Archives pour la catégorie “Géolocalisation”

Le géant de l’industrie vidéoludique Ubisoft nous a agréablement surpris la semaine dernière en mettant en ligne le site promotionnel “We are Data” pour préparer la sortie prochaine du jeu Watch Dogs, porte-drapeau de l’hacktivisme urbain. Le plus étonnant dans cette campagne réside dans l’appropriation, par des professionnels du jeu vidéo, d’une problématique dont les rênes sont presque exclusivement tenues par des experts urbains (urbanistes, collectivités, opérateurs…). Ainsi, Ubisoft débarque intelligemment dans une sphère qui n’est pas la sienne : on ne peut que louer cette initiative neuve et pleine de fraîcheur.

Watch Dogs game

Watch Dogs, reflet du réel

Pour rappel, Watch Dogs met en scène Aiden Pearce, un pro de l’informatique en fuite qui se balade dans Chicago en hackant tout ce qui bouge. La ville est d’ailleurs un personnage à part entière : Watch Dogs raconte l’histoire d’une Smart City hyperconnectée, miroir à peine déformant des mutations que sont en train de vivre nos villes. Plus proche de la réalité que d’une dystopie fictive, les développeurs du jeu ont pour ambition de faire prendre conscience aux joueurs de la manière dont sont traitées les informations inhérentes à l’espace urbain, et les problématiques éthiques et politiques que cela soulève. L’essayiste américaine Annelee Newitz les a particulièrement bien explicité, en commentant les récentes révélations sur l’espionnage du gouvernement américain :

“Nous sommes passés de rêver d’un monde [dystopique] qui pourrait être réel, à accepter que nos rêves sont de dures réalités. [...] Notre sphère publique est aujourd’hui plus interprétable que jamais, grâce aux milliers de couches de données qui se sont installées telles des sédiments sur toute la surface de nos vies sociales. Et ce sont ceux qui ont le plus de pouvoir qui décident de ses interprétations. Or, pendant que nous ne regardions pas, la sphère publique est devenue l’objet d’une nouvelle interprétation [celle de la surveillance généralisée].”

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L’outil cartographique a le vent en poupe depuis quelques années : qui peut le nier ? Les technologies numériques et la production de datas qui en découle ont fait décoller les recherches, innovations et expérimentations autour de la carte. Cet essor semble répondre aux multiples critiques traditionnellement formulées à l’égard de la carte “à l’ancienne”, à savoir son caractère figé, complexe et faussement universel. Et permet d’imaginer d’autres mécaniques pour redonner un coup de jeune à cette carte. En la gavant de culture pop, par exemple ?

Vu à Bruges - Janvier 2013

Et sinon, vous voulez pas télécharger l’appli les mecs ?

Il y a trois ans déjà, nous avions défriché le sujet en rappelant ce que les mécaniques utilisées par le jeu vidéo pourraient apporter à la carte : sinon un mode de pratique révolutionnaire, au moins un soupçon de “fun”. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, et le lien entre carte et univers vidéoludiques semble désormais bel et bien ancré dans l’imaginaire collectif.

Tandis que se crée un jeu vidéo basé sur Google Maps, les amateurs de pixel art, de rétro-gaming (devenant à terme ce qu’on peut appeler du “geek washing”), et même de jeux de plateau ne s’arrêtent plus de cartographier façon fan-art.

Dans le même temps, la pratique de la ville réelle ne fait que se “gamifier”, entre jeux de piste, Monopoly grandeur nature et autres expériences transmédia plus ou moins farfelues… D’un autre point de vue, le jeu-vidéo d’aventure, “blockbuster” contemporain, apparaît comme essentiellement en 3D et open-world. S’il n’est pas nécessairement “urbain”, il développe toujours plus le décor parcouru comme une plate-forme relativement praticable. La cartographie vidéoludique en est donc transformée, pour le meilleur et pour le pire.

Minecraft, dessine-moi une carte

Et pourtant, malgré tout, ces inspirations carto-ludiques manquent encore cruellement d’ambition. Les jeux vidéo constituent un média particulièrement riche, pouvant nourrir le principe traditionnel de la carte. Et si l’on mettait dans la carte tout ce que le jeu vidéo a à lui offrir, et pas simplement quelques pixels pour faire cool ? Autrement dit, si les gamers cartographiaient *vraiment* le monde, ça donnerait quoi ?

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Plaisir d’offrir, joie de recevoir : j’ai eu la chance de participer à l’ouvrage collectif Fragments de Modernité, première publication du Forum d’Action Modernités aux Editions Edilivre. Cette contribution porte, comme son titre l’indique,  sur la ville baisable et ses finalités. Ou comment repenser l’urbanisme contemporain en défendant cette idée moins saugrenue qu’il n’y paraît : on devrait pouvoir baiser en ville de la même manière qu’on peut aujourd’hui y téléphoner.

Vous pouvez acheter l’ouvrage en version papier et/ou numérique, et ainsi profiter des contributions aussi plurielles que chatoyantes de Florence Devouard, Frédéric Joignot, Thanh Nghiem, Matthias Leridon, Valérie Peugeot, Xavier Löwenthal et Nicolas Marion du Collectif Manifestement, Daniel Tammet, Didier Toussaint, Laurent d’Ursel et Michel Wieviorka, tous rassemblés autour d’un beau programme : « Dégager l’horizon » :

En guise de préliminaires, vous pouvez télécharger ma contribution au format .pdf (et ainsi admirer la belle maquette réalisée pour l’occasion), ou déguster la version texte reproduite en intégralité ci-dessous… En espérant que vous en sortirez convaincu.e.s, pour que teubs et teuchs puissent enfin se tripoter dans l’espace de la cité. YOLO ! 

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A quoi ça sert de faire des villes si on ne peut rien faire dedans ? La ville est terre de délices, mais de délices triés sur le volet : on y chante, on y boit, on y flirte parfois… et pourtant on n’y baise toujours pas. Ou alors en cachette, à l’abri d’un fourré, d’une voiture ou d’un monument aux morts. Pourquoi le sexe n’aurait-il pas droit de cité dans l’espace public, au même titre que l’ivresse estudiantine ou les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics ? Il y a lieu de s’indigner ; pour autant, faut-il s’en étonner ? Ce cantonnement du sexe au strict périmètre du domicile n’est finalement que le reflet d’une société malade de ses excès en la matière, trop échaudée par la marchandisation outrancière de la libéra(lisa)tion sexuelle.

Stupre et tremblements

Qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas ici de plaider pour l’organisation municipale de partouzes géantes dans les parcs de France. La bite à l’air n’est pas non plus notre idéal urbain, et nous ne souhaitons pas polluer davantage les murs de la ville de chattes en papier glacé. Après tout, la ville ne nous a pas attendus pour prendre ce triste chemin… Non, notre propos est plus simple, et peut-être même plus modeste : l’urbanisme doit aussi penser l’accueil du sexe dans l’espace de la cité, justement pour permettre à celles et ceux qui souhaiteraient copuler de pouvoir le faire sans pour autant débaucher l’horizon des citadins les plus chastes.

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Mais c’est quoi, le mobilier urbain de la ville numérique ? Épineuse question. Est-ce la l’invention d’un mobilier inédit et communiquant, donc « forcément » intelligent ? Ou plutôt la réinvention du mobilier existant, par le truchement du digital ou mieux, du hacking urbain ? Evidemment, notre vision de la ville astucieuse nous fait préférer ces deux dernières options. Pour autant, faut-il refuser tout mobilier urbain innovant ? Evidemment que non, surtout quand celui-ci allie poésie et simplicité d’usage.

C’est le cas d’iGirouette, porté par l’agence Biin. On a eu la chance de rencontrer son fondateur Vincent Autin au détour d’une conférence namuroise ; on lui a donc posé quelques questions sur le projet iGirouette, ses origines et ses finalités. Avec, en fond, cette interrogation : mais putain, qu’est-ce qui fait marcher la ville numérique ?

En quelques mots, pourriez-vous présenter le projet iGirouette ?

Il s’agit d’un dispositif composé d’un mât surmonté de deux à quatre flèches. Chaque flèche est indépendante et motorisée. Le dispositif est connecté à internet et sait diffuser une information contextualisée (géolocalisation, événements, manifs, etc.), au bon moment et au bon endroit.

Il est associé à un logiciel — en réalité deux (dispositif et serveur). Le logiciel vient lire plusieurs sources d’information : des réseaux sociaux (Twitter et Yelp par exemple), des services (association de commerçants, service communication municipal, Vélib’, transport en commun, etc.) ou encore à des bases OpenData. En fonction de l’information, le logiciel sait distribuer l’information en fonction de son contexte au bon dispositif, et au bon moment. Tout ceci se fait de manière autonome et en temps-réel : le dispositif ne requiert pas une action particulière pour fonctionner.

iGirouette est une vraie signalétique intelligente, permettant par exemple d’orienter des flux de personnes. Et surtout, elle relève la tête des personnes de leurs smartphone :-)

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La ville contemporaine se doit d’être une ville sensuelle, dit-on. Mais de quelle sensualité parle-t-on exactement ? Loin des images aseptisées que nous servent les images d’Épinal du marketing territorial, la ville contemporaine est un club de rencontre à l’échelle humaine, ou pour le dire plus clairement : un gigantesque baisodrome pour plans culs spontanés.

« La géographie, ça sert d’abord à faire l’amour », écrivions-nous il y a quelques temps. Il en va de même pour son pendant numérique : la géolocalisation, ça sert d’abord à baiser un.e jeune amant.e rencontré.e quelques minutes plus tôt sur une application dédiée, après quelques minutes de tractations pour organiser le quickie dans les toilettes du bar le plus proche. Et trouver le chemin dudit bar sur une autre application dédiée, accessoirement.

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Parfois, parfois, la réalité dépasse une fiction tellement prévisible, qu’on pensait sincèrement que personne ne serait assez con pour la concrétiser un jour. L’avantage, dans ces moments de facepalm, c’est que tous les contre-arguments servant à démontrer la stupidité d’une telle « innovation » sont déjà prêt-à-l’emploi depuis des années, grâce à quelques prospectivistes plus avisés que leurs collègues inventeurs.

De quoi s’agit-il cette fois-ci ? d’une application a priori très louable : un système GPS spécialement destiné aux piétons, dont Microsoft vient d’obtenir le brevet (pourtant déposé en 2007). Ce qui en soi une excellente chose si l’on souhaite véritablement développer la marche urbaine, parent pauvre de la navigation augmentée – malgré quelques tentatives intéressantes n’ayant malheureusement pas la force de frappe d’un tel géant. Sa spécificité ? Le système permettra ainsi d’optimiser la recherche d’itinéraires grâce à l’intégration de diverses données géotaguées :

Microsoft a donc conçu un système capable d’ajuster l’itinéraire d’une personne en fonction de différents facteurs comme la possibilité de spécifier un point d’arrêt. Le calcul est effectué en fonction de l’historique des déplacements de l’utilisateur mais également en recueillant plusieurs informations périphériques comme la météo locale, les statistiques de criminalité ou des données démographiquesrelate Clubic.

Vous avez sûrement tilté, comme moi, sur ces dernières informations… Des statistiques de criminalité, vraiment ? Les médias ont sauté sur l’occasion. Jamais en panne d’inspiration, 7sur7 pose ainsi les pieds dans la platitude, en annonçant dans son titre la vertu fondamentale de l’application : « éviter les quartiers chauds »1, pour le pauvre piéton sans défense que l’on vous suppose être.

{ Cliquer ici pour lire la suite et débattre dans les commentaires. }

  1. Et bien évidemment, on parle des quartiers chauds les moins « chaleureux »…  Parce que malheureusement, personne ne s’est encore décidé à créer un vrai GPS pour trouver des quartiers rouges ! cf. aussi Du fantasme à la carte []

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