Décryptage du dernier spot de la MINI Countryman :
La vidéo s’inspire clairement du film « The Italian Job » (version 1969, bien plus que de son récent remake)1. Tout y est : l’étroitesse des rues italiennes, les chorégraphies emballées de Mini… Je vous laisse comparer avec la célèbre scène de getaway qui conclue le film original :
A cette référence évidente s’en ajoute une autre, plus subtile, surtout pour qui n’est pas familier de jeux vidéo automobiles. C’est un tweet de @tidamz qui m’a mis la puce à l’oreille : « Une pub Mini qui fait fortement penser à Trackmania ». En effet, le spot semble profondément marqué par Trackmania, jeu de course bien à part notamment connu pour sa « non-gestion » des collisions entre voitures. Je sais, je sais, ça ne parle pas forcément à tout le monde. N’ayez crainte, la vidéo du « Trackmania 1k Project » saura vous décrire cette spécificité mieux que moi !
Bien sûr, vous pourriez me répondre que « bon d’accord, c’est une référence à Trackmania, et après ? ». Et je vous inviterai alors à relire le premier billet *officiel* de ce blog, au titre évocateur : « Trackmania : quand l’auto s’auto-parodie ». En voici la conclusion, pour les plus flemmards ;-)
« Sans le vouloir, Trackmania désacralise la mythologie de l’objet automobile. La voiture s’auto-parodie en sublimant ses excès, pour n’être plus au final qu’un jouet manipulable à l’envi. Et si c’était ça, le futur de l’auto ? »
J’ai écrit ça il y a plus d’un an… Je ne pensais pas que les constructeurs me donnerait si vite raison :D (Note à moi-même : Philippe, je crois que tes chaussettes viennent de craquer ^^)
Plus sérieusement : ce n’est pas la première fois que les constructeurs auto piochent dans les univers vidéoludiques pour « rajeunir » leurs campagnes… et ce n’est sûrement pas la dernière ! Car comme l’écrivait un journaliste en reportage sur le Salon de l’auto tokyoïte : « l’automobile virtuelle prend l’ascendant sur les carrosseries réelles ». Si ces évidentes relations entre marketing auto et jeux vidéo vous intéresse, jetez un oeil aux différents liens de la rubrique Auto de ce blog où tout est expliqué :
Je suis persuadé que, parmi ces nouveaux imaginaires automobiles qui se construisent actuellement en empruntant à la pop-culture, Trackmania propose une voie des plus intéressantes. Comme évoqué plus haut, ce jeu désacralise totalement l’objet automobile. La publicité MINI en est un bon témoin : l’uniformisation des voitures se substitue à l’habituelle hyper-spécialisation des modèles, pourtant indispensable argument de vente il n’y a encore pas si longtemps (dans l’esprit « Dis-moi dans quoi tu roules, je te dirai qui tu es »).
MINI semble ainsi admettre que le futur de l’automobile n’est pas dans la différenciation de l’objet, mais dans celle de son usage. Un message que l’on retrouve en filigrane dans une autre publicité, cette fois pour Toyota (via) [et surtout dans le concept de "voiture servicielle" qui m'a été enseigné chez Chronos] : les voitures se dédoublent pour permettre aux conducteurs de répondre à leur différents besoins, sans pour autant se différencier l’une de l’autre. Un pas de plus, de la part des constructeurs, vers l’abandon de leurs imaginaires obsolètes ? J’en suis persuadé :-)
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Bonus stage ! Une dernier exemple d’exploitation à peine voilée des univers vidéoludiques par les constructeurs auto : c’est cette fois Mercedes qui s’y colle en s’inspirant obviously de Sim City (on reconnaitrait presque les bâtiments rétro-futuristes de Sim City 2000, cf. en bas à droite). Pour information, le slogan « Raus ins Grüne », en anglais « Get out of doors », pourrait se traduire en français par « Mettez-vous au vert ». Ce que j’appelle un foutage de gueule en règle, mais passons.
« L’or se barre » en version française, que je recommande évidemment chaudement à tous les amateurs d’humour british et de Michael Cane jeune. [↩]
« Les architectes serviront-ils encore à quelque chose dans la ville numérique ? » : c’est avec cette interpellation que j’ouvrais en février dernier un billet consacré à l’épineux sujet de l’architecture à l’heure du numérique omniprésent : Ecrans, ravalement de façades.
