Demain, l’auto mobile ? Six questions à Michael Oualid, porteur du Free Car Project

Le 30 novembre 2012 - Par qui vous parle de , , ,

Et si on réinventait le modèle économique de l’automobile ? Prenons le Free Car Project, dont nous avons récemment chanté les louanges : qui a eu cette idée folle, d’un jour inventer la voiture gratuite ? Réponse : Michael Oualid, qui se présente sur son blog avec cette formule sans équivoque : « je pense que l’Automobile a raté le virage du XXIème siècle. »

Suite à notre publication, contact a été pris avec Michaël, qui a accepté de répondre à quelques questions sur la genèse de son projet, et le regard plus global qu’il porte sur l’évolution des mobilités. Un regard précieux, tant il décrit avec acuité les errances de l’automobile qui l’ont lentement plongée dans l’abysse… et par conséquent, la manière dont on peut l’en sortir.

Pour plus d’informations sur le projet lui-même, on se reportera à l’excellent blog que Michael anime sur Slate, et aux divers interviews qu’il a donné cet été (ici ou ). Encore merci à Michael pour la richesse si rafraîchissante de ses six réponses ! 

Pourriez-vous présenter votre projet en quelques mots ?

La question de départ est la suivante : quelles propositions de réponses pouvons-nous offrir aux constructeurs automobiles, qui dépensent des sommes colossales pour s’enfermer dans des problèmes économiques/écologiques/sociaux/…?

Nos études nous ont amené à nous concentrer sur la SIMPLICITÉ et l’OUVERTURE (à développer, bien sûr). Mais, il se trouve que la SIMPLICITÉ n’est pas très profitable à vendre de façon traditionnelle  C’est pourquoi nous avons dû ensuite développer de nouveaux modèles économiques pertinents. Le plus “extra-ordinaire” étant le FREE CAR PROJECT sur la base de la voiture “populaire”.

Comment en êtes-vous arrivé à réfléchir « out of the box » et formuler une proposition aussi « décalée » ? Quelles ont été les références et sources d’inspirations qui auraient provoqué un « déclic » dans votre manière d’envisager la question ?

Avant toutes choses, il faut remarquer que si l’Automobile est très en avance au niveau de la gestion de la production industrielle (je ne parle pas des délocalisations, évidemment), elle est aussi totalement “décalée” en terme de design et marketing. Ce décalage est un dommage collatéral provenant de la taille impressionnante des entreprises (les 500.000 salariés de Volkswagen, par exemple), où chacun veut justifier son salaire en “rajoutant” du savoir-faire sur son micro-domaine d’application, sans être jamais responsable du résultat final.

Du coup, pour justifier ce “décalage” par rapport au monde réel (qu’il soit économique, social ou écologique) les constructeurs dépensent des budgets colossaux pour nous expliquer que la modernité se situe dans un 1mm de plastique rouge (cf. dernière campagne Audi). Ils sont moribonds, asphyxiés, il faut leur fournir de nouvelles histoires à raconter, tant qu’à faire économiquement, socialement et écologiquement proactives.

J’ai eu la chance, dans ma carrière chez les constructeurs automobiles, d’être au milieu de nombreuses questions et projets, et j’ai toujours utilisé à fond les opportunités d’en savoir plus. J’ai ensuite aussi créer certaines autres opportunités, convaincu à la fois que l’objectif de l’automobile ne peut être la taille de son phare, et en même temps que le design est un des outils pour la sortir de cette voie de garage.

En résumé, il n’y a pas eu “un” déclic mais plutôt une analyse libre / naïve / scientifique / expérimentale / R’n’R / etc du terrain en interne, progressivement entretenue par des déclics/études/expériences sur chacun des aspects de l’automobile et de la vie qui tourne autour, menées avec une équipe formidable.

L’aspect inhabituel de la démarche provient d’avoir considéré son parcours professionnel comme une aventure, mais plus par accidents/quiproquos que par prédisposition (ce qui explique la lenteur du processus…)

Comment réagissent les principaux interlocuteurs concernés ? en particulier les constructeurs auto ?

