Début janvier, Chronos a inauguré son blog avec un billet enchanteur, à base de métaphores poissonnières sur l’écosystème des mobilités urbaines. Le principe : « l’observation de nos amis de la mer pourrait nous en apprendre sur certains comportements repérés chez une variété d’homo urbanus mobilis apparue à l’ère actuelle du Cénozoïque : le skateur. »
Le poisson-pilote à ceci de particulier qu’il est un des rares de son gabarit à cohabiter avec de grands prédateurs sans compromettre sa sécurité et en profitant de la force des ondes hydrodynamiques générées par ses cousins pour favoriser sa propre locomotion.
L’analogie fonctionne : lancés sans protection à vive allure au sein des flux mécaniques, zigzaguant avec adresse entre les mastondontes d’acier, saisissant la carapace de l’un d’entre eux pour se propulser un bref instant, prenant appui sur une autre pour corriger sa trajectoire, sautant légèrement au-dessus des obstacles de chaussée qui contrarient sa lancée, le skateur se réapproprie avec grâce l’énergie produite par ses prédateurs potentiels, qui en deviennent les alliés d’un trajet.
Et de conclure sur le changement de regard qu’autorise cette analogie pertinente concernant la place du skateur dans l’écosystème urbain :
Faut-il militer pour la réinsertion de cette espèce dans un milieu urbain adapté ? La question mérité d’être posée, d’autant qu’elle nous permet d’interroger sous un angle original l’organisation de l’écosystème routier de nos villes ainsi que la domination de la voiture, reine de la jungle décidément peu partageuse de son espace vital.
Je n’aurais pas su mieux dire. Outre sa poésie, cette métaphore résonne avec celle de la « ville-aquarium », brièvement abordée ici pour évoquer la « ville liquide ». On repense ainsi aux superbes illustrations bruxelloises des Baleines publiques, où le poisson-pilote aurait toute sa place, aux côtés des poisson-chats et autres requins des bas-fonds.
Des grenades à Liège, des kalash’ à Marseille… Ça y est, la guerre se rapproche (enfin) de mon imaginaire urbain ! C’est pas trop tôt : je commençais à m’impatienter, à force de voir les chars n’envahir que des villes dans lesquels je ne me reconnaissais pas, si proches et pourtant si éloignées de mon référentiel haussmannien : Balkans, Afrique du Nord et équatoriale, Proche- et Moyen-Orient (voire banlieues franciliennes de l’autre côté du mur périphérique…) Drame de ma vie, comme l’expliquait parfaitement mon mentor Tyler Durden :
« On est les enfants oubliés de l’Histoire, les mecs. On n’a pas de but ni de vrai place. On n’a pas de Grande Guerre, pas de Grande Dépression. Notre Grande Guerre est spirituelle, notre Grande Dépression, c’est nos vies. »
Malheureusement, hors contextes historiques ou post-apocalyptiques (à l’image des Fils de l’Homme plongés dans un Londres dystopique), la présence de la guerre dans un environnement urbain « familier » (= de mégalopole occidentale), et surtout CONTEMPORAIN, reste somme toute assez rare. Etat des lieux non-exhaustif mais garanti de qualité supérieure, histoire de former nos imaginaires si ternes à l’idée d’une ville occidentale enfin militarisée (pour aller plus loin : Comment les militaires pensent la ville, chez Transit-City)
Commençons par le 7e Art. Il ne me vient rien d’autre en tête que le magistral Southland Tales, qui prend pour décor un Los Angeles ultra-sécuritaire à l’heure d’une hypothétique 3e Guerre Mondiale (cf. le Mega Zeppelin survolant la ville) Si vous avez d’autres exemples, n’hésitez pas à les partager en commentaires !
Comme souvent dans ces cas-là, il vaut mieux se tourner vers d’autres univers pop, moins soucieux de préserver leur image, pour assouvir ses fantasmes de villes explosives.
[Troisième volet de mes chroniques mensuelles pour Chronos, consacrées aux pistes créatives qui font "la ville en CDD", la rendant ainsi plus flexible et adaptative face aux mutations de notre temps (un choix par ailleurs discutable). Thème du jour, comme son (fabuleux :D) titre l'indique : pourquoi ne recyclerait-on pas AUSSI les bennes et poubelles qui parsèment la ville ?]
