“Le Roi et l’Oiseau”, ma première leçon d’urbanisme

Le 8 août 2017 - Par qui vous parle de , dans , , , , parmi lesquels , , , , , , , , ,

Un autocrate au pouvoir absolu mais qui ne parvient pas à contrôler ses yeux qui louchent, un oiseau multicolore à la faconde merveilleuse, une bergère et un “petit ramoneur de rien du tout” qui s’aiment sur un air de boîte à musique… Autant de personnages inoubliables du “Roi et l’Oiseau” (1979), le chef d’oeuvre d’animation de Paul Grimault co-écrit avec Jacques Prévert : mon dessin animé préféré1.

Mais si le film m’a tant impressionné enfant, c’est avant tout grâce à son stupéfiant décor de ville verticale. Toute l’action est contenue dans la capitale du royaume de Takicardie, monade urbaine d’autant plus vertigineuse qu’elle contraste avec l’horizontalité nue du désert dans lequel elle a poussé. La cité marque aussi l’esprit par sa juxtaposition délirante de styles architecturaux : baroque, classicisme, fonctionnalisme, fascisme, gothique, orientalisme… sont tous convoqués.2

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A côté de cette pièce-montée, le Sacré-Coeur semble digeste

En grandissant, au fil de visionnages répétés, il m’est apparu de plus en plus clairement que la ville est le sujet central du film. Et qu’au-delà de frapper l’imagination par sa construction et la façon dont elle est cadrée (formidables plongées et contre-plongées), la capitale du royaume de Takicardie livrait nombre d’enseignements urbanistiques et politiques. Voici ceux qui m’ont marqué.

Ville haute, ville basse, centre et périphérie

La ville-monde que constitue la capitale du royaume de Takicardie se rattache à l’archétype bien connu de la ville verticale. Et à l’instar de nombre de ses avatars, elle s’organise sur le schéma classique “en haut – en bas”. Pour faire court, c’est le modèle dont le Metropolis de Fritz Lang (1927) a servi de matrice. Plus on monte dans les niveaux de la cité, plus on se rapproche du pouvoir et des privilèges ; les appartements du roi Charles V+III=VIII+VIII=XVI étant naturellement situés au 296ème et dernier étage de la ville. A l’inverse, plus on descend, plus on se rapproche des classes laborieuses, de la servitude et de la misère.

Cette organisation pyramidale, jusque dans la forme générale de la ville, est renforcée par deux procédés. Le premier est soft : il concerne l’allure des différents quartiers (on devrait plutôt parler ici de tranches). Et d’abord d’un point de vue chromatique : l’univers dans lequel évolue le prolétariat de Takicardie est marqué par des teintes grise, marron et noir ; en haut, ce sont le blanc, le doré et des couleurs vives qui dominent. Mais aussi, évidemment, au niveau architectural : au raffinement insensé des hautes sphères répond, en sous-sol, une architecture pauvre qui rappelle la zone, les chiffoniers, la vieille banlieue de Paris (ce qui n’est pas un hasard, on va le voir).

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“C’est donc ça le 93 ?”

Le second procédé est plus direct puisque la cité est officiellement découpée en une “ville haute” et une “ville basse”. On découvre cette violence symbolique presque fortuitement, au milieu du film, lorsqu’une voix caverneuse lance dans tous les hauts parleurs de la ville que “la bergère et le ramoneur viennent de pénétrer dans la ville basse.” Pour ce faire, les deux héros ont d’ailleurs dû éviter la fermeture d’une grille et enjamber un pont-levis, autant de dispositifs destinés à contrôler la porosité entre les deux villes et, au besoin, à maintenir une étanchéité stricte. D’ailleurs, les gardes sont pris au dépourvu : habituellement il s’agit a priori plutôt d’empêcher des gens de monter que de descendre…

Avec une telle organisation, la capitale du roi Charles V+III=VIII+VIII=XVI a tous les atours de la société capitaliste dépeinte par la pensée marxiste3. L’opposition entre la bourgeoisie et le prolétariat, la logique de lutte de classes, l’oppression des masses laborieuses par un état policier au service des puissants… tout y est ! C’est à se demander s’il existe une classe moyenne au royaume de Takicardie. Du point de vue de la critique urbanistique, c’est bien sûr la ségrégation spatiale propre à certaines villes qui est dénoncée. L’opposition verticale “ville haute – ville basse” est une métaphore de l’antagonisme horizontal traditionnel “centre – périphérie”. Une dichotomie urbaine qui s’exprime de façon particulièrement forte dans la métropole parisienne, territoire que les deux auteurs du “Roi et l’Oiseau” connaissent parfaitement.