Tous les protagonistes potentiels du projet FCP (investisseurs, industriels, marchands, acteurs de la Nouvelle Economie,…) ont été contacté à des moments où ils avaient d’autres projets en marche. Ils ont tous été un peu surpris par l’incongruité de solutions proposées à des problèmes qu’ils ne se posaient pas (même les premiers concernés), mais unanimement encourageants. Sauf qu’ils ne s’imaginaient pas perturber leurs stratégies en place pour se lancer sur un projet qui mélange l’industrie, la banque, la grande distribution, la nouvelle économie, l’assurance…

C’est pourquoi la nouvelle étape fut de rendre public le projet cet été [avec le blog], pour récupérer les avis de toutes les personnes concernés en même temps, y compris les utilisateurs, les journalistes, les entrepreneurs de services à l’automobile… et pour rassurer les constructeurs (seuls à pouvoir trouver dans ces idées des solutions directes à leur problèmes actuels) quant à l’acceptation des personnes “extérieures”. Work In Progress…

Dans vos interviews, vous vous gardez de toute « concurrence » à l’égard des constructeurs. Est-ce une manière de les apprivoiser plus facilement, surtout en cette période ?

Je connais très bien les personnes et les raisons qui ont fait l’automobile de 2012, et personne n’est à blâmer nommément. C’est le problème d’une approche Marketing uniforme qui va de Dacia à Audi, de Tesla à Opel, qui dit qu’on ne peut que monter en gamme par le produit. C’est tout à fait impossible de trouver le temps et les moyens de penser autrement quand on travaille en interne.

Quel regard portez-vous sur l’évolution des mobilités en France et en Europe ? En particulier, comment jugez-vous l’émergence des mobilités dites « servicielles » ? (autopartage, covoiturage, libre-service etc.)

J’ai toujours suivi ces sujets, mais ces jours-ci j’ai pu (grâce à la publication du projet FCP) m’entretenir directement avec les acteurs de cette nouvelle mobilité. Mon avis, est que l’on en est qu’aux balbutiements de ce à quoi les utilisateurs pourraient la faire ressembler, et ce à cause du produit lui-même. Comment expérimenter de l’autopartage avec des voitures dont le prix moyen est supérieur à 20K€ et dont les pare-chocs sont délicatement nacrés violet…?

Actuellement, TOUTES les voitures sont uniquement dessinées pour déclencher l’achat, qu’on soit sur la moquette d’un salon ou celle d’une concession, en oubliant TOUT le reste. Autrement dit, l’expansion de ces pratiques « servicielles » est sous-tendues à l’apparition de véhicules qui les permettent (mais qui ne soient pas nécessairement spécifiques).

Votre projet s’appuie sur un état des lieux pertinent : celui d’une société de consommation basée sur l’automobile. Comment envisagez-vous son évolution, en fonction des évolutions sociétales qui pourraient émerger ? (crise de la consommation, re-centralisation des zones des chalandises ou inversement densification du périurbain, etc.)

Mon travail est consacré aux constructeurs automobiles pour tenter de les orienter vers la construction de voitures durables / sociales / optimistes / responsables / etc plus en phase avec le monde dans lequel nous vivons. Pour autant, je suis de très près le travail sur les villes de transitions (avec Julien Dossier) ou l’avenir des villes et des transports en communs (avec Stéphane Juguet).

Mon avis personnel, peut-être old-school mais je le challenge régulièrement, est que l’objectif doit être l’accès pour tous à l’autonomie, au développement personnel. La mobilité est un des derniers espaces de liberté et de responsabilité, et je ne crois pas qu’il faille en laisser la gestion à d’autres (ou pire à un ordinateur, fusse-t-il développé par Google).

A court-terme, la voiture qui nous permet de rêver (plus rentable sur tous les points que la voiture qui ne fait que platement rêver) ou nous rassure sur la possibilité de nous extraire de la morosité quotidienne est toujours la solution (avec le vélo et le poney) la plus pertinente à mes yeux. Et tant mieux si elle Française, solaire, à voile ou à vapeur d’eau…

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