Quel mobilier urbain pour la ville numérique ? Cinq questions à Vincent Autin, créateur d’iGirouette

Le 6 décembre 2012 - Par qui vous parle de , ,

Mais c’est quoi, le mobilier urbain de la ville numérique ? Épineuse question. Est-ce la l’invention d’un mobilier inédit et communiquant, donc « forcément » intelligent ? Ou plutôt la réinvention du mobilier existant, par le truchement du digital ou mieux, du hacking urbain ? Evidemment, notre vision de la ville astucieuse nous fait préférer ces deux dernières options. Pour autant, faut-il refuser tout mobilier urbain innovant ? Evidemment que non, surtout quand celui-ci allie poésie et simplicité d’usage.

C’est le cas d’iGirouette, porté par l’agence Biin. On a eu la chance de rencontrer son fondateur Vincent Autin au détour d’une conférence namuroise ; on lui a donc posé quelques questions sur le projet iGirouette, ses origines et ses finalités. Avec, en fond, cette interrogation : mais putain, qu’est-ce qui fait marcher la ville numérique ?

En quelques mots, pourriez-vous présenter le projet iGirouette ?

Il s’agit d’un dispositif composé d’un mât surmonté de deux à quatre flèches. Chaque flèche est indépendante et motorisée. Le dispositif est connecté à internet et sait diffuser une information contextualisée (géolocalisation, événements, manifs, etc.), au bon moment et au bon endroit.

Il est associé à un logiciel — en réalité deux (dispositif et serveur). Le logiciel vient lire plusieurs sources d’information : des réseaux sociaux (Twitter et Yelp par exemple), des services (association de commerçants, service communication municipal, Vélib’, transport en commun, etc.) ou encore à des bases OpenData. En fonction de l’information, le logiciel sait distribuer l’information en fonction de son contexte au bon dispositif, et au bon moment. Tout ceci se fait de manière autonome et en temps-réel : le dispositif ne requiert pas une action particulière pour fonctionner.

iGirouette est une vraie signalétique intelligente, permettant par exemple d’orienter des flux de personnes. Et surtout, elle relève la tête des personnes de leurs smartphone :-)

Comment êtes-vous arrivé à formuler cette idée ? A quelles problématiques souhaitiez-vous répondre à travers cet objet ?

iGirouette est à l’origine mon projet de diplôme en design industriel (La Martinière:Diderot à Lyon). La problématique initiale était la réalité augmentée et l’intégration de la composante numérique en ville. Je me posais plusieurs questions :

  • la question de l’interface : dans un cadre public urbain, l’usage du smartphone me dérangeait (interface « égoïste »). J’étais tout de suite parti dans l’idée d’une interface publique, qui partage des données —elles aussi— publiques !
  • la question de l’information : une masse gigantesque de données existent au dessus de nos têtes, une bonne partie alimentée avec les réseaux sociaux. Cette masse de données est soit inexploitée, soit inexploitable. L’idée était de dessiner un dispositif qui sache quoi diffuser, et où le diffuser.
  • et enfin, la question du hasard : j’ai voulu utiliser le principe de la sérendipité (trouver quelque chose qu’on ne cherchait pas). L’idée de diffuser une information contextualisée permet de faire découvrir des événements ou des lieux. En temps normal, on trouve un information que l’on a cherché… iGirouette fait l’inverse [pour aller plus loin, sur la sérendipité urbaine : Pratiquer la ville, pour une technologie de la dérive]

Plus largement, vous avez une forte expérience dans le design d’objets « hybride ». Selon vous, qu’est-ce qui fait un bon objet connecté ? et un bon objet urbain connecté ?

Une partie importante de ce projet était de le rendre autonome. Nous pensons qu’un dispositif demandant une action particulière pour fonctionner n’est pas viable sur la durée. On « joue » une fois, deux fois voire trois fois avec, et c’est terminé.

C’est le cas des QR Code : Il faut un smartphone, une application adéquate, une (bonne) connexion, et la volonté de sortir son smartphone — pour découvrir souvent une simple redirection vers un site web ! Qui sort son smartphone à chaque QR Code qu’il trouve ?

Dans le cas iGirouette, l’information est diffusée sous sa forme la plus simple : un texte s’affiche sur un écran LED, et la flèche oriente le citadin vers l’information, et elle le fait toute seule ! Le citadin lit ou ignore l’information, s’y rend ou la note, en parle ou pas.

Comment les acteurs rencontrés accueillent-ils le projet ? Quelles sont les premières réactions, les premiers retours ?

Pour un premier projet et pour notre première expérience d’entrepreneuriat, les retours sont très positifs ! Le projet est apprécié car il sait répondre à plusieurs problématiques, et surtout, il bouge. Plusieurs acteurs nous ont contacté : du secteur public (collectivité), secteur événementiel et régie publicitaire. Tous avaient leur petite idée en tête ce qu’ils voulaient en faire.

Enfin, quelles sont les suites du projet ? Où en êtes-vous ? On veut savoir !

Nos prototypes sont prêts et fonctionnels mais inexploitables en l’état. Nous recherchons de l’aide (subventions / financements / accompagnements) dans l’étude et la fabrication d’un modèle de pré-série.

Nous sommes impatients… c’est (trop) long : malheureusement, les marchés publics sont longs à se mettre en place. Donc nous ne verrons pas iGirouette demain dans nos rues. Cela dit, plusieurs opportunités s’offrent à nous, et certaines vont voir le jour dans les prochains mois…

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