Archives pour la catégorie “Clever city”

Les plus fidèles de nos lecteurs savent bien le regard critique que nous portons à l’égard de la « ville intelligente » et de ses grands tutélaires : IBM, Cisco, et autres industriels du numérique urbain. C’est précisément ce scepticisme qui nous avait amené à en formuler un contrepoint, incarnée dans la « ville astucieuse ». Faut-il pour autant se priver de comprendre ces Smart Cities appelées à dominer les métropoles du globe, et ce malgré nos résistances pas si futiles ? Bien au contraire.

Profitant de l’inauguration du « Boulevard connecté » à Nice, il y a tout juste un mois, nous avons souhaité interroger Olivier Seznec, directeur de la technologie chez Cisco France, aux premières loges dans cette mue numérique du Boulevard Victor HugoUne première mondiale de cette étrangeté qu’est « l’Internet des Objets Urbains », ou comment la captation de données en temps réel contribue à transformer les pratiques et gouvernances de la ville. Comment, et surtout pourquoi ?

On l’a dit, ce projet s’inscrit très directement dans la dynamique des « smart city », ou « villes intelligentes », très en vogue dans les métropoles du globe. Proche de nous, on citera par exemple Issy Grid, à Issy-les-Moulineaux, auquel a contribué Bouygues Immobilier. L’objectif est connu : l’agrégation de données quantitatives sur l’état du territoire permet aux collectivités concernées d’optimiser le pilotage de leurs infrastructures et services municipaux. Comme l’explique Olivier Seznec :

« Dans le cas de la ville, la multiplication des capteurs communicants, comme dans le cadre du boulevard connecté [200 capteurs ont été installés sur le boulevard], transforme totalement la nature et le nombre des données collectées. La ville possède et agrège les données d’abord pour son usage propre. La première priorité est d’exploiter intelligemment ces données afin de les utiliser dans les applications liées à la gestion de la mobilité, de l’éclairage, de la gestion de la propreté ou de l’environnement par les diverses directions-métier de la ville. »

Boulevard-connecte_Nice

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Qui veut la peau de la cabine téléphonique ? Symboles emblématiques de notre passé pré-connecté (illus. #1/2), les cabines téléphoniques semblent aujourd’hui n’avoir qu’un seul destin autorisé : l’abattoir (illus. #3/4). “Les pièces détachées sont réutilisées pour réparer des biens dégradés ou elles sont recyclées”, explique-t-on chez France Télécom, qui a entamé la dépose des cabines dès 1997.

Quoi de plus normal, après tout ? Internet et surtout le téléphone portable sont passés par là, accélérant l’inexorable descente aux enfers de ces vénérables objets urbains (illus. #5). Devenues obsolètes (illus. #6) en quelques années à peine, nos bonnes vieilles cabines emportent avec elles leur odeur surannée…

Comme toute espèce en voie de disparition, les cabines ont leurs défenseurs zélés attirés par le goût du vintage (illus. #7). Entre cartographies, recensements, boutiques, ces passionnés prolongent l’existence de ces habitacles urbains (illus. #8/9). Et nous laissent du même coup réfléchir sur leur sort funeste. Plus que de simples machines à remonter le temps, les cabines sont de véritables hétérotopies : des espaces concrets, à la fois ouverts et cloisonnés, dans lesquels se projettent les imaginaires de nos sociétés.

A ce titre, les cabines sont un prétexte de choix pour évoquer les mutations contemporaines de la cité, et plus spécifiquement la question du mobilier urbain dans la ville connectée. Entre innovations et recyclages, entre imaginaires et détournements, ces créatures familières racontent une certaine histoire de la ville de demain.

Note : recherches et mise en image réalisées par Margot Baldassi

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Comment « raconter » la ville hybride ? Comment la rendre intelligible pour le commun des mortels, qui n’appartient pas nécessairement au cénacle de connoisseurs ès « ville numérique » ? La tâche est d’autant plus ardue que le numérique est par définition intangible (du moins, perçu comme tel…), et donc difficilement « matérialisable » par le citadin lambda.

MIT SENSEable City Lab 2010. Projet: Network & Society

On retrouve là une dichotomie assez classique, qui distingue le réel-physique du virtuel-numérique. Une opposition évidemment erronée, mais qui contribue à tromper les citadins quant à la réalité du numérique et son impact sur leur quotidien :

« Il devient nécessaire de reconsidérer l’opposition entre réel et virtuel, entre objectivation et fiction dans les modélisations de ville. » (Hugues Aubin)

« Il serait dangereux et anachronique de considérer les technologies de communication numériques comme irréelles. » (Boris Beaude)

La science-fiction, premier conteur de la ville numérique

Nombreux sont ceux qui s’évertuent à retranscrire, par les mots ou les images, la matérialité de cette ville hybride. A ce titre, la science-fiction et plus précisément le courant cyberpunk ont largement contribué à défricher le sujet (Blade Runner, Neuromancien, etc.)

