Watch Dogs : l’hacktivisme urbain, chien de garde de la ville numérique

Le 5 juin 2012 - Par qui vous parle de , , , , dans parmi lesquels

Parce que c’est tout nouveau, tout beau, tout chaud.

Présenté cette nuit à l’E3 (le grand raout annuel du jeu vidéo), le dernier né d’Ubisoft Montréal est une véritable petite claque, s’inscrivant de plain pied dans les enjeux contemporains de la ville numérique : de la donnée personnelle à la traçabilité  intrusive des individus ; du smart grid au monitoring généralisé des infrastructures urbaines ; sans oublier la sousveillance citoyenne,  réaction naturelle à cette ville intelligente aux propensions totalitaires.

C’est certes (très) caricatural, mais c’est l’entertainment qui veut ça… Et ça marche plutôt très bien :

Trailer de Watch Dogs (Ubisoft – date de sortie inconnue)

S’il ressemble, au premier abord, à un GTA-like assez traditionnel (une ville photo-réaliste, ici modélisée sur Chicago, dans laquelle il est possible de pérégriner librement à pied ou en volant des voitures), le jeu s’agrémente d’un concept central qui ravira tous les amateurs de ville numérique, et D. sait qu’on est nombreux :

Le joueur incarne des hackers professionnels à la pointe de la technologie. En effet, grâce à leur smartphone, ils peuvent obtenir n’importe quelle information sur les personnes qui les entourent (profession, âge, statut sérologique, taux de violence…), pirater leurs conversations téléphoniques pour les écouter à leur insu, brouiller les réseaux, voire même reconfigurer les feux tricolores pour créer des accidents.

Démonstration de Watch Dogs (via @SylvainPaley, premier sur l’E3)

Certes, on reste en terrain connu, avec une représentation somme toute assez classique de la ville digitale et des données personnelles en réalité augmentée. Mais qu’importe : en faisant du hacking des infrastructures le moteur de son gameplay, Watch Dogs réussit à concrétiser, dans le virtuel, tout ce que l’on aimerait voir se développer dans le réel (cf. H comme Hacking et L comme lulz).

C’est tout le mérite de ce trailer, qui fera davantage réagir en quelques minutes que tous les billets à vocation pédagogiques qui seront publiés ici ou ailleurs… (exemple typique : A qui appartient le réel augmenté ? ;) On ne se plaindra donc pas de voir Ubisoft envahir la ville numérique, son hacktivisme en porte-drapeau.

C’est aussi comme ça que se pénètrent les inconscients, et que se forgent les consciences citoyennes. On a hâte de voir ce qu’Ubisoft imaginera comme autres hacktions, au-delà de ces premiers usages évidents…

EDIT de 16h : les dernières news annoncent d’ailleurs de superbes promesses :

« Watch Dogs dépasse toutes les limites connues de l’open-world et donne la possibilité au joueur de contrôler une ville entière » nous confie Jonathan Morin, directeur artistique chez Ubisoft.

« Dans Watch Dogs, tout ce qui est connecté au système central de gestion de la ville peut devenir une arme potentielle ! Nous avons étendu les limites de ce qu’il est possible de faire et ainsi, nous sommes capables d’offrir aux joueurs de l’action pure et dure couplée à de la recherche d’informations tel qu’il n’en a jamais été vu auparavant.« 

Bonus : à noter qu’un QR code renvoie à ce vrai-faux site aux couleurs de la galerie d’art numérique dont il est question dans le trailer (via @LeReilly). A surveiller pour trouver, peut-être, quelques informations croustillantes sur le jeu… (autre qu’une date de sortie, évidemment)

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NB : ironie de l’histoire, au même E3 était présenté le trailer définitif du prochain Sim City, ce merveilleux jeu vidéo dont le seul vice est de représenter, volontairement ou non, une certaine quintessence du monitoring urbain, et donc du contrôle *absolu* de la destinée d’une ville (mais qu’on se le dise : ce n’est pas sale, au contraire…!)

Seulement voilà : « Sim City is not a city », comme le rappelait intelligemment Nicolas Nova lors d’une récente conférence sur la smart city. Mais certains ont tendance à l’oublier – ou à ne pas vouloir l’entendre. C’est là qu’un jeu comme Watch Dogs prend intelligemment la relève, s’inscrivant dans une évolution naturelle des représentations urbaines dans le jeu vidéo (on y reviendra fin juin), et développant un discours en opposition directe à celui sous-tendu par les Sim City-like : l’éloge du hacking urbain.

N’en déplaisent à ceux qui les souhaiteraient plus policées, les « ludotopies » ont un rôle à jouer dans la réorientation des positionnements institutionnels sur l’avenir de la ville, notamment numérique. L’E3 est aussi le témoin de ces confrontations discursives contemporaines qui débordent sur les imaginaires vidéoludiques…

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