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Qu’on le veuille ou non, les ordures participent du métabolisme des villes, marquées par la société de consommation et sa production exponentielle de déchets plus ou moins dégradables, odorants et nuisibles. Allez à Naples ou Palerme pour mesurer le niveau de dépendance des territoires à leur égard, lorsque les éboueurs se mettent en grève. D’autres images de villes-décharge parsèment l’imaginaire, à l’image de ces stupéfiants quartiers du Caire englués dans les ordures (voire aussi La ville-décharge dans le film Idiocracy, commentée par Nicolas Nova).
Ce rôle majeur devrait placer la poubelle – elle s’analyse somme toute comme un mobilier urbain -, au coeur des réflexions de la ville. Pourtant, peu d’acteurs urbains s’intéressent à cette question, sinon sous un angle logistique qui ne nous intéresse guère ici. Si la question des déchets eux-mêmes a été exploitée dans quelques productions architecturales et urbanistiques (cf. L’utopie du dépotoir), leurs « récipients » n’ont pas connu le même succès. Il y aurait pourtant beaucoup à en dire, et encore davantage à en faire dans le cadre de la mutation « agile » des espaces urbains.
[Avant-propos de Philippe G. : Second "poptrait" et pas des moindres : Nicolas Nova me fait l'honneur de venir se dévoiler pop'ment parlant pour fêter les deux ans de [pop-up] urbain, en évoquant ici avec tendresse la manière dont certaines oeuvres ont contribué à transformer son regard sur la ville et les urbanités [Pour rappel : j'ai invité mes divers "guides spirituels" à venir parler, à leur manière, de trois oeuvres pop-culturelles au sens large ayant marqué leur esprit urbanologue, afin d'ouvrir les horizons de ce blog tout en leur rendant hommage... Premier poptrait publié : Bruno Marzloff, du Groupe Chronos, à relire ici.]
Sans rentrer dans le détail, c’est en grande partie à Nicolas et à ses Pasta & Vinegar que je dois l’orientation pop’ de ce blog, et à son Labo des Villes Invisibles ma passion pour le décorticage des archétypes urbains (voire ici). C’est d’ailleurs à partir de ce sujet que nous nous sommes retrouvés à dialoguer chaque semaine sur Owni au sein des défuntes chroniques Urban After All, que nous avons co-piloté de janvier à juin dernier. Je pourrais encore en rajouter des couches, mais ce serait trop long et surtout trop complexe, notre bonhomme étant volontiers touche-à-tout (parmi ses casquettes : chercheur, enseignant, consultant, essayiste et fureteur culturel…), si bien que je m’y perds presque ;) Vous l’aurez compris : Nicolas Nova est ma première popstar, et c’est donc avec plaisir que je lui cède la plume !]
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Sélectionner 3 « oeuvres pop » pour Philippe et les deux ans de Pop-up, est évidemment plus facile à dire qu’à faire. Surtout, car mon sac de Sport-Billy est rempli à ras bord de pleins de choses pertinentes et qu’il a fallu effectuer un choix. Alors évidemment, ce ne sera représentatif que du vendredi après-midi et de l’ambiance dans le TER qui me ramène chez moi après une semaine d’enquête de terrain.
Pour commencer, la première référence qui me vient à l’esprit quand on me demande quels éléments de la « pop culture » m’ont influencé, vient clairement de l’univers du skateboard. Et en particulier, « Public domain » (le titre complet étant « Public Domain, A Video Extravaganza in Living Color and Drop Dead B&W (Bones Brigade Video Four) »), une des vidéos éditée par Powell & Peralta. Ni film, ni documentaire, ce type de production directement sorti sur le marché de la VHS (luv ur magnetoscope) est une sorte de compilation de séquences de figures de skateboard réalisées soit dans les rues soit en skatepark. Tout cela se passe autour de 1988, je fais du skate évidemment, mais la confrontation avec ce genre d’images me montre toutes sortes de choses nouvelles. Le premier point qui m’a frappé à l’époque concerne la manière dont le film met en avant les « détournements » de tout ce qui constitue l’espace urbain. Bancs, trottoirs, toit d’immeuble, murets… tout obstacle ou courbure devient un espace de production de tricks avec la planche.