Smartphones, écrans, iPad et compagnie : nous y sommes jusqu’au cou, dans cette foutue ville numérique ! Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la réponse d’une majorité d’architectes se fait encore assez timide, voire presque critiquable lorsque l’on regarde certains projets dits « d’avenir » (i.e. le Grand Paris). Mais ils ne sont pas les seuls, au grand dam des utopistes du numérique qui voudraient voir de vraies ambitions humanistes accompagner l’émergence de ces technologies (cf. La réalité augmentée, un fantasme de vieux cons ?).
C’est pour pallier ce mutisme relatif que deux amis étudiants en architecture (Thomas PEREZ et Nicolas RUIZ GONZALEZ) et moi-même (Philippe GARGOV, donc) avons décidé de participer au concours Allplan Campus, organisé par l’éditeur de logiciels d’architecture Nemetschek. La consigne de départ était « d’imaginer le pavillon de la France de la prochaine Exposition Universelle de Milan en 2015 ». Notre proposition, intitulée KUBIKOPEDIA (explications ci-dessous), a finalement obtenu la Mention spéciale du Jury \o/
Notre réponse reprend des analyses partagées entre nous depuis quelques temps sur l’avenir de l’architecture, et dont j’avais proposé une perspective dans le billet Ecrans, ravalement de façades. Comme vous pourrez le constater, le projet KUBIKOPEDIA s’inscrit pleinement dans cette lignée :
« Quels sont horizons urbanistiques et architecturaux qui se dessinent derrière [cette idée] ? Peut-être ceux d’une architecture atonale et effacée voire absente – qui ne se passerait pas pour autant des architectes, est-il besoin de le rappeler ? -, dont les façades ne seraient que les supports vierges d’un contenu sans cesse réactualisé. »
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Retrouvez ci-dessous notre réponse en format « billet de blog », reprenant donc les principaux textes et images proposés. Pour ceux qui souhaiteraient voir le produit final dans son écrin d’origine : la plaquette esttéléchargeable ici. Si vous avez la moindre question ou remarque sur le projet, n’hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous ou à nous envoyer un mail : philippe.gargov@gmail.com
« Les utopies sont majoritairement urbanophobes ».
Et ça continue fort : « Il n’y a pas d’utopie urbaine : il y a un usage particulier de l’architecture et de la ville dans les discours utopiques »1
Boom, headshot.
Vous l’aurez compris : ceci est une indispensable intervention de Thierry Paquot sur les différents modèles d’utopies à travers l’histoire, donnée lors d’une séance des Utopiades de l’Arène.
A noter, le très beau détournement du sigle HQE, pour « Haute Qualité Existentielle ». Une devise dont l’application se fait de plus en plus pressante !
Note : Thierry Paquot est (entre autres) éditeur de la revue Urbanisme, et spécialiste des utopies urbaines.
Note bis : Fidèle à ma devise « Un néologisme par jour éloigne le médecin« , j’espère contribuer avec ce billet à l’introduction du terme « utopianisme » dans notre beau langage. Sachant que terme « utopianism » existe bel et bien en anglais : « the ideas, doctrines, aims, etc. of a utopian; visionary schemes for producing perfection in social or political conditions »
A ce sujet, lire « Faites la ville, pas l’amour », dans lequel je reviens sur la chanson « Amour City » de Julien Ribot, témoin envoûtant de cette tendance de l’utopie à l’anti-urbanité primaire :p [↩]
Je vous parlais il y a tout juste deux mois d’un enthousiasmant projet de cartographie musicale. A l’époque, la découverte du projet avait fait remonter mes rêves enfouis d’une « cartographie rapologique » qui permettrait de découvrir les lieux emblématiques du rap français (les quartiers d’origine de nos groupes préférées, les rues évoquées, etc…). C’est *presque* chose faite avec The Map Rap qui, comme son nom l’indique, fait exactement ce que j’attendais d’elle.
Grâce à elle, vous pourrez enfin savoir :
où Jay-Z se fournissait en substances illicites (in Empire State of Mind),
et où Dr Dre se fournissait en femmes dénudées (in Let Me Ride).
où ce flambeur de 2Pac allait à l’école (in Keep Ya Head Up),
et où se trouve le fameux El Segundo où ce malheureux Q-Tip a oublié son portefeuille ;-) (in I Left My Wallet In El Segundo)
et plein d’autres choses sur le Wu, Mos Def, Notorious B.I.G. et bien d’autres !
