniques, elles vont toutes nous faire clamser

Code Lyoko met en scène un univers fictif de science-fiction/anticipation se déroulant dans un espace clairement inspiré de lieux existants, situés en Île-deFrance. Les héros sont une bande d’amis se retrouvant quotidiennement au collège Kadic (en cours, à l’internat, à l’infirmerie, « sous le préau », au réfectoire, dans les couloirs, ou tout autre lieu plus ou moins accessibles dans son enceinte). Leurs aventures se déroulent alors presque exclusivement sur ce site, ainsi que dans un monde virtuel nommé « Lyoko ». Situé dans une usine désaffectée proche de l’école, le super-ordinateur leur permettant de se connecter à ce terrain virtuel (et secret) incarne ainsi le troisième lieu investi par les protagonistes. Découle alors de cette trinité topographique une pléiade de péripéties mêlant monde physique et parades numériques en tous genres. De quoi nourrir notre appétit pour les imaginaires de la « ville hybride », tels que représentés à l’aube du monde qui nous entoure aujourd’hui…

Hackable daily life : le scénario catastrophe des IoT

Episode après épisode, le schéma narratif entraînant notre team du collège Kadic (big up à Philip) dans leurs périples physico-numériques se répète. La plupart du temps, un dysfonctionnement décelé dans le monde réel trahit de fait une nuisance informatique opérée par X.A.N.A. – le grand méchant virus, tapis dans l’ombre des data de Lyoko. Cette IA malfaisante a le pouvoir prodigieux de se nicher dans à peu près tout, faisant détraquer toutes sortes de dispositifs de la vie quotidienne des jeunes héros. Parfois excessifs et peu « réalistes », tous les méfaits de X.A.N.A. ne méritent pas le coup d’oeil, saison après saison… Penchant parfois plus dans la fantasmagorie fantastique que dans le récit d’anticipation, nous n’évoquerons ici que les cas les plus intéressants d’un point de vue prospectif.

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Fuck yeah la « salle info« , cette salle de classe pas toujours bien connectée, apparue dans les collèges-lycées à l’aube des années 2000. Elle avait bien le droit à son hommage pop avec Code Lyoko. ((cf l’épisode 23, mauvais bail pour la salle informatique du bâtiment des sciences)) 

Pour ce faire, on est allés fouiller l’excellent site collaboratif http://codelyoko.net/ tenu par la communauté francophone de la série (très active pendant ses 4 ans de diffusion sur France 3, et même après). Ainsi pour ne pas vous perdre tout en exploitant à bon escient ce puits de connaissances 100% lyokonaute, vous trouverez ci-dessous une poignée d’extraits piochés dans les authentiques résumés d’épisodes (de la 1ère saison seulement). Nous avons gardé les chapitres et passages les plus parlants pour illustrer le propos exposé ci-avant. Vous allez voir : on dirait de purs scénarios de micro-nouvelles de SF ! Ca donnerait presque envie de les prendre une par une, et d’écrire des pages et des pages de romans rétro-futuristes sur la ville piratée

4 : X.A.N.A s’est emparé du bus électrique du collège où il se trouve avec d’autres élèves. Devenu une prison roulante, le bus fonce sur le complexe chimique de la ville.

5 : X.A.N.A a envoyé un virus sur Internet, toutes les banques de données sont perturbées. Le terminal des lignes ferroviaires a tellement souffert qu’il est impossible d’arrêter la course de deux trains qui vont se percuter.

6 : Le proviseur a décidé d’agrandir le gymnase, et les bulldozers du chantier sont des armes que le supercalculateur ne tarde pas à récupérer.

9 : En plein cours de science, tous les portables des élèves se mettent à sonner. Ces sonneries intempestives ont été mises en œuvre par X.A.N.A., qui utilise l’antenne relais pour prendre le contrôle d’un énorme satellite militaire !

14 : X.A.N.A en a investit tous les rouages de l’usine abandonnée. Dans le silence de la Cathédrale déserte, l’ordinateur fou attend que nos amis viennent se jeter dans la gueule du loup. Tandis que Odd et Jérémie affrontent une salle des machines en folie, Yumi, Ulrich et Sissi sont pris au piège dans l’ascenseur dont la cabine s’écrase au sous sol.

16 : L’ordinateur a pris les parois métalliques des murs du collège sous son contrôle et le transforme en prison électrique. Nul ne peut en sortir, nul ne peut y entrer alors que des courts-circuits détruisent lentement les parois.

17 : En utilisant un nouvel appareil situé dans la salle de physique-chimie du collège, XANA parvient à créer des nano virus, minuscules machines capables de s’attaquer à la mémoire du cerveau humain.

