[Avant-propos : Marc Charon ne se revendique pas artiste ; il en a pourtant toutes les qualités, et son projet dodeliner est l'une des oeuvres qui m'aura le plus marqué ces dernières années. C'est dire si je suis heureux de l'accueillir ici. Le concept de dodeliner est d'une simplicité déconcertante : compiler des vidéos de visages assoupis qui "dodelinent", principalement dans les transports. Des séquences éphémères, qui rendent à ces "petits riens" du quotidien la place qu'ils méritent sur le devant de la scène (vous pouvez visionner ses cinquante-trois "dodeliner" sur Youtube)

A ces somnolences, Marc Charon greffe un certain érotisme inhérent aux transports en commun, par son voyeurisme assumé et les ponts qu'il jette avec d'autres univers plus pornographes. Il n'en fallait pas plus pour l'inviter dans ces colonnes. Car ces deux imaginaires (sieste et érotisme des transports), pourtant fondamentaux, sont encore sous-exploités - voire reniés- par les transporteurs eux-mêmes, qui leur préfèrent des représentations plus policées et donc forcément moins pertinentes (cf. Le dormeur du rail et Métro bondé, métro bandant)

Faisant, Marc nous amène à une réflexion plus large sur l'art dit "de rue", devenue une marotte des collectivités et marques en quête d'encanaillement. Une vision iconoclaste portée par le projet dodeliner, et qui mérite de s'introduire (avec fracas) dans le débat public sur la place de l'art dans la cité. Merci à Marc pour ce long entretien : en espérant qu'il contribue à façonner une autre vision de l'art de rue, et pourquoi pas des transports commun. Tant le street-art que le métro méritent davantage que ce qu'on veut bien leur allouer aujourd'hui.]

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Premium Rush - Sortie française : 5 septembre 2012
Réalisé par David Koepp, avec Joseph Gordon-Levitt dans le rôle-titre

Sauf erreur, il s’agit là de la première superproduction hollywoodienne mettant en scène un imaginaire de l’utra-vitesse cycliste, chose particulièrement rare dans la pop-culture contemporaine (hors jeux vidéo, et encore ; corrigez-moi si vous avez des précédents en tête !). On est loin des exemples traditionnellement fournis par Hollywood et les gros budgets d’action en général, où seuls les véhicules motorisés sont autorisés à occuper ce créneau.

Jusqu’alors, seuls les cinémas plus « marginaux » avaient osé concevoir des films de poursuite sans automobile (ou presque). On pensera notamment à l’excellent Lola Rennt (Cours, Lola, Cours ; quinze ans déjà !), ou au plus médiocre Skate or Die, qui exploitaient chacun à leur manière cet imaginaire de la vitesse en mode doux : paradoxe parmi les paradoxes ! [sur la réappropriation des imaginaires de la vitesse par les modes doux, allez lire Auto sana in corpore sano et tous les liens de Transit-City et [pop-up] urbain qui y sont cités…]

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La ville, un espace de travail sur demande ? L’idée n’est pas neuve. Elle peine pourtant à se mettre en place1. Ainsi, la « tiercarisation » des espaces urbains se limite pour l’heure à des lieux relativement bien définis : télécentres, cantines, espaces de co-working, voire bureaux partagés et postes de travail en accès réservé pour les firmes mondialisées. Mais il ne s’agit finalement que de multiplier les bureaux « externalisés », dès lors suffisamment bien dispersés dans l’espace de la ville pour répondre aux besoins des travailleurs nomades2.

C’est d’ailleurs ce constat qui nous a amené à proposer le néologisme « cubiclitaire » lors de la conférence Chronos « Demain, le travail mobile ? », contraction de cubicle et d’ubiquitaire, décrivant donc le maillage du territoire par des cubicules éparpillés. Si cette « ville cubiclitaire » est une réalité de plus en plus tangible, comme en témoignaient les débats de la journée3, qu’en est-il de la « ville open-space », ouverte et collaborative ? Ou pour aller droit au but : comment (et pourquoi) faire de la ville un tiers-lieu géant ?

Lire la suite sur Trajectoires Fluides, le blog du Groupe Chronos

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Retrouvez aussi les précédentes chroniques :

  1. cf. Le tiers état des tiers-lieux []
  2. cf. Le salarié mobile est un salarié « délocalisé » []
  3. cf. Tiers-lieux : un dossier d’intelligence économique []

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Quand on aime, on ne compte pas…

« Je keur ma ville », Bruxelles, septembre 2011

… et on le dit, haut et fort ! avec des fleurs si besoin, pour mieux imprimer le message. Le coeur a ses raisons que la ville ne peut ignorer.

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Une « voiture invisible », qui se fondrait dans le décor de la ville au point de se faire oublier des citadins ? La promesse est superbe d’audace, surtout pour un constructeur tel que Mercedes-Benz…

La réalité est moins enthousiasmante, puisqu’il ne s’agit finalement que d’une énième campagne marketing destiné à promouvoir l’automobile, sans jamais s’interroger sur la place qu’elle mériterait d’occuper dans la ville. Magnifique, certes, mais décevante malgré tout. Cela n’empêche pas, bien au contraire, de suppléer les publicitaires de Mercedes en creusant la réflexion là où ils se sont arrêtés…

Imaginons… Et si les mobilités urbaines participaient à « Belle toute nue » ? ((Vous savez, cette émission où une femme, complexée par son poids, doit se mesurer par rapport à d’autres femmes rondes, en se plaçant dans la file alignée face à elle selon ce qu’elle estime être son poids.)) L’animateur demanderait à la voiture de se mettre à la place qu’elle estime être la sienne, parmi le panel des modes alignés face à elle. Fièrement, crânement, l’auto rutilante irait directement sur la droite, là où se placent ceux qui pèsent. Parce qu’on ne l’a pas prévenue, la pauvre. Et qu’elle se pense encore reine de la ville, dans sa grande (fausse ?) naïveté.

Alors, l’animateur de la recadrer : « non, décale-toi sur la gauche, belle auto ! Tu n’es plus ici à ta place : tu as maigri, et d’autres modes te sont passés devant » ! Alors, obéissante, la voiture se décalerait sur la gauche, laissant à sa droite vélo, marche et transports publics. Les nouveaux princes de la ville, les vrais. Ce serait une chouette émission…

Malheureusement, on en est encore loin. La voiture a toujours autant de mal à accepter le régime minceur que la ville lui impose (cf. Quand la voiture fait boom & Flagrant délit de trouble à l’ordre public). Et cela se traduit notamment dans ses formes, toujours aussi rondes et imposantes.

Architectes, urbanistes, et même artistes : il serait grand temps d’investir ce « domaine réservé » des constructeurs, qui peinent à s’extraire d’une culture du design entretenue et formatée en vase clos durant des décennies… Une automobile conçue par des acteurs urbains : l’idée fait sens, non ?

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Las ! faire de la prospective urbaine son pain quotidien est définitivement source de nombreuses frustrations…. D’abord, parce qu’il est difficile de savoir si l’on part dans la bonne direction, et de distinguer ses intuitions des convictions… Mais après tout, ça fait partie du jeu.

Mais aussi et surtout parce que les directions choisies dépendront finalement rarement de nous (sauf à s’appeler Jacques Attali, haha). Et il est toujours particulièrement désappointant de constater que les décideurs, qui mettent en forme nos convictions dans le concret du bâti, partent souvent dans des directions bien éloignées de celles qu’on (aka je) préférerait voire développer.

Le blues du prospectiveman

« Qu’est-ce que tu veux mon vieux :
dans la vie on fait ce qu’on peut, pas ce qu’on veut… »

Il en va ainsi de la ville intelligente (quand on la souhaiterait plus astucieuse), du mobilier innovant (qu’on imagine volontiers plus agile), ou plus généralement de l’utopie urbanistique et architecturale.

Entre ce qu’on estime raisonnable (et raisonné) pour la ville de demain, et ce qui séduit les décideurs, il y a un gouffre… dans lequel s’engagent malheureusement trop souvent médias, cultures populaires et grand public (cf. les « gossips urbains » dénoncés par Bruno Morleo), tous prompts à se laisser envoûter par les sirènes de grands projets pharaoniques – fussent-ils sans imagination (exemple : les tours potagères de la ville fertili(gèn)e) ; ou pire, d’une stupidité sans égale…

Villes volantes et îles flottantes, ce message s’adresse à vous (et plus particulièrement aux dernières, puisque j’ai déjà largement abordé les premières ici : La ville volante, une utopie dégénérescente ?)

Fort heureusement, quelques garde-fous sont là pour en faire la preuve, qu’il s’agisse de sémillants sites amis (la liste est longue), ou plus globalement d’oeuvres critiques à l’égard de ces utopies passables.  L’intelligence absurde de l’excellente série Arrested Development se place dans cette catégorie-là… Décryptage.

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