[Avant-propos : J'ai eu le plaisir de participer au Festival Livresse de Charleroi (14e édition !), organisée par Le Vecteur et consacrée à la ville disséquée pendant quatre jours par artistes, militants, ethnologues, poètes ou skateurs. Une matière de premier choix pour quelques notes en vrac que je publierai dans les prochains jours. Premier épisode aujourd'hui.]
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De skate, il en était justement question lors de la première discussion-débat consacrée aux « cultures urbaines, skateboard, et lifestyle » où j’intervenais aux côté de trois artistes venus présenter leurs court-métrages : Sylvain Robineau et Guillaume Noyelle pourQui sera le maître, et Juan Aïzpitarte pour Trans. N’ayant pas réussi à retrouver ce dernier sur la toile, seul le premier film sera présenté ici, accompagné de quelques commentaires issus de la discussion.
Synopsis : « Le skateboard est à la fois un moyen de locomotion et un outil de jonglage fabuleux. La ville, formidable aire de jeu pour le skateur, est aussi la scène où évoluent les quatre personnages de ce film. [...] Qui sera le maître ? »
Les trente minutes de ce court-métrage entremêlent le plaisir de la fiction (une sympathique histoire de couple et de philosophie taxi-logique) et la qualité pédagogique du documentaire, grâce aux excellentes interventions de l’artiste Raphaël Zarka qui reprend ici ses analyses sur le skateboard (cf. en particulier La conjonction interdite et Chronologie lacunaire du skateboard).
Résultat : Cette vraie-fausse émission de radio rythme le film dont on ressort non seulement le sourire au lèvres mais de surcroît la tête pleine de questions… Que l’on soit d’ailleurs un expert des la ville ès « glisses urbaines » ou non, on est sûr d’y apprendre quelque chose. Pour être honnête, plus le film avançait et plus je me demandais ce que j’allais trouver d’intelligent à dire une fois sur scène, vu que Zarka avait déjà tout si bien expliqué ;)
Et justement, vu que je me retrouve grosso modo dans l’ensemble de ses analyses, je n’aurais pas particulièrement de commentaires à faire pour cette fois ! Rapidement, ce que j’ai essayé de dire pendant la discussion :
Pertinent et impertinent, il nous embarque loin des clichés habituels (= le Vélib' écolo-bobo) pour nous dévoiler la vraie valeur du vélo en partage : le sentiment, si précieux, d'appartenir à un club. Un club de losers, certes, mais un club quand même, qui cimente la communauté des vélibeurs nocturnes. Si les communicants pouvaient s'en rendre compte...
Au passage, on retrouve des thématiques qui me sont chères, notamment la dimension "ludique" des courses urbaines, petits défis persos lancés pour s'enchanter le quotidien. Bref, que du bon. Cliquez ici pour lire le billet original, et n'hésitez pas à faire part de vos commentaires !]
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Deux heures du matin. Je peine à rouler droit le long du boulevard Richard Lenoir, perché sur mon Vélib’ à usage unique. Je manque de me vautrer chaque fois que je me retourne pour vérifier si je ne suis pas sur le point de me faire emboutir par un conducteur trop imbibé. C’est là que je me fais dépasser par un trio de vingtenaires en t-shirts. Ils me font un signe de remerciement. Merci de quoi ? D’être une loque qui avance au ralenti ? Mon corps se réveille, la réserve d’urgence d’adrénaline réveille mes muscles et je me mets à pédaler, en danseuse, pour les rattraper. Le trio me voir venir et se redresse comme un seul homme. La chaussée est mouillée, les feux derrière nous au vert, mais une course s’est lancée jusqu’au bout de la ligne droite. Game ON !
[pop]servatoire d'urbanités : études et conseil en prospective urbaine. Cabinet de tendances spécialisé dans les imaginaires de la ville de demain, en particulier numérique.