Donald Duck, héraut de la voiture agile : et si on recyclait les bagnoles ?

Le 20 avril 2016 - Par qui vous parle de , , , dans parmi lesquels ,

Imaginons un monde dans lequel l’automobile aura (enfin) disparu de la circulation… Certes, on en est encore loin. Néanmoins, cela pose une question de fond : que ferons-nous de toutes ces voitures inutiles dans un monde post-automobile ? Nombreux sont les acteurs institutionnels, startupers et autres gourous de la tech qui se proposent de nous en donner la réponse. Pour notre part, nous préférons faire confiance à la crème de la crème… Aussi avons-nous dégoté notre meilleur consultant : Donald Duck !

The West Side Highway, New York City, 1975

 

L’auto est morte, vive l’auto

Si la bagnole n’est pas encore morte (loin de là), force est de constater qu’elle se fait vieillissante. De nombreux facteurs témoignent de la déliquescence de la culture automobile, d’abord sur le plan des imaginaires (la fameuse fin du mythe auto), mais aussi et surtout sur le plan des usages. Comme l’explique parfaitement 15marches :

« Enfant insouciante des Trente Glorieuses, la voiture s’est finalement peu adaptée à un XXIème siècle plus peuplé, plus pollué et plus soucieux de son avenir. Elle ne reste un symbole de liberté que pour les retraités. Les jeunes générations lui préfèrent leur smartphone pour s’évader et inventer de nouvelles formes de mobilités. La planète entière s’enquiert de solutions pour changer l’équation énergétique infernale que ses aîné-e-s lui ont laissée. Et si l’arrivée du numérique et ses briseurs de statu quo sonnait le glas de la voiture telle que nous l’avons connue ? »

Si cette décrépitude est actée depuis quelques années maintenant, faire-parts à l’appui, l’inertie de notre culture automobile lui permet de rester finalement assez fringante… pour l’instant. Mais demain ? Quand les transports publics, les vélos électriques, les hoverboards du turfu auront remplacé la bonne vieille petite auto, que fera-t-on des carcasses qui nous resteront sur les bras ? La question n’est évidemment pas nouvelle : les cimetières automobiles jonchés de taule écrasée peuplent d’ores et déjà la surface du globe. Mais à l’heure de la ville durable et du recyclage permanent, n’y aurait-il pas mieux à faire ? C’est là qu’intervient Donald Duck et sa célèbre 313

Vis ma vie de pièce détachée

Dans « Caisse à la casse« , courte bande-dessinée du maître Keno Don Rosa publiée en 1987, Donald Duck décide ainsi de démonter pièce par pièce sa voiture fétiche. Seulement voilà : il s’absente, et son voisin honni a la fâcheuse idée de mettre les pièces à la vente… Résultat : notre héros doit faire le tour du voisinage afin de récupérer les milles morceaux de son auto. Et c’est là que nous y trouvons notre compte prospectif. Les voisins de Donald ont en effet recyclé chaque pièce de manière astucieuse, voire agile. Jugez plutôt !

Dans les mains d’un enfant, le volant devient un cerceau. Une manière de restituer la voirie à ceux que la voiture en avait écartés : les enfants, véritables victimes des villes tout-automobile… Au passage, on peut d’ailleurs apercevoir dans la seconde case un enfant juché sur une sorte de monocycle steampunk. Un prélude aux Segways des années 2010 ?

Caisse à la casse - Don Rosa - pop-up urbain volant

Quelques cases plus loin, on découvre la légendaire carrosserie de la 313… reconvertie en niche pour chien méchant ! L’analogie est intéressante : la « voiture à vivre » n’était-elle pas le Graal de la culture automobile dans les années 80-90 ? Certes, il s’agit ici d’y faire dormir un chien, et les humains dormant dans des voitures l’ont rarement choisi… Néanmoins, les carcasses automobiles offrent des structures intéressantes, qui peuvent aisément être reconverties par des architectes ou designers créatifs. On recycle déjà les bus, les trams et les métros : pourquoi ne pas recycler nos Clio ?

Caisse à la casse - Don Rosa - pop-up urbain niche

Autre utilisation ingénieuse des pièces automobiles : les garde-boues reconvertis en bacs à fleurs ! La version proposée par Keno Don Rosa n’est pas sans rappeler foultitude de bricolages urbains que l’on voit passés dans notre veille, où la ville fertile occupe évidemment une place de choix. Il n’est en effet par rare de voir une palette en bois, un parpaing en béton, un pneu, ou un plot en plastique transformés en jardinières… voire même un caddie ou une chaîne hifi. Alors pourquoi pas un morceau de bagnole ?

Caisse à la casse - Don Rosa - pop-up urbain jardinières

Last but not least, Donald nous offre un très bel aperçu de l’hybridation possible entre culture automobile et culture street-food… Certes, les plus fins palais d’entre vous seront peut-être un peu dubitatifs face à cette technique de cuisson, mais l’on imagine que les ricains férus de « tailgate party » – des barbecues organisés dans le coffre de leurs voitures – seront moins regardants quant au goût de la viande… Et puis, après tout : qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse, n’est-ce pas ?

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Éloge de la voiture utile

La fin de la bande-dessinée offre quelques amusantes séquences, que l’on vous laisse le soin de découvrir par vous-même. Mais il ressort de cette lecture, à l’aune du futur automobile que l’on évoquait en introduction, un goût amusé dans la bouche : et si c’était là le véritable *sens social* de la culture automobile ? Non pas un simple objet de mobilité devenu trop gênant (on lui accorde certes quelques qualités, mais pour combien de défauts ?), mais peut-être la matière première pour accompagner des pratiques existantes ou émergentes (ville fertile, habitat modulaire, réappropriation des voies, etc.) Il y a, dans ces quelques cases, l’horizon d’une voiture enfin positive : une voiture enfin utile à la société dans laquelle elle s’insère, et non pas la bagnole outrancière qu’elle a longtemps été.

Evidemment, nous n’appelons pas à la suppression de toutes les voitures du monde… Mais à un changement de braquet. Exemple simple : une optimisation du nombre de passagers, par exemple avec le covoiturage, réduirait de facto le nombre de voitures en circulation sur les routes, et donc potentiellement le nombre de véhicules à recycler. Il doit bien se trouver quelques ingénieurs ou designers prêts à imaginer d’autres reconversions possibles, non ? En attendant ce jour béni, nous laisserons le mot de la fin à Donald himself : les dernières cases de la BD laisse enfin entrevoir ce que sera le futur de l’automobile si elle reste engoncée dans ses certitudes et ses mythes (ah, le culte de la vitesse…). On y voit en effet la 313 s’offrir littéralement à son recyclage, trop usée d’avoir été malmenée sur les routes du globe… Belle allégorie, n’est-ce pas ?

Caisse à la casse - Don Rosa - fin

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