Quand le design automobile s’inspire concrètement des jeux vidéo d’antan…
Tout y est, en terme de références « rétrogaming » : des sons et lumières aux couleurs des sièges, en passant par le bouton d’allumage tout droit sorti d’un stick d’arcade !
Tout y est, et c’est même d’ailleurs un peu too much… ;-)
Le design général fait écho ce que j’évoquais dans mon précédent billet sur le sujet : les lignes « sérieuses » et « adultes » cèdent la place à une esthétique plus légère ; un vrai fantasme d’adulescent ! (ce que certains lui reprochent justement, cf. les commentaires de la vidéo).
Mais, plus que l’esthétique, c’est surtout l’option « rétro-projecteur » qui me fait vibrer. Ou quand l’auto se transforme en console… et la ville en « salle de jeu » ! L’immobilisme de la voiture en stationnement trouve enfin une utilité… ^^
Remballez vos faire-parts : le jeu vidéo pourrait bien sauver le mythe automobile. Certains se réjouissent, d’autres moins, mais le fait est là : si l’automobile veut éviter l’euthanasie que notre occident urbain lui prépare depuis quelques années maintenant, elle doit se mettre au diapason des générations Y (années 80 – mi 90) et Z (années mi 90 – 2000), futures cibles de choix pour des constructeurs en crise. Et quel meilleur moyen, pour vendre sa came aux bébés des TIC, que de s’inspirer de leurs référentiels pop-culturels ?
C’est tout le propos de la « gameification » (ludification en français), dont je vous avais déjà brièvement parlé ici (et là en live, pour les heureux élus), que l’on pourrait résumer en une citation : “As the gamer generation moves into the mainstream workforce, they are willing and eager to apply the culture and learning techniques they bring with them from games” selon Lee Sheldon, professeur associé à la Rensselaer Polytechnic Institute (Why Everything Is Becoming A Game).
Porté par quelques prêcheurs-geeks acquis à la cause, le concept connait depuis peu un succès croissant, notamment dans le domaine des mobilités (cf. quelques blogs d’experts : TransID ou Transports du futur). L’automobile n’est évidemment pas en reste, et ceux qui lisent ce blog depuis ses débuts savent que le sujet me tient à coeur (cf. mon premier billet officiel et surtout la liste de liens en fin de billet). Il est donc d’autant plus réjouissant de constater que le sujet déborde aujourd’hui du périmètre des experts sus-mentionnés pour conquérir le grand public… grâce notamment à un bel article publié il y a quelques semaines dans le supplément de décembre du Next de Libé.
Intéressante, cette publicité pour Bahreïn Telecom partagée ce week-end par l’ami @n_aya. Certes, le marketing puise depuis toujours dans les imaginaires pop de son temps (cf. la catégorie « Publicité » de ce blog). Mais à ce point là ?!
Je croyais qu’il était préférable pour les annonceurs de limiter le nombre de références évoquées, histoire de ne pas perdre l’audience. C’est tout le contraire dans cette (longue) vidéo où l’on retouve, pêle-mêle : jouets et jeux d’enfance, châteaux de sable, football, vaisseaux spatiaux et courses auto… Mais aussi, et c’est ce qui nous intéresse le plus : skateboard et montagnes russes, confirmant ce que je vous disais dans l’article « Ville ludifiée, ville lubrifiée » pour justifier l’emploi de ce dernier terme :
« “Lubrification”. Le terme est puissant, porteur de sens. La métaphore contient tout du potentiel de ‘glisse’ et de ‘fluide’ que doit véhiculer la ‘ludification’. [...] Ce sont certainement les publicitaires qui l’ont le mieux compris. »
Il aura donc fallu attendre l’été 2010 pour que l’une de mégalopoles les plus influentes du globe se décide enfin à se doter d’un système de mobilités durables digne de ce nom. De quelle ville parle-t-on ? Mais de LEGO City, bien sûr !
Car la capitale mondiale des bonshommes à tête jaune était jusque là doté d’un système de transports en commun que l’on qualifiera, pour être poli, d’assez sommaire – malgré un réseau ferroviaire relativement correct, toutefois principalement exploité par le fret. Il suffit de jeter un oeil aux précédentes versions de LEGO City (dans la Bible qu’est le LEGO Collector, par exemple) pour mesurer l’omniprésence de la voiture individuelle dans l’écosystème de mobilité de la ville. Quelques vélos viendront évidemment donner à ces images ce petit air « so danish » qui fait le charme des LEGO, mais le fait est là : LEGO City, officiellement fondée en 1978, est un pur produit de notre fin de siècle, dévouée aux vroum-vroums vrombissants. A jamais ? Rien n’est moins sûr. Il y a un peu moins d’un an, j’écrivais justement :
« L’imaginaire urbain des Lego est paradoxal. Malgré ses origines danoises, le durable occupe une part encore limitée des constructions, où les voitures individuelles restent la norme. Mais qui sait, peut-être LEGO City fermera-t-elle un jour son centre-ville aux automobiles ! »
Nombreux sont ceux choisissent de décrire ces petits riens qui font l’identité d’une ville avec force de descriptions détaillées. Mais d’autres préfèrent les évocations plus abstraites et épurées. C’est superbe, souvent drôle, et pour ne rien gâcher de notre plaisir, c’est en LEGO. Que demande le peuple ?!