Maintien de l’ordre, contrôle du temps et de l’espace

Pour que tienne une ville organisée de manière aussi inégalitaire, un maintien de l’ordre strict est nécessaire. Ca tombe bien : en bonne monarchie absolue, le royaume de Takicardie s’appuie sur un fort appareil de surveillance et de répression. Son visage le plus visible, c’est celui que se partagent les policiers, omniprésents dans la cité. Des attributs génériques – moustache, gros nez et chapeaux melons – que Paul Grimault avait déjà utilisés dans son excellent “Voleur de Paratonnerres” (1944) et qui permettent de renforcer le côté uniforme, monolithique, de l’appareil répressif. Chez Grimault, pas de bons ou de mauvais policiers : un flic est un flic (et c’est généralement un gros nigaud).

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Dupondt et ducons

Nombreux, les policiers de Takicardie sont également fort équipés. Ils sont bien sûr armés et n’hésitent pas à faire feu sur l’Oiseau. Mais ils sont aussi dotés de moyens de locomotion divers : un autogyre duquel ils peuvent sauter grâce à leurs parapluies-parachutes (pour tenter de réaliser, au sens propre, un coup de filet), des jet-ski tritons tous droits sortis d’un parc d’attraction, des capes de chauve-souris (hommage à Batman ?) pour voleter dans la ville basse… Et puis ils peuvent compter sur nombre de supplétifs pour la surveillance : du gardien de musée qui joue du sifflet pour signaler des intrus jusqu’au simple sujet potentiellement appâté par la “forte récompense” annoncée à la radio pour qui aiderait à retrouver la “charmante bergère et le petit ramoneur de rien du tout”.

Les dispositifs policier et propagandaire (via des hauts-parleurs dans toute la ville, donc, mais aussi des médias aux ordres et, partout, des oeuvres à l’effigie du Roi) permettent d’exercer sur la ville un contrôle biopolitique de trois ordres : sur l’espace, sur le temps et sur les individus. Ce dernier prend les formes classiques de la dictature : fichage, travail forcé (“le travail, c’est la liberté” lance même le Roi) et sanctions exemplaires qui peuvent conduire jusqu’à la fosse aux lions. Ce sont les deux autres coercitions, spatiale et temporelle, qui m’intéressent le plus.

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Le Rhinocéros de Dürer et des dures heures qui durent

Commençons par le moins visible : le temps. Au début du film, le Roi se met à la fenêtre d’un palais pour contempler une horloge monumentale. Elle est constituée d’une colonne au dessus de laquelle est juchée la statue métallique d’un rhinocéros (calqué sur le Rhinocéros de Dürer) sur le dos duquel se dresse un automate à l’effigie du Roi armé d’une pique. Chaque heure est marquée par un coup sonore donné par l’automate sur le dos de l’animal. Que nous dit cette horloge ? Que c’est le Roi qui dicte l’heure de la Takicardie, qu’il domine le temps comme il domine les plus féroces animaux. A plusieurs reprises au cours du film, le temps devient un terrain de lutte : les puissants en ont la maîtrise4, les humbles héros en sont ignorants5 et essaient d’échapper à ses contraintes6.

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Cette bataille du temps se joue plus particulièrement autour de l’alternance des jours et des nuits. La capitale de Takicardie semble vivre sous un régime de couvre feu : la nuit, on ne voit que des policiers patrouiller tandis que les honnêtes citoyens dorment. Mais c’est aussi la nuit que la figure tutélaire de la désobéissance, l’Oiseau, nuit le plus au pouvoir établi : il va grimacer aux fenêtres du Roi, trouble le sommeil du souverain en chantant une berceuse subversive à tue-tête (“Le Roi n’a pas sommeil, car il a peur la nuit, à cause des perce-oreilles et des chauves-souris. Dormez, dormez, petits oiseaux”)… Logique : c’est aussi la nuit qu’il est plus difficile à viser : les policiers ne peuvent pas faire feu sur lui et se contentent de grogner en montrant le poing. Enfin, c’est aussi la nuit que les portraits de la Bergère et du Ramoneur s’animent pour vivre leur idylle qui déplaît tant au Roi7. En faisant du moment nocturne un espace d’insoumission que le pouvoir cherche à contrôler, Grimault et Prévert s’inscrivent avec justesse dans l’histoire urbaine occidentale8.

