Archives pour la catégorie “Mobilier urbain”

Qui veut la peau de la cabine téléphonique ? Symboles emblématiques de notre passé pré-connecté (illus. #1/2), les cabines téléphoniques semblent aujourd’hui n’avoir qu’un seul destin autorisé : l’abattoir (illus. #3/4). “Les pièces détachées sont réutilisées pour réparer des biens dégradés ou elles sont recyclées”, explique-t-on chez France Télécom, qui a entamé la dépose des cabines dès 1997.

Quoi de plus normal, après tout ? Internet et surtout le téléphone portable sont passés par là, accélérant l’inexorable descente aux enfers de ces vénérables objets urbains (illus. #5). Devenues obsolètes (illus. #6) en quelques années à peine, nos bonnes vieilles cabines emportent avec elles leur odeur surannée…

Comme toute espèce en voie de disparition, les cabines ont leurs défenseurs zélés attirés par le goût du vintage (illus. #7). Entre cartographies, recensements, boutiques, ces passionnés prolongent l’existence de ces habitacles urbains (illus. #8/9). Et nous laissent du même coup réfléchir sur leur sort funeste. Plus que de simples machines à remonter le temps, les cabines sont de véritables hétérotopies : des espaces concrets, à la fois ouverts et cloisonnés, dans lesquels se projettent les imaginaires de nos sociétés.

A ce titre, les cabines sont un prétexte de choix pour évoquer les mutations contemporaines de la cité, et plus spécifiquement la question du mobilier urbain dans la ville connectée. Entre innovations et recyclages, entre imaginaires et détournements, ces créatures familières racontent une certaine histoire de la ville de demain.

Note : recherches et mise en image réalisées par Margot Baldassi

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Plaisir d’offrir, joie de recevoir : j’ai eu la chance de participer à l’ouvrage collectif Fragments de Modernité, première publication du Forum d’Action Modernités aux Editions Edilivre. Cette contribution porte, comme son titre l’indique,  sur la ville baisable et ses finalités. Ou comment repenser l’urbanisme contemporain en défendant cette idée moins saugrenue qu’il n’y paraît : on devrait pouvoir baiser en ville de la même manière qu’on peut aujourd’hui y téléphoner.

Vous pouvez acheter l’ouvrage en version papier et/ou numérique, et ainsi profiter des contributions aussi plurielles que chatoyantes de Florence Devouard, Frédéric Joignot, Thanh Nghiem, Matthias Leridon, Valérie Peugeot, Xavier Löwenthal et Nicolas Marion du Collectif Manifestement, Daniel Tammet, Didier Toussaint, Laurent d’Ursel et Michel Wieviorka, tous rassemblés autour d’un beau programme : « Dégager l’horizon » :

En guise de préliminaires, vous pouvez télécharger ma contribution au format .pdf (et ainsi admirer la belle maquette réalisée pour l’occasion), ou déguster la version texte reproduite en intégralité ci-dessous… En espérant que vous en sortirez convaincu.e.s, pour que teubs et teuchs puissent enfin se tripoter dans l’espace de la cité. YOLO ! 

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A quoi ça sert de faire des villes si on ne peut rien faire dedans ? La ville est terre de délices, mais de délices triés sur le volet : on y chante, on y boit, on y flirte parfois… et pourtant on n’y baise toujours pas. Ou alors en cachette, à l’abri d’un fourré, d’une voiture ou d’un monument aux morts. Pourquoi le sexe n’aurait-il pas droit de cité dans l’espace public, au même titre que l’ivresse estudiantine ou les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics ? Il y a lieu de s’indigner ; pour autant, faut-il s’en étonner ? Ce cantonnement du sexe au strict périmètre du domicile n’est finalement que le reflet d’une société malade de ses excès en la matière, trop échaudée par la marchandisation outrancière de la libéra(lisa)tion sexuelle.

Stupre et tremblements

Qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas ici de plaider pour l’organisation municipale de partouzes géantes dans les parcs de France. La bite à l’air n’est pas non plus notre idéal urbain, et nous ne souhaitons pas polluer davantage les murs de la ville de chattes en papier glacé. Après tout, la ville ne nous a pas attendus pour prendre ce triste chemin… Non, notre propos est plus simple, et peut-être même plus modeste : l’urbanisme doit aussi penser l’accueil du sexe dans l’espace de la cité, justement pour permettre à celles et ceux qui souhaiteraient copuler de pouvoir le faire sans pour autant débaucher l’horizon des citadins les plus chastes.

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Mais c’est quoi, le mobilier urbain de la ville numérique ? Épineuse question. Est-ce la l’invention d’un mobilier inédit et communiquant, donc « forcément » intelligent ? Ou plutôt la réinvention du mobilier existant, par le truchement du digital ou mieux, du hacking urbain ? Evidemment, notre vision de la ville astucieuse nous fait préférer ces deux dernières options. Pour autant, faut-il refuser tout mobilier urbain innovant ? Evidemment que non, surtout quand celui-ci allie poésie et simplicité d’usage.