L’idée de ce billet ainsi que son titre sont de @renalid, grand amateur de LEGO devant l’Eternel et qui a déniché pour vous ces superbes photos ! Merci :-)
Sur les relations des LEGO à la ville, lire aussi « Octan en emporte le vent » : quand les LEGO se mettent au développement durable.
Signe des temps, même les LEGO se mettent à l’éolien. La première incursion des briques colorées dans ce domaine date de 2008 avec cette turbine siglée Vestas, premier fabriquant d’éoliennes au monde et dont ce n’est d’ailleurs pas le premier partenariat avec LEGO.
Il aura fallu attendre la fin 2009 pour voir Lego officialiser son intérêt pour les énergies renouvelables1 en proposant dans son catalogue « le transport de l’éolienne ».
La turbine est cette fois siglée Octan Energy. Rien d’étonnant… sauf lorsque l’on sait qu’Octan représente depuis 1992 les activités pétrolières de LEGO City2 ! Que vient donc faire un pétrolier (fictif) dans le monde des énergies propres ?
Cet exemple est un excellent révélateur de la porosité discursive des supermajors pétrolières. L’injonction durable transparait ainsi dans chaque campagne publicitaire… quitte à tomber dans le « greenwashing » éhonté – « écoblanchiment » en français (voir ici ou là).
Le passage d’Octan aux énergies douces, aussi louable soit il, n’est pas anecdotique. Les briques Lego – et les jouets en général – ont un rôle essentiel dans la construction d’imaginaires urbains chez les plus jeunes. Un article a d’ailleurs été publié sur le sujet : LEGO bricks as an aid to the teaching of ecology. Ne l’ayant pas feuilleté, je ne pourrais pas vous en dire beaucoup plus. Mais l’on retrouvera sûrement certaines conclusions déjà pointées dans la relation entre voiture-jouet et passion automobile. Sur ce sujet, je vous invite à lire la thèse pro Papa Maman Bébé et mes deux billets sur la séduction automobile des jeunes générations.
L’imaginaire urbain des Lego est paradoxal. Malgré ses origines danoises, le durable occupe une part encore limitée des constructions, où les voitures individuelles restent la norme. Mais qui sait, peut-être LEGO City fermera-t-elle un jour son centre-ville aux automobiles ! On en reparlera dans un prochain billet ;-)
———-
EDIT du 13/10/10: C’est désormais chose faite, depuis l’été 2010 et l’inauguration d’une gare transmodale !! A découvrir ici : LEGO : la brique jaune se met au vert.
La turbine Vestas est une édition limitée non intégrée au catalogue de LEGO City. Ses lignes ultra-réalistes dénotent d’ailleurs avec l’aspect plus léger des constructions traditionnelles. [↩]
Le terme Octan fait directement référence à un hydrocarbure, ainsi qu’à un indice de métrique pétrolière. Notez qu’avant qu’Octan se soit créé, les habitant de LEGO City faisaient leur plein chez Shell ou chez Esso ! [↩]
En conclusion de mon précédent billet, je me demandais à quoi pourrait ressembler un jeu de voiture qui prenne pour décor une ville apaisée. C’était peut-être l’intention de ce jeu promotionnel à la gloire de la Tata Nano, avec ses rues indiennes épurées dans lesquelles un piéton écrasé fait juste « Oops »… Le coup de gueule de Transit City.
Toujours sur Transit City : « Peut-on penser la voiture sans les jeux vidéo ? » Etudes des cas Peugeot, Nike et Nissan. Essentiel.
Pour se détendre, un vrai spot de pub pour une hypothétique voiture électrique… imaginée dans GTA ! (encore sur Transit City)
Enfin, la vidéo qui résume tout. Dans cette campagne « Volkswagen 2028 », un père raconte à son fils, hologramme à l’appui, la mobilité du « passé » (les voitures en 2008). Ou quand l‘auto virtualisée devient le médium du transfert générationnel.
Une grande partie de ces liens découle de la lecture de « Papa Maman Citroën », thèse professionnelle de Didier Rols (2006), sur le jouet comme médium de l’attachement à la marque. Où l’on apprend que l’idée de séduire les jeunes par le jeu ne date vraiment pas d’hier… A lire !