Archives pour février 2011

Je suis grand fan du Daily Show, émission de satire politique diffusée depuis 1996 sur Comedy Central (high five, Iris). Alors, quand Jon Stewart reçoit un économiste de Harvard pour dire du bien de la vie urbaine, vous vous doutez bien que je regarde attentivement. Edward Glaeser était en effet invité, ce lundi 14 février, à présenter son livre au titre clair comme de l’eau de roche : « Triumph of the City: How Our Greatest Invention Makes Us Richer, Smarter, Greener, Healthier, and Happier » (« Le triomphe de la ville : comment notre plus grande invention nous rend plus riche, plus intelligent, plus heureux et en meilleure santé« . Rien que ça.)

The Daily Show With Jon Stewart Mon – Thurs 11p / 10c
Edward Glaeser
www.thedailyshow.com
Daily Show Full Episodes Political Humor & Satire Blog The Daily Show on Facebook

L’émission aurait pu se contenter d’être drôle (malgré un Edward Glaeser sous amphèt). Mais si je vous en parle, c’est aussi et surtout parce qu’une telle interview est fortement révélatrice. Car pendant des décennies, le « rêve américain » n’a eu pour seul étendard que le modèle – désastreux – de la suburbia pavillonnaire. Mais les temps changent, alléluia !

Ce n’est en effet une nouvelle pour personne : le paradigme urbain des Etats-Unis est en train d’évoluer, sous l’influence des crises récentes (subprimes + environnementale + prix du pétrole, etc). Les villes partent donc depuis quelques années à la reconquête de Américains (on note d’ailleurs plusieurs exemples notables dans la pop-culture, notamment les séries. Il faudrait que je pense à en faire un billet, pour prolonger ce que j’écrivais ici, en écho à cet article).

{ Cliquer ici pour lire la suite et fantasmer sur Christine Lagarde. }

Comments 11 commentaires »

[ Avant-propos : Cinquième épisode d'URBAN AFTER ALL, la chronique hebdomadaire que j'anime chaque lundi sur Owni avec Nicolas Nova :) N'hésitez pas à nous suivre sur facebook ! ]

——————————-

La ville a-t-elle pour mission de nous faire maigrir ? La question peut sembler saugrenue. Elle se pose pourtant avec une insistance croissante, malgré un tabou persistant. La surcharge pondérale est en effet devenue, en quelques décennies, l’une des problématiques majeures de santé publique dans les pays développés (= fortement urbanisés), mais pas uniquement. On comptait ainsi 1,5 milliards d’adultes en surpoids et 500 millions d’obèses en 2008. Les prévisions évoquent jusqu’à 2,3 milliards d’adultes en surpoids et 700 millions d’obèses à l’horizon 2015 (Source : OMS)

S’il serait un peu réducteur de rendre la ville seule coupable de cet empâtement globalisé, celle-ci porte indéniablement une lourde responsabilité dans la diminution de nos efforts. L’OMS met ainsi en cause “la tendance à faire moins d’exercice physique en raison de la nature de plus en plus sédentaire de nombreuses formes de travail, de l’évolution des modes de transport et de l’urbanisation”, en plus évidemment d’un enrichissement calorique de notre alimentation. On notera toutefois que la ville n’est pas forcément la forme la plus avachie, comparée aux modèles rural et surtout périurbain où la marche est inévitablement marginale (distances, manque d’aménagements de type trottoirs, etc.)

Pour autant, appartient-il à la ville de nous “faire bouger” ? On admet aisément que les collectivités prennent en charge certaines dimensions de la santé publique, comme par exemple la lutte contre les pollutions. Mais est-ce aussi légitime de s’attaquer à l’effort physique, un domaine longtemps réservé à la sphère intime ? Dit autrement : où s’arrête la responsabilité d’une ville en matière de santé publique ?

{ Cliquer ici pour lire la suite entre deux joggings matinaux. }

Comments 9 commentaires »

Je ne résiste pas, après vous avoir tant parlé de sexe ces dernières semaines, à partager avec vous cette petite vidéo. Après la balançoire dans le métro parisien, voici donc la séance de pole-dance entre deux arrêts !