C’est le cas d’iGirouette, porté par l’agence Biin. On a eu la chance de rencontrer son fondateur Vincent Autin au détour d’une conférence namuroise ; on lui a donc posé quelques questions sur le projet iGirouette, ses origines et ses finalités. Avec, en fond, cette interrogation : mais putain, qu’est-ce qui fait marcher la ville numérique ?

En quelques mots, pourriez-vous présenter le projet iGirouette ?

Il s’agit d’un dispositif composé d’un mât surmonté de deux à quatre flèches. Chaque flèche est indépendante et motorisée. Le dispositif est connecté à internet et sait diffuser une information contextualisée (géolocalisation, événements, manifs, etc.), au bon moment et au bon endroit.

Il est associé à un logiciel — en réalité deux (dispositif et serveur). Le logiciel vient lire plusieurs sources d’information : des réseaux sociaux (Twitter et Yelp par exemple), des services (association de commerçants, service communication municipal, Vélib’, transport en commun, etc.) ou encore à des bases OpenData. En fonction de l’information, le logiciel sait distribuer l’information en fonction de son contexte au bon dispositif, et au bon moment. Tout ceci se fait de manière autonome et en temps-réel : le dispositif ne requiert pas une action particulière pour fonctionner.

iGirouette est une vraie signalétique intelligente, permettant par exemple d’orienter des flux de personnes. Et surtout, elle relève la tête des personnes de leurs smartphone :-)

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Nous avons beaucoup écrit, ces dernières semaines, sur la place croissantes qu’occupaient les marques extra-urbaines dans la fabrique effective de la ville : en s’interrogeant sur la rentabilisation du temps de déplacement, vendu aux publicitaires par les opérateurs de transport ; ou en s’inspirant du mémoire d’Aude Castan, sur la réappropriation des imaginaires en vogue par le marketing situationnel.

C’est probablement sur ce dernier terrain que les marques sont le plus présentes. Véritables éléments de la « culture populaire » entendue au sens large, ils sont par-là même d’excellents révélateurs de tendances contemporaines. Les références sont parfois évidentes, voire grossières ; mais elles savent aussi se faire plus subtiles et n’apparaître que furtivement, au détour d’une image. Exemple avec cette pub Guerlain, où l’on retrouve tous les clichés de l’élégance parisienne… et plus si urbanités :

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[Avant-propos : la saga des verticalités urbaines continue avec ce billet consacré aux sportivités, sujet qui nous tient particulièrement à coeur... Ecrit avec Julie Rieg du Groupe Chronos, dans le cadre de notre cahier prospectif commun.]

Qui dit hauteurs, dit effort. Si les toits peuvent faire office de terrains de sport à l’échelle de la ville (voir notre précédent billet ici), les pentes et escaliers ont aussi un rôle à jouer dans la « remise en forme » des habitants, à l’encontre des escalators et ascenseurs précisément conçus pour pallier ces nivellements parfois éprouvants. Troisième dimension de la verticalité, les pentes ont tout à gagner dans cette fabrique de la ville qui se fera nécessairement avec elles.

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Parmi les objets emblématiques de la ville moderne, le passage piéton fait figure de parent pauvre de l’innovation, en comparaison des abribus, panneaux signalétiques et autres bancs publics qui inspirent depuis des années la créativité de leurs concessionnaires. Mais l’adage est clair : « on ne change pas une équipe qui gagne », et le zèbre bicolore a depuis trop longtemps prouvé ses vertus pour qu’on s’attaque à le transformer en profondeur.

Pourtant, le passage piéton est un témoin des plus prégnants – et dans le même temps des plus discrets – du règne automobile, dont la ville commence peu à peu à se détacher. Il a en effet une seule et unique vocation, aussi fonctionnelle que symbolique : délimiter, dans l’espace et le temps, la portion de rue allouée au piéton et celle dominée par l’automobile et ses comparses motorisés ; le tout est évidemment légitimé par des questions de sécurité et de prévention. En ce sens, le passage piéton participe d’un cloisonnement de la marchabilité dans l’espace urbain, une « servitude » réservée à ce mode actif sur le territoire de la voiture.

Dans le contexte de la « livable city » nécessairement plus favorable aux modes doux – marche en tête -, et dans la perspective d’une ville plus « agile », le passage piéton se retrouve alors inévitablement sur le devant de la scène. A la fois témoin et possiblement levier d’une « reconquista » de l’espace public par les citadins sur le territoire automobile, le passage piéton mérite ainsi d’accueillir une dose d’innovation bienvenue. Artistes et designers sont les premiers à mettre ce matériau à profit, du plus symbolique au plus concret, afin de déployer les potentiels de cet objet urbain qu’on oublie malheureusement aussi vite qu’on l’a foulé du pied.

Lire la suite sur Trajectoires Fluides, le blog du Groupe Chronos

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Retrouvez aussi les précédentes chroniques :

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