Un gros regret, toutefois. Cette cartographie ne concerne évidemment que le hip-hop américain1, à l’exception de quelques maigres lyrics exotiques. Dieu, que je rêve d’une version française. Si un informaticien zélé entend cet appel, qu’il se fasse connaître ! A défaut, il suffit que les fans de rap français proposent de contribuer eux-mêmes à remplir la carte :))
Je vous laisse sur quelques captures d’écran (cliquer pour agrandir) :
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Bonus : en guise de digestif, la meilleure chanson urbaine du monde : New York State of Mind, de Nas !
Ce billet est dédicacé à la patience d’Edouard, maître à penser du hip-hop new-yorkais :))
Une fois n’est pas coutume, je vais sortir du champ purement spatial qui habite traditionnellement ce blog. Pas d’espace ni de ville, certes, mais de « l’architecture » quand même avec cette sympathique méthodologie de travail de groupe découverte dans le compte-rendu du 1er Archicamp, auquel je n’ai malheureusement pas pu assister :-(
Le concept est enfantin : prenez une tripotée d’adultes affairés et donnez-leur des spagghettis, ainsi qu’un marshmallow1. L’équipe qui réussira à mener son marshmallow vers les étoiles est déclarée victorieuse après 18 minutes de labeur. Le principe de ce « Marshmallow Challenge » ? Optimiser le travail d’équipe de manière ludique et original. Ou, pour le dire en termes plus corporate :
« Surprising lessons emerge when you compare teams’ performance. Who tends to do the worst? Why? Who tends to do the best? Why? What improves performance? What kills it?
If you need to kickstart a meeting, get a team into a creative frame of mind, or simply want to encourage your organization to think about what it takes to dramatically increase innovation, invest 45 minutes to run a marshmallow challenge. »
Je vous laisse sur quelques photos prises lors de l’Archicamp, puis sur la présentation du Marshmallow Challenge faite par son « inventeur » lors de la conférence TED. En vous invitant à tenter l’expérience lors de vos propres ateliers !
Un jour je construirai une ville immense
Que j’appellerai Amour City.
Les maisons en forme de montgolfières
Seront suspendues dans les airs.
Nous vivrons tous dans des villas végétales
Aussi lumineuses que des aurores boréales.
Nous ferons l’amour le jour et la nuit
Dans la ville que je nommerai Amour City.
Nous baignerons dans des lacs d’eau claire
Creusés au sommet des nuages.
Nous parlerons aux animaux sauvages
Dans des jardins spectaculaires.
Nous entendrons le chant des étoiles filantes.
Nous voyagerons toujours en tapis volant.
Nous ferons l’amour le jour et la nuit
Dans la ville que je nommerai Amour City.
Et lorsque vous serez tous près de moi
Je vous garderai pour toujours.
Et même si vous ne le voulez pas
Vous ne pourrez plus vous en aller.
Vous chanterez à tout jamais
Amour City, Amour City…
Julien Ribot, « Amour City »
A découvrir sur l’album « Vega »
J’adore cette chanson de Julien Ribot. Mais elle m’énerve gentiment.
Elle m’énerve car elle est censée nous parler de ville ; et que trouve-t-on, en guise de ville ? Des « animaux sauvages », des « lacs d’eau claire »… Bien sûr, c’est enchanteur. Mais où diable est la ville ? Où sont le béton, l’immeuble, le bitume ? Chacun sait pourtant aujourd’hui qu’une ville faite de « villas végétales » serait un véritable crime écologique. Chacun sait, ou devrait savoir, qu’une ville ne peut s’affranchir de sa nature même de territoire urbain ; et qui dit urbain dit forcément dense, habité, façonné par l’homme. On est loin des « animaux sauvages » et du vert à gogo.
« Le skateboard est l’ennemi de la ville », s’emportent certains acteurs de la ville – élus, citoyens, urbanistes… *
Et ce n’est certainement pas avec ce genre de films qu’ils changeront d’avis ! ;-)
Première vidéo : un superbe clip présentant le jeu vidéo Shaun White Skateboarding, dans lequel« vous devez transformer une ville terne et ennuyeuse en véritable playground pour skateurs » (via). Le tout sur une musique trottinante des Coasters, « Down in Mexico ».
Dans cette géniale intervention, Eric George rebondit sur un extrait de l’Apocalypse [Chapitre XXI 9 à 27] pour démontrer la nature profondément « urbaine » du message divin, et par effet de miroir, la nature intrinsèquement urbaine de l’Homme.