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Quelle place pour les marques dans l’écosystème de la ville en mutation ? Lors de son intervention introductive à l’EIVP, Antoine Picon s’était ému de la place croissante qu’occupent les marques et les stratégies communicationnelles dans la fabrique de l’espace public, en particulier numérique.

Cette interrogation est évidemment légitime – on la partage logiquement : car l’émergence des marques comme producteurs à part entière de la cité, aux côtés d’acteurs plus traditionnels (architectes-urbanistes, opérateurs de transports, gestionnaires d’infrastructures, etc.), soulève un certain nombre de questions plus ou moins épineuses quant aux intérêts qui fondent leurs démarches urbanistiques.

Il serait toutefois dangereux d’adopter une posture trop réactionnaire à cet égard : s’interroger sur le sujet ne signifie pas crier au loup dès qu’une marque « non-urbaine » s’empare de l’espace de la cité, surtout lorsque c’est fait avec intelligence. C’est d’ailleurs ce qui nous avait amené à faire à la fois le blâme et l’éloge de ce colonialisme publicitaire, en rappelant notamment que les marques contribuent depuis toujours peuvent aussi contribuer au réenchantement de l’espace urbain, en véhiculant des valeurs ludiques totalement absentes des acteurs urbains plus institutionnels [texte édité suite au commentaire de Luciano]

Dès lors, comment séparer le bon grain de l’ivraie, et ainsi éviter de jeter les marques avec l’eau de l’anti-pub ? Autrement dit, comment faire cohabiter en bonne intelligence les stratégies communicationnelles et urbanistiques, dont les intérêts souvent divergent mais parfois se rejoignent ?

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La saga de la ville astucieuse continue ! Mais trêve de bavardages inutiles, et rentrons directement dans le vif du sujet. Et au besoin, vous pouvez bien évidemment retrouver les autres parties de l’abécédaire :

  • de A à E comme dans : Agile, Biodiversion, Cautèle (et Clever), DIY et Enjaillement
  • de F à J comme dans : Foutraque, Grassouillette, Hédonisme (et Hacking), Irrévérencieuse et Jacuzzi
  • de P à T : à venir
  • de U à Z : à venir

Note : nous ne les avons pas utilisés ici, mais notez ces quelques jolis mots proposés par Emile Hooge, toujours lui, qui mériteraient de figurer dans un prochain abécédaire : O comme Oxymore (génial), et N comme Nourricière et Narratrice… Pour une prochaine fois ?

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K comme Kafkaïen

« Oppressant, absurde et cauchemardesque » : la vision kafkaïenne renvoie ici à l’immuable paranoïa qui règne autour de chaque technologie émergente. Logiquement, ce sont actuellement les smartphones et les capteurs urbains qu’on montre trop hâtivement du doigt, les rendant coupables de toutes les maux du monde à venir. Cette approche, outre sa relative faiblesse d’esprit (OUAIS), pose un souci dès lors qu’elle devient un frein à la résolution des défis urbains - résolution qui peut *notamment* s’appuyer sur le numérique.

Prenons ce titre de Courrier International : « Big Brother au service de la nature », où il n’est absolument pas question de surveillance autoritaire, mais simplement d’usages astucieux des smartphones au profit d’une cartographie collaborative de la biodiversité. C’est avec ce genre de titre qu’on refroidira les ardeurs des citoyens trop méfiants à l’égard des technologies – mais n’oublions pas qu’une certaine prudence reste nécessaire sur le sujet ; c’est notamment ce que nous expliquions avec C comme Cautèle.

Allégorie de la ville kafkaïenne (à gauche) et de la ville astucieuse (à droite)
On est quand même mieux au chaud à refaire le monde, non ? 

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L’abécédaire de la ville astucieuse se prolonge avec cette seconde étape, dans le prolongement de l’Enjaillement qui concluait notre premier périple. Pas de longue introduction cette fois-ci, rentrons vite dans le vif du sujet. Il sera question de plaisir, beaucoup, mais aussi et surtout de défense de certaines valeurs fondamentales qui devraient être, selon nous, celles de la ville idéale.

Comme précisé ici ou là, cet abécédaire fait office de synthèse relativement exhaustive des réflexions portées et défendues les réflexions par [pop-up] urbain ; elles peuvent être complétées par un (vieux) glossaire beaucoup plus sommaire. En outre, rappelons que cette série de billet a été inspirée par un travail de recherche réalisé avec Emile Hooge pour son cabinet Nova7. Encore merci à lui !

Retrouvez les autres parties de l’abécédaire :

  • de A à E comme dans : Agile, Biodiversion, Cautèle (et Clever), DIY et Enjaillement
  • de K à O : à venir en début de semaine prochaine !
  • de P à T : à venir
  • de U à Z : à venir

Et on attaque directement, avec…

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