20 : XANA a pris le contrôle de la chaîne de montage de l’usine abandonnée. Les droïdes d’Hervé et de Jérémie, fabriqués pour les rencontres robotiques du collège, s’affrontent dans le gymnase.

23 : Les spectres de XANA s’en prennent cette fois au sol de l’établissement, modifiant sa structure. Ce dernier devient totalement meuble, si bien que les bâtiments du collège s’enfoncent dans le terrain comme autant de navires naufragés.

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Beware le piratage : derrière chaque technologie (du Polaroïd au Nokia 3310, en passant par les lampadaires de Boulogne-Billancourt) se cache un leurre terminologique… 

Voici donc un éventail des attaques menées par une intelligence artificielle mal intentionnée dans un collège de la banlieue parisienne au début des années 2000. Imaginez du coup ce que ça pourrait donner à l’échelle d’une métropole abritant plusieurs millions d’habitants à notre époque… Si l’on en croit le piratage d’équipement public le plus récent qui est apparu dans notre veille, le résultat est finalement plus potache que prévu. Il concerne en effet une rue fréquentée de la capitale indonésienne et la diffusion d’un extrait de film porno sur l’un de ses panneaux publicitaires. Dans la vraie vie en revanche, nul besoin d’envoyer les avatars de valeureux guerriers numériques dans le monde virtuel-détracteur pour régler le problème. Comme l’expliquait Numerama il y a quelques semaines, la mairie de Jakarta a dû réagir dans l’urgence pour épargner les citadins sensibles :

« Faute de pouvoir intervenir rapidement sur le système de transmission des images, les services de la ville ont tout simplement décidé de couper le courant de l’afficheur public, qui montrait ces images à l’heure de la digestion, vers 14h45. Les résidences et commerces à proximité ont également vu leur courant coupé. »

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« Jean-Michel, efface-moi de suite les images cochonnes qui traînent sur la borne Velib N°xxx au 3 blvd Ney stp » (allégorie)

Cela dit, la riposte municipale est évidemment allée au-delà de l’acte de censure rapporté ci-dessus. A l’instar des protagonistes de Code Lyoko qui, chaque épisode, partent en terres simulées pour « désactiver la tour » mise en place par X.A.N.A. pour détraquer le réel, une série de poursuites ont été mises en place par les autorités jakartanaises pour punir le hacker obsédé :

« Le Asian Correspondant rapporte de son côté que le pirate aurait déjà été appréhendé par la police, qui a par ailleurs procédé à la saisie de l’équipement informatique de la régie publicitaire responsable de l’affichage. Des perquisitions ont eu lieu et des interrogatoires sont en cours. Prenant l’affaire « très au sérieux », la mairie de Jakarta a d’ores et déjà annoncé qu’elle allait procédé à une révision des conditions d’exploitation des panneaux d’affichage, pour renforcer les exigences de sécurisation. »

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Jérémie est le nerd de la bande, voici une quote factice qu’il aurait pu lancer au détour d’une « dévirtualisation » : « Salut les Primo Adoptants ! Méfiez-vous des technos, par contre vous pouvez tomber amoureux d’avatars numériques sans souci : la matérialisation n’est qu’un détail. » (les vrais sauront)

Dès lors, si Code Lyoko avait bel et bien anticipé quelques uns des risques liés à la digitalisation d’une partie de nos équipements de vi(ll)e présents, la série a complètement fantasmé la place de ce monde virtuelo-parallèle simulé par un « supercalculateur » soit-disant quantique1. L’inclusion de ce territoire artificiel dans le scénario leur aura au moins donné l’occasion de développer une 3D pas dégueu pour l’époque, bien que moins « réaliste » que ceux développés dans d’autres œuvres aux problématiques plus ou moins analogues (Serial Experiment Lain en 1998, Denno coil en 2007Summer Wars en 2009).

Quoiqu’il en soit, et pour mille et une raisons, Code Lyoko est une petite pépite de pop-culture française. Rien que pour son design « inspiré du manga » un peu raté, on aime d’amour ce dessin animé pétri de qualités. Mais surtout parce que l’architecture du collège Kadic est officiellement inspirée de celle du lycée Lakanal (situé à Sceaux, dans le 92) ; et la structure de la base secrète des héros serait calquée sur l’ancienne usine Renault de Boulbi, aujourd’hui disparue. Avouez que des œuvres de culture populaire hexagonale (à la renommée internationale) qui mettent en valeur les imaginaires de la banlieue parisienne, ça ne court pas les rues !

  1. la communauté s’écharpe encore de nos jours pour définir la véritable nature de Lyoko, voir ici ou []

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