A défaut d’être très agréable à visionner, cette séquence témoigne du véritable potentiel d’érotisation des transports publics, dont je vous parlais dans Métro bondé, métro bandant (et puis un peu ). Il ne reste plus qu’aux opérateurs de l’admettre. Mais de là à faire de chaque wagon un club de strip-tease, ce serait peut-être aller un peu loin… ^^

[Via Dorcel blog, dont le seul nom devrait vous indiquer que c'est NSFW.]

Comments Un commentaire »

[ Note de Philippe G. : Pour sa première chronique d'URBAN AFTER ALL, Nicolas Nova s'attaque aux us et coutumes de la rencontre sexuelle, du graffiti explicite aux applications plus discrètes. PS : Pour ceux que le sujet intéresse, sachez que Nicolas est aussi l’auteur de Comprendre les médias géolocalisés publié chez FYP Editions ;-)

Retrouver nos chroniques chaque lundi sur Owni.fr. Et n'hésitez pas à nous suivre sur facebook ! ]

—————

Extrait :

Toute bonne journée de Saint Valentin [billet original publié le 14.02] ne doit pas occulter que la consécration du couple passe d’abord par des rencontres. Et la découverte, le frottement, la mise en relation… ce sont bien des questions pour Urban After All !

Par sa capacité à concentrer beaucoup de monde dans un même espace, la ville est certainement un environnement de choix pour maximiser les découvertes et les rencontres. On pense évidemment à la ville business (faire des affaires), commerçante (acheter, échanger) ou se cultiver. Mais les rencontres amoureuses et ses avatars plus évasifs ou moins “profonds” (du “public sex” au sexe tarifé) sont clairement une composante urbaine à ne pas négliger, comme Philippe le montrait il y a deux semaines.

Pour l’observateur de la ville attaché à ces petits détails qui échappent à l’attention, les rencontres amoureuses ou à caractère sexuelles sont un sujet évidemment très riche. C’est particulièrement la manière dont certains “se signalent” aux autres qui m’intéresse ici : clins d’oeil à la sauvette ou sifflements dans la rue sont des exemples classiques, voire éculés et en général rarement couronnés de succès. Mais il y a plus intriguant et surtout plus direct dans des messages moins visibles. Je pense notamment aux graffitis dans les toilettes publiques (exemple millénaire) et l’utilisation des services géolocalisés.

Lire la suite sur Owni.fr

Comments Pas de commentaire »

[ Attention, billet relativement désurbanisé : ne vous attendez pas à trouver ici de l'urbain à proprement parler ^^ Il sera davantage question de pop-culture et de marketing prospectif au sens large... ce qui, vous en conviendrez, est tout aussi séduisant ;-)
Et puis, après tout, l'objet de ce blog n'est-il pas d'explorer "le pouvoir de révélation de la culture populaire" ? De même, comme l'expliquait de The Pop-Up City : "marketing is urbanism and urbanism is marketing". Toutélié ! ]

——————-

Au départ, c’est une petite phrase sur Minorités qui m’a interpellé : « Les gens émigrent vers l’ouest, et la culture se diffuse du centre mondial vers l’est ». Laurent Chambon formule cette hypothèse pour tenter d’expliquer la crise de l’industrie musicale européenne :

« Si on garde à l’esprit que le centre actuel du monde est quelque part entre Tokyo, Séoul et Hong Kong, on comprend l’impression de médiocrité qui se dégage de la musique européenne et américaine en ce moment: nous faisons de la musique de périphérie. Parce que nous sommes en train de retourner dans la périphérie, économiquement et politiquement. »

Si l’hypothèse est volontairement simpliste, elle a le mérite de pointer du doigt une situation que nous autres occidentaux avons du mal à admettre : nous ne sommes plus les rois du monde. Je n’invente évidemment rien, comme tout bon géographe-historien vous l’expliquera. Mais ce n’est pas pour autant que cette culture « orientale » est reconnue à sa juste valeur, ce que dit fort bien Laurent Chambon. Remplacez [musicale] par [culturelle], et vous aurez mon opinion clé en main :

« L’impression de médiocrité [musicale] qui règne en ce moment en Occident est probablement l’illustration de notre arrogance collective ces dernières années, lorsqu’on a cru avoir trouvé le moyen d’être riche indéfiniment et sans limite. Maintenant que nous commençons à comprendre notre situation réelle, il est peut-être temps de commencer à nous intéresser aussi aux [musiques] des autres. »

« D’accord, Philippe, on a compris. So what ? », me direz-vous. J’évoque depuis un moment la « panne d’imaginaires » urbains contemporains, qui ont conduit à la misère architecturale et urbanistique d’une partie des productions actuelles (cf. Transit-City). De même, hier encore, je regrettais avec une collègue le manque de renouvellement de la science-fiction occidentale, dont on connait pourtant l’importance en termes de changement de perspectives. Peut-être suis-je très naïf, mais je suis toujours surpris de voir encore et toujours les mêmes exemples être cités en conférence pour faire le lien entre SF et imaginaires urbains. Pour caricaturer, voilà le panier type : Metropolis, 1984, Blade Runner et Minority Report auxquels s’ajoutent parfois Le 5e Elément et Matrix histoire de montrer qu’on est in (je plaide coupable ^^). A croire qu’en dehors d’Hollywood…   -___-’

Il ne s’agit évidemment pas de dire que ces oeuvres n’ont aucune utilité pour l’apprenti prospectiviste, mais simplement de constater le manque de renouvellement global de nos référentiels et donc de notre créativité1. Et, par conséquent, de pointer du doigt notre incapacité à sortir de la « path-dependance » de la futurologie traditionnelle.

{ Cliquer ici pour lire la suite, au son des Bbiribbom Bberibbom ! }

  1. Exemples : ville verticale, omniprésence des véhicules individuels et/ou des monorails, etc. []

Comments 4 commentaires »

[ Avant-propos : Et voici le troisième épisode d'URBAN AFTER ALL, la chronique hebdomadaire que j'anime chaque lundi sur Owni, accompagné de Nicolas Nova :)

PS : n'hésitez pas à nous suivre sur facebook ! ]

—————–

Sur le bitume l’engrenage se déroule.
Foutre le dawa, niquer la rhala…

Passi – Les flammes du mal

À en croire les millions de pages recensées dans Google Books, les violences urbaines seraient “nées” dans les années 90’. Les émeutes urbaines dateraient elles un peu plus : les premiers soubresauts remontent au XIXe (la Commune se distingue aisément) ; mais c’est surtout après-guerre qu’elles se seraient développées, s’accélérant un peu avec les années 80-90.

Faudrait-il en conclure que ville et révoltes ne sont liées que depuis peu ? Évidemment que non, et l’on se méfiera des interprétations trop hâtives, inévitables avec un tel outil. On prendra Google Ngram View pour ce qu’il est (ou devrait être) : “un outil heuristique qui permet plus de poser de nouvelles questions que d’apporter des réponses”.

Suivant cette voie, on pourrait d’abord s’interroger sur l’origine des ces formules et les raisons de leur essor dans les années 80-90. Une réponse “objective” voudrait qu’on l’explique par la multiplication des émeutes sporadiques dans les banlieues françaises. Une réponse plus subjective, à laquelle je souscris, y voit aussi la diffusion d’un discours sécuritaire dans les médias, sans véritable lien avec la réalité du terrain. L’expression “violences urbaines”, en particulier, n’est souvent qu’un fourre-tout médiatique pour journaliste en manque de sensationnalisme. Il semble donc bien difficile de donner une explication pertinente à la croissance de ces expressions.

Mais la démarche heuristique à ceci de sympathique qu’elle ne s’arrête pas à ces obstacles. Plutôt que de s’interroger sur les origines de ces termes, pourquoi ne pas s’interroger sur leur conséquences ? On entre ici dans le domaine de la “prospective du présent”.

{ Cliquer ici pour lire la suite, et dénoncer les dérives d’un urbanisme sécuritaire qui ne dit pas son nom. }

Comments 7 commentaires »