La tension entre pouvoir et insubordination s’exprime aussi dans le champ spatial, de manière bien plus évidente. On l’a vu, il s’agit avant tout pour Charles V=III=VIII+VIII=XVI de préserver un ordre social inégalitaire à travers une stratification étanche de la ville. A ce titre sont convoqués les traditionnelles portes, grilles, pont-levis, fossés et évidemment des gardes qui permettent de garantir l’imperméabilité des différents quartiers et donc des couches sociales qui les habitent.

 

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Danser sur de la trappe

Ce qui me semble plus intéressant dans le “Roi et l’Oiseau”, c’est qu’à ces dispositifs visibles (et assez classiques) viennent s’ajouter un ensemble de mécanismes cachés, d’autant plus redoutables qu’ils sont invisibles du profane. Commençons par l’un des grands motifs du film : la chausse-trape. La capitale de la Takicardie est en effet truffée de trappes camouflées, dont seul le Roi semble avoir connaissance et qu’il actionne à sa guise pour faire disparaître les gêneurs. Pas moins de huits personnages, dont le Roi lui-même9, seront ainsi évacués vers de supposées oubliettes (on ne voit jamais où tout ce beau monde atterit).

A la chausse-trape répond un autre motif, celui de la cage. Elle apparaît au tout début du film : un oisillon (dont on va vite découvrir que c’est un des enfants de l’Oiseau) est forcé à sortir d’une petite cage de bois pour que le Roi puisse le “chasser” au fusil. On ne savait pas comment l’oisillon avait été capturé, on va bientôt le découvrir : les petites cages sont en fait des pièges garnis de grains de raisin. Et l’oisillon gourmand se fait capturer par deux autres d’entre-elles au cours du film (mais sera sauvé à chaque fois). “C’est pas les pièges qui manquent dans ce vaste royaume de Takicardie” explicite l’Oiseau. Avant de préciser, par deux fois au cours du film : “Pièges à oiseaux ! Pièges à enfants !”

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« Attention, tu risques de te faire pincer très fort »

Ville piégée, la capitale de Takicardie est aussi une ville “dérobée”. Les passages secrets et autres réduits mystérieux sont légion. Il y a, on l’a vu, les appartements royaux qui se dissimulent derrière une porte cachée10. “Ici tout est fermé à clé, et d’ailleurs il n’y a pas de porte”, lance un personnage à propos de l’endroit. Mais ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de porte qu’on ne peut pas trouver une issue : les protagonistes se serviront… des tableaux accrochés aux murs11 pour s’enfuir.

Le thème de la dissimulation se retrouve encore à travers l’escamotage de plusieurs éléments de “mobilier urbain”. En descendant dans la ville basse, la Bergère et le Ramoneur voient apparaître des escaliers et se fermer des portails jusque là insoupçonnés. Les deux fugitifs finiront d’ailleurs leur course dans un énième piège dissimulé : une maison en apparence accueillante qui cache en réalité un poste de police et son cachot…. Ou à travers le leitmotiv du camouflage : un policier qui porte un manteau couleur de muraille, un policier chauve souris tapi dans l’obscurité… ou des oiseaux qui s’assemblent tout autour d’une statue royale pour cacher les fuyards.

Qu’est-ce que tous ces mécanismes secrets dont regorge la capitale de la Takicardie ont à voir avec nos villes modernes ? De prime abord, pas grand chose. Et pourtant, comme pour son organisation en strates, la ville fictive agit comme une caricature qui permet de pointer des déviances urbaines bien réelles. On songe par exemple aux multiples dispositifs anti-SDF plus ou moins habilement camouflés dans l’environnement de nos villes, aux discrètes caméras de vidéosurveillance (qui parfois ne fonctionnent pas mais servent de leurre) ou encore aux dispositifs toujours plus nombreux et discrets (parfois complètement illégaux) de collecte de données personnelles dans les smart cities que l’on nous promet…

La mobilité comme super-pouvoir

Dans cette ville aux multiples entraves destinées à faire perdurer un ordre spatial ségrégué, la capacité à se déplacer apparaît comme une caractéristique fondamentale. Voire un super-pouvoir. C’est ce que traduisent les différents moyens de locomotion utilisés par le Roi, à commencer par les ascenseurs qu’il emprunte. Ce sont les seuls engins que l’on voit monter à travers les étages, et notamment dans une scène fondamentale du début du film. Posée sur une tige, la cabine (coiffée d’une couronne, comme pour souligner son pouvoir symbolique) s’élève tandis qu’une voix décline les différents équipements de chaque niveau :

« Premier étage, affaires courantes, contentieux, trésorerie, orfèvrerie, trésor public, impôts et taxes, liquidation, solde de tout compte, famille royale. Prison d’état, prison d’été, prison d’hiver, prison d’automne et de printemps, bagne pour petits et grands, équipement militaire, ministère de la guerre et des hostilités, sous-secrétariat d’Etat à la paix, panoplies en tout genre…”

Le ton monocorde de la voix assoit la normalité supposée de cette organisation qui tient du zonage.

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Moi et mes kheys on part sur la lune…

Le Roi dispose aussi d’un étonnant trône-auto-tamponneuse avec bras électrique rétractable. On notera, encore, la confusion entre un attribut de pouvoir (le trône) et un moyen de transport particulièrement efficace puisqu’il est tout terrain. Le trône-auto-tamponneuse monte et descend son assise à la demande et glisse à grande vitesse sur toutes les surfaces, y compris l’eau.

A l’inverse, la Bergère et le Ramoneur n’ont que leurs pieds (et une modeste échelle) pour se déplacer dans la ville. A la séquence de la montée d’ascenseur répond une autre séquence clé du flim : la descente effrénée des escaliers par les deux héros pour pénétrer dans la ville basse. Piétons (et ainsi vulnérables), la Bergère et le Ramoneur peuvent toutefois compter sur l’Oiseau pour les tirer de certains mauvais pas. L’Oiseau qui, par définition, vole et dispose ainsi, lui aussi, d’une sorte de super-pouvoir. C’est d’ailleurs le seul personnage doté de cette capacité (ses enfants sont trop petits et ne parviennent qu’à voleter). Partant on est très tenté de le rattacher à l’archétype du super-héros, d’autant qu’il a la même fonction de justicier que ses homologues masqués et capés.

La mobilité est-elle un super-pouvoir pour survivre dans nos villes ? Peut-être pas (quoique) mais elle est assurément un atout pour appréhender au mieux l’espace urbain. La littérature abonde sur les corrélations entre exclusion et manque de mobilité. En ce qui concerne la banlieue parisienne, il est frappant de voir à quel point les transports en commun peuvent atténuer ou renforcer les frontières centre-périphérie.

En demandant au site Le Lieu Idéal (Transilien) quel endroit habiter pour être le plus rapidement au centre de Paris en transports, on voit apparaître de grandes différences entre territoires périphériques.

Détruire les cages et ouvrir de nouveaux espaces

Dernier aspect que je voulais aborder, et non des moindres : la destruction totale de la ville par le robot, à la fin du dessin animé. Un destin funeste annoncé pourtant dès le premier plan : le film s’ouvre en effet sur les ruines de la capitale de Takicardie. Par le pouvoir du langage, l’Oiseau la fait réapparaître et son récit peut commencer. Les derniers plans du dessin animé figurent les ruines aperçues au début : la boucle est bouclée et cette double évocation des ruines en ouverture et en fermeture de l’oeuvre en fait un enjeu majeur.

C’est d’abord un memento mori adressé à toutes les villes : aussi étendues, orgueilleuses, puissantes soient-elles, les cités sont toutes mortelles. On retrouve là le grand mythe des cités perdues, mais aussi la figure bien connue du géant destructeur de villes. Le robot rappelle ainsi deux autres figures de cinéma : Godzilla et King Kong. Ce dernier voit même l’hommage explicité par une scène où le robot se frappe le torse avec les poings, geste identitaire12 du singe géant. Deux monstres qui sont aussi des métaphores à multiples clés de lecture13 et notamment celle de la vulnérabilité des villes face à des périls humains (les bombes atomiques de 1945 pour le premier Godzilla, le krach de 1929 pour le premier King Kong). Le robot géant du “Roi et l’Oiseau” partage cette même fonction métaphorique. Il évoque les destructions de la guerre14 mais peut aussi faire écho aux violents remembrements qu’a connu Paris au cours de son histoire.

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Salut c’est l’ANRU

Ravager la ville basse pour remettre la main (géante) sur la bergère et le ramoneur c’est casser des bâtiments pour juguler l’insubordination. Un scénario bien connu.

“Les élus ressassent rénovation, ça rassure / Mais c’est toujours la même merde derrière la dernière couche de peinture” chante IAM dans “Demain c’est loin”.

Et c’est aussi toujours la même merde au royaume de Takicardie : malgré les destructions (à cause d’elles?), la population de la ville basse va se révolter. Et l’Oiseau va prendre les commandes du robot géant et détruire la ville haute, sans que l’on sache bien si c’est par maladresse ou non.

En tout cas, le résultat est là : on assiste à un urbicide qui rappelle ceux qui peuplent l’Ancien Testament. Un déchaînement de violence qui ne semble motivé que par la vengeance15. Une fois le saccage accompli, on retrouve le robot dans la posture du “Penseur” de Rodin, comme s’il se demandait quel sens à donner à cette dévastation. La réponse va lui être apportée dans la dernière scène du film : au milieu des ruines demeure une cage avec l’habituel petit oiseau pris au piège. Le robot, soudain doué d’une vie propre, libère le prisonnier en soulevant délicatement la grille avec ses doigts. Puis son immense poing s’abat sur la cage dans ce qui sert de plan final au film.

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Brisez, brisez la cage aux oiseaux

L’allégorie est puissante: il s’agit de tirer un trait sur l’oppression, que le motif de la cage a symbolisé tout au long du film. Mais il me semble qu’elle est encore un peu plus complexe. Cette destruction de la cage intervient après que la ville a été mise à terre, comme pour “terminer le travail”. Ainsi la cage doit être replacée dans le contexte urbain : elle représente le dernier élément constitutif de la cité, son noyau, sa métonymie. En détruisant le volume défini de la cage, c’est en fait une certaine idée de la ville que le robot détruit : un espace clos, délimité, contrôlé, oppressif. Ne reste que la table rase sur laquelle une cité accueillante, égalitaire, démocratique et inclusive est à réinventer. Takicardie, ville ouverte.

  1. Vous pouvez même lire le script en entier ! []
  2. En bonus : une analyse architecturale poussée de la capitale du royaume de Takicardie. []
  3. Paul Grimault et Jacques Prévert étaient tous deux proches du Parti communiste et ont notamment participé à la troupe de théâtre engagée du Groupe Octobre []
  4. “Il est exactement six heures vingt-cinq minutes trente secondes” annonce un policier à la radio []
  5. Au point que la Bergère et le Ramoneur découvrent que la terre tourne autour du soleil au cours du film []
  6. il s’agit de fuir avant “les douze coups de minuit” pour éviter un mariage contraint, puis de “gagner du temps” pour repousser “l’heure où les rois épousent les bergères” []
  7. C’était aussi la nuit qu’agissait le Voleur de Paratonnerres cité plus haut []
  8. Voir par exemple la guerre des lanternes au XVIIIe siècle []
  9. Grâce à un jeu d’échecs piégé : symbolique intéressante puisqu’il s’agit du jeu du contrôle spatial par excellence []
  10. Camouflée en… horloge, ce qui nous offre un beau syncrétisme symbolique temps-espace []
  11. Merveilleuse mise en abîme []
  12. Au point d’avoir été reproduit à l’envi par l’artiste Richard Orlinski []
  13. Pour Godzilla voir “Godzilla, une métaphore du Japon d’après-Guerre” d’Alain Vézina, pour King Kong : King Kong le témoin cinématographique et The Monkey and the Metaphor : what every King Kong movie is really about []
  14. le robot, aux allures de centurion, est manifestement une arme et les oeuvres respectives de Prévert et Grimault se caractérisent par leur discours pacifiste []
  15. l’Oiseau, on l’apprend dès le début du film, a perdu sa compagne tuée à la chasse par le Roi []

5 commentaires

  • Merci pour cette analyse forte intéressante et rédigée avec grand soin.

  • Un pont jeté entre l’enfance et l’âge adulte, qui parait parfois si complètement désenchanté. Merci.

    Par ailleurs, les capes de chauve-souris de la brigade volante m’évoquent plus particulièrement les singes volants, sinistres sbires de la Méchante sorcière de l’Ouest du Magicien d’Oz, déjà mandatés pour capturer une charmante petite fille. Ils apparaissent également de mémoire comme arme secrète de M. Burns dans un épisode des Simpsons.

  • Oh, j’avais oublié les singes aux ailes de chauve-souris du Magicien d’Oz. Merci de me les avoir remis en mémoire ! :)

  • Bonjour,

    Merci pour cet article très intéressant ; tant dans son analyse que sa comparaison à l’évolution de nos modes de vie actuels.
    Avez-vous vu le film d’animation « Le tableau » ? Il traite de cette division sociale par l’utilisation des procédés de la peinture (si je me souviens bien, les « esquisses » sont les plus pauvres et les « touts-peints » l’aristocratie).
    Je vous conseille de voir ce film qui devrait vous plaire, que ce soit par sa poésie, ou l’aventure qu’il propose.

    Cordialement.

  • Je vais tâcher de trouver ça, merci du conseil !

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