Les conférences ayant pour sujet la ville numérique se font de plus en plus nombreuses. Malheureusement, celles-ci sont trop souvent monopolisés par ceux qui la font (les acteurs urbains, institutionnels ou non), voire ceux qui la commentent et/ou la critiquent (dont je fais partie). Mais trop rares sont les conférences qui donnent aussi la parole à ceux qui la rêvent… Justice sera faite le vendredi 17 février prochain, dans le cadre de la Social Media Week Paris, à l’initiative d’Urbanews en partenariat avec la Netscouade.
En effet, vous (oui, VOUS) aurez l’opportunité de proposer votre vision de la ville numérique lors d’un atelier de créativité animé par mon camarade urbaniste Bruno Morleo (Urbanews) et Brice Chandon (UPEMLV), avec pour objectif de concevoir une certaine figure de la ville du futur… si possible en dynamitant cette fameuse panne d’imaginaire observée partout ailleurs.
Sera-t-elle forcément numérique ? Sera-t-elle forcément dense ? Quelle place pour la qualité environnementale ? Quelles nouvelles morphologies urbaines induites par l’intégration des NTIC dans l’espace public ? Quels nouveaux mobiliers urbains ? Quels Nouveaux usages ?
A vous de nous le dire !
L’atelier prendra pour thème la « Ville astucieuse« , que j’avais proposée pour la première fois lors d’une conférence à Angers Technopole puis la semaine dernière à SciencePo Rennes (cf. « Clever city » vs « Smart city »). Et j’aurai le plaisir de participer à la discussion qui suivra l’atelier, au cours de laquelle les participants auront l’occasion de présenter leurs propositions à un sémillant jury constitué de mon mentor Bruno Marzloff (Groupe Chronos), du camarade Thierry Marcou (FING)… et de moi-même, donc.
Toutes les informations sur cette sympathique initiative à découvrir en cliquant sur le flyer ci-dessus… Mais en voici une petite synthèse pour les plus paresseux :
L’événement est gratuit et libre à tous, ce qui est une excellente nouvelle en ces temps de crise. Il se déroulera dans la « salle senior » de la Mairie du 4e arrondissement, quartier où j’ai passé une partie mon adolescence mais je crois qu’on s’en fiche, le vendredi 17 février de 8h30 à 19h30.
8h30 : Accueil des participants avec en bonus une petite collation (sans alcool) pour échauffer vos neurones. 9h : Début de l’Atelier introduit et animé par Brice Chandon et Bruno Morleo. 12h30 : Pause déjeuner (à confirmer) 17h : Fin de l’atelier et accueil du public extérieur et du jury. 17h30 : Conférence « Une autre vision de la ville du XXIème siècle », à laquelle je participerai donc. 18h30 : Brève présentation des idées de chaque groupe des participants. Début de la table ronde et débat avec tous les acteurs.
[Avant-propos : [pop-up] urbain a le plaisir de (re)poser ses valises dans les colonnes du magazine de La Gaîté Lyrique, pour une série de chroniques sur les grandes métaphores de la ville moderne. « L’Observatoire des villes imaginées » se propose ainsi de décortiquer et de questionner les grands archétypes de la ville moderne, dans le prolongement de précédentes chroniques sur la villemobile, de la villevolante (voire aussi ici) ou encore la villefertile.
Que peut Las Vegas à la ville apporter ? La question se pose depuis 1972 et la publication de Learning from Las Vegas (L’enseignement de Las Vegas) par Denise Scott-Brown et Robert Venturi. Dans cet essai au titre volontairement polémique, le couple d’architectes analysaient l’exubérance de signes qui composent le Strip de Las Vegas, et amorçaient ainsi la première véritable théorisation de l’architecture postmoderne.
Quarante ans plus tard, cette démonstration était logiquement au coeur de l’exposition Dreamlands, présentée à l’été 2010 au Centre Pompidou, et qui explorait l’influence des parcs de loisirs et d’attractions contemporains sur la pensée urbanistique du XXe siècle.
«Expositions universelles, parcs d’attractions contemporains, le Las Vegas des années 1950 et 1960 : tous ces projets ont contribué à modifier profondément notre rapport au monde et à la géographie, au temps et à l’histoire, aux notions d’original et de copie, d’art et de non-art. Les «dreamlands» de la société des loisirs ont façonné l’imaginaire, nourri les utopies comme les créations des artistes, mais ils sont aussi devenus réalité : le pastiche, la copie, l’artificiel et le factice ont été retournés pour engendrer à leur tour l’environnement dans lequel s’inscrit la vie réelle et s’imposer comme de nouvelles normes urbaines et sociales, brouillant les frontières de l’imaginaire et celles de la réalité.»
Parmi ces différents exemples de parcs de loisirs – qui ne sont pas des villes à proprement parler -, Las Vegas se distingue en étant à la fois ville archétypale et archétype de ville. En ce sens, son influence sur les représentations urbaines dans les cultures populaires mérite d’être analysée avec une attention spécifique.
Leaving Las Vegas : la mort d’un archétype architectural
Moralité : n’en déplaise aux hérauts du spectaculaire voire de la poudre aux yeux (auxquels je cède souvent mes faveurs, mea culpa), le ré-enchantement des villes tient finalement à peu de choses.
Une simple variation du décor permet – à son échelle – d’ambiancer le quotidien en redonnant aux citadins le plaisir de s’en étonner. C’est aussi ça, l’utopisation de l’ordinaire !
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Et sur ces belles paroles, je vous abandonne. Oh, quelques jours à peine, rien de bien méchant ! Retour prévu fin août – début septembre avec, au programme :
une tribune sur la dilution du numérique dans l’architecture (et inversement, de l’architecture dans le numérique)
le second épisode de la série DÉCORS qui sera cette fois consacré aux paysages urbains de ma série préférée : Friday Night Lights. Avant-goût universitaire à découvrir ici : « Le huis clos ou l’exaltation du localisme communautaire dans les séries américaines ». Le troisième épisode suivra derrière et s’intéressera à la gouvernance urbaine de Pawnee, Indiana.
un texte sur… les pop-ups urbains. Tout simplement ! Depuis le temps qu’il traîne dans les cartons…
et bien d’autres sur l’imaginaire des folksotopies, le temps de l’instant, etc.
[ Avant-propos : J'ai eu l'honneur et le plaisir d'intervenir le 16 mars dernier (oui, ça remonte) à un atelier-concept consacré aux « imaginaires de la ville hybride », et piloté par la chaire Modélisation des Imaginaires de Télécom Paritech. L'occasion d'y poser les premières briques d'une réflexion qui me tient farouchement à coeur : comment sortir de la panne d'imaginaires qui touche la prospective occidentale, en particulier sur la question de la ville numérique ? Dénoncer cette panne est une première étape, mais il ne faudrait pas s'arrêter là. Quelles pistes envisager pour construire d'autres imaginaires ?
J'avais proposé ce matin-là un « plaidoyer pour une utopie pudique » : une utopie de l'ordinaire qui réinvente les imaginaires du quotidien, à défaut d'imaginaires extravagants qui font rêver les foules. Cette réflexion a depuis fait son chemin ; j'ai notamment eu l'occasion d'en reparler sur France Culture avec Alain Renk et Nicolas Nova, et les plus fidèles d'entre vous remarqueront que j'utilisais déjà la citation de Cynthia Fleury qui structure ma chronique de Lift Marseille pour la Gaîté Lyrique.
Vous avez donc là un premier embryon de ce « plaidoyer » qu'il reste à consolider lors de prochaines tribunes et interventions (comme ici autour du concept de thanatopraxie urbaine). Tout n'est donc pas parfait, mais c'est suffisant pour entamer la discussion, non ? N'hésitez pas à partager vos réflexions en commentaires. ]
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Plaidoyer pour une utopie de l’ordinaire.
De l’homme-cyborg à la ville hybride
Les mots sont souvent porteurs de sens. Le choix de la formule « ville hybride » comme problématique de cet atelier témoigne par exemple d’un changement de regard sur l’intégration croissante du digital dans l’espace urbain. L’expression est en effet relativement récente ; il y a quelques mois encore, les conférences et articles sur le sujet se bornaient à évoquer une trop vague « ville numérique » en construction. Depuis peu, celle-ci semble en passe d’être supplanté par la toute aussi obscure « ville hybride ». Que désigne-t-on donc sous ce terme ? Et surtout, que traduit cette évolution sémantique ?
Les dictionnaires nous apprennent que le terme « hybride » désigne en premier lieu l’animal ou la plante issu du croisement d’espèces ou de lignées différentes. Plus largement, le Larousse évoque un assemblage « d’éléments disparates ». Certes, mais qu’est-ce à dire lorsque l’on s’attaque à la question urbaine ? Une première lecture voudrait que l’on y voie le croisement du « virtuel » dans l’espace du « réel » (les termes sont en réalité peu appropriés, comme l’ont montré les intervenants de la journée CiTIC consacrée au sujet). Plus exactement, cette première définition désigne la multiplication, dans l’espace urbain, de terminaux, capteurs, réseaux et interfaces numériques, qu’ils soient personnels ou collectifs, cachés ou non, etc.
[ Avant-propos : Début juillet se tenait à Marseille la troisième édition de Lift France, conférence dédiée aux implications sociales des technologies, avec cette année pour slogan : “Be Radical”. L'occasion était trop tentante d'interroger ce petit milieu de geeks sur leur perception de la ville et en particulier des imaginaires urbains. Y a-t-il “panne d'imaginaire” dans la ville numérique ? Quels seraient les imaginaires de la ville de demain ? (voir aussi là)
L'occasion m'en a été gentiment donné par le mag de la Gaîté Lyrique, pour qui j'ai donc interrogé différents experts de la question sur ce délicat sujet. En voici la synthèse ! Le lien original est à lire ici ; english readers : click here. Merci à Eloise et l'équipe de la Gaîté pour l'opportunité / la relecture / la traduction ! ]
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Villes et utopies sont indissociables, depuis la “Callipolis” de Platon (La République) jusqu’aux grandes utopies urbanistiques du XXe siècle. Mais plus que tout autre objet “utopisé”, la ville imaginaire se distingue par la force de ses contrastes : entre fantasmes candides et dystopies paranoïaques. Cette tension s’observe plus particulièrement dans les projections faisant intervenir les nouvelles technologies. Difficile en effet d’y trouver une représentation de la ville qui ne sombre ni dans la noirceur excessive (cf. le courant cyberpunk), ni dans une dangereuse béatitude (cf. la « smart city”, nous y reviendrons plus loin).
Or, de tels imaginaires trop prononcés mettent la pensée urbaine dans l’impasse. La philosophe Cynthia Fleury dénonce ainsi la “double bind [la double contrainte] d’une projection prophétique qui serait soit autoréalisatrice de la catastrophe, soit naïvement utopique et donc euphