Archives pour la catégorie “Adresse”

La ville, un espace de travail sur demande ? L’idée n’est pas neuve. Elle peine pourtant à se mettre en place1. Ainsi, la « tiercarisation » des espaces urbains se limite pour l’heure à des lieux relativement bien définis : télécentres, cantines, espaces de co-working, voire bureaux partagés et postes de travail en accès réservé pour les firmes mondialisées. Mais il ne s’agit finalement que de multiplier les bureaux « externalisés », dès lors suffisamment bien dispersés dans l’espace de la ville pour répondre aux besoins des travailleurs nomades2.

C’est d’ailleurs ce constat qui nous a amené à proposer le néologisme « cubiclitaire » lors de la conférence Chronos « Demain, le travail mobile ? », contraction de cubicle et d’ubiquitaire, décrivant donc le maillage du territoire par des cubicules éparpillés. Si cette « ville cubiclitaire » est une réalité de plus en plus tangible, comme en témoignaient les débats de la journée3, qu’en est-il de la « ville open-space », ouverte et collaborative ? Ou pour aller droit au but : comment (et pourquoi) faire de la ville un tiers-lieu géant ?

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Retrouvez aussi les précédentes chroniques :

  1. cf. Le tiers état des tiers-lieux []
  2. cf. Le salarié mobile est un salarié « délocalisé » []
  3. cf. Tiers-lieux : un dossier d’intelligence économique []

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« Un samedi, 7 heures du matin, sur un mur aveugle du 3ème arrondissement de Paris. Une façade aux codes architecturaux du quartier, occupant 10 cm d’espace public, est montée et collée en trente minutes. Presque 4 ans plus tard, l’adresse existe toujours. Régulièrement tagée, elle est nettoyée par la ville. »


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Julien Berthier en collaboration avec Simon Boudvin
Les spécialistes (2006)
Bois, peinture, colle, 220 x 200 x 10 cm environ


L’artiste ne précise pas comment l’oeuvre doit être interprétée, chacun y verra donc ce qu’il y cherche. Je la raccroche pour ma part au « jeu d’adresses » (v. plus loin) qui caractérise nos sociétés nomades, et à la vacuité croissante de l’adresse fixe domiciliaire comme référent social unique des citadins.

L’intérêt de l’oeuvre réside d’ailleurs autant dans son principe (la simulation effective d’une adresse fixe) que dans son étonnante pérennité !

spécialistes

Merci à Renalid qui est allé fouiner sur Google Street View, emballé comme il se doit par cette création originale ! C’est aussi lui qui m’a partagé ce lien sur lequel on peut lire :

« Julien Berthier et Simon Boudvin remettent en jeu l’apparence de l’espace urbain et la possibilité pour une entreprise artistique de s’immiscer dans la ville. Jusqu’à ce que les services de nettoyage, en enlevant les tags inscrits sur la porte quelques mois après la pose de la façade, avalisent l’existence de l’adresse. [...] La matérialisation d’une adresse réelle pour abriter une profession apparemment fictive crée un non-lieu qui ne relève ni de l’utopique, ni de la pratique. »


Clément Dirié, « Le Non-Lieu Commun »

A quand le jumelage du 1bis rue Chapon avec la ville d’Argleton ? ;-)

Dans la même veine, jetez un oeil à son « Balcon additionnel » (2008), « service de greffe d’un balcon en plastique de style haussmannien pour tout type d’architecture ». De la simulation architecturale comme on l’aime !


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Note : Je dois mon intérêt pour ce « jeu d’adresses » des enseignements de Bruno Marzloff et de l’équipe Chronos. Mon premier texte Chronos traitait d’ailleurs de ce sujet ; l’accès au texte est réservé aux membres du Groupe Chronos, mais vous pourrez toutefois consulter sur ce lien l’introduction, qui pose à mon avis plutôt bien le problème :

« L’adresse a cessé d’être unique et sédentaire : elle est multiple, polymorphe et de plus en plus mobile. Elle est aussi compliquée, elle veut tout et ses contraires : la liberté, la simplicité, la multiplicité, l’agilité et la sécurité en prime. Le nomadisme contemporain repose sur la capacité du nomade à jouer de ces différentes adresses pour définir sa joignabilité. La mobilité devient un jeu d’adresse et oblige à concevoir des modèles d’adressage innovant. Quels services imaginer pour y répondre ? Et d’abord quelle analyse en faire ? »

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