Les convivialités numériques, un délire de culs terreux ?

Le 29 avril 2016 - Par qui vous parle de , , , , dans parmi lesquels

Avouons-le, cela fait quelques temps que l’intervention d’artistes dans l’espace de la ville ne nous avait pas emballés. En gros, depuis que le strasbourgeois et « hacktiviste » Florian Rivière a ghosté le game du détournement urbain, on cherche un peu la relève, l’oeil hagard… Evidemment, il existe de nombreuses initiatives d’art urbain (ou de « street-art » au sens noble du terme) qui parsèment notre veille ; mais peu d’entre elles semblent vraiment susciter en nous les questionnements prospectifs que provoquaient les premiers hérauts du genre… Jusqu’à ce mois d’avril 2016, donc, avec une réalisation qui semble définitivement propice à faire renaître notre amour pour la ville agile, et plus généralement pour le lol au service de la prospective. S’il nous avait déjà fait frémir au début du mois avec ses habitats survivalistes dissimulés dans les sous-sols de Milan, l’artiste italien Biancoshock a frappé encore plus fort avec une courte vidéo, mise en ligne il y a quelques jours :

Ce film petit format se présente comme une promenade OKLM dans la modeste commune de Civitacampomarano, située dans la région de Molise au sud de l’Italie. Biancoshock (et les italiens de Milkshake Studio) vous font ainsi visiter la bourgade en quelques plans, dans laquelle s’est ingénieusement glissée une poignée de logos de marques que l’on connaît que trop bien. Elles appartiennent toute à la grandissante famille des réseaux sociaux ou services en ligne qui, depuis cinq ou dix ans, ont pénétré notre vie quotidienne.

L’intrusion de ces moteurs de recherche et autre applis de rencontre dans le paysage rural du fin fond de l’Italie se fait ici subtilement, détournant le monde physique à coup de symboles colorés rebattus. La cabine téléphonique déserte est transformée en hot-spot What’s App, le pick-up ouvrier branlant revêt le bleu de WeTransfer, et le tableau d’affichage public fait évidemment référence à Facebook… Chaque travestissement est une friandise pour le spectateur-utilisateur, tant l’analogie est appropriée… aussi bien que le décalage est tordant.

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Ce détournement montre deux choses, aussi pertinente l’une que l’autre d’un point de vue critique et prospectif. D’une part, l’immixtion physique de ces géants du web au coeur de la routine paisible d’un petit village met en évidence (de manière décalée) à quel point ils ont profondément infiltré notre quotidien. Et ce dans des sphères si variées qu’on peut aisément les associer à l’ensemble des services et des convivialités générées au sein d’une humble municipalité. « WEB 0.0 » rappelle par là même que – malgré leur étiquette d’innovations – les bons offices du web sont interchangeables avec les échanges et prestations du monde physique, quand une poignée de médisants s’acharne à déclarer que le numérique a tué la vie sociale IRL. Mentionnons au passage que Biancoshock réalise quelque part l’un de nos rêves les plus chers, à savoir constater l’ancrage dans le dur de certains services – notamment commerciaux – nés sur Internet.

D’autre part, la fusion cocasse entre le monde numérique et le monde déconnecté a le don de pointer l’une des problématiques les plus intéressantes de la question de l’innovation en milieux périurbain/rural. Certains espaces relativement reculés souffrent en effet d’un manque de vitalité – économique, culturelle, mauvaise desserte par les transports, infrastructures délaissées par les pouvoirs publics etc. – notable, et les services numériques apparaissent bien souvent comme le moyen à tester pour les redynamiser. Ainsi, l’idée est généralement de créer une sorte de hub pratique et social centralisant les services, voir les convivialités locales…

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Mieux qu’une étude à 10k€, encore plus cool que le tactical urbanism, on vote donc pour que l’EPHEMERALISM ((« Ephemeralism has the purpose of producing works of art that have to exist briefly in space but limitlessly in time through the photography, the video and the media. »)) mis en place par Biancoshock devienne la méthode de travail consacrée de tous les urbanos créatifs du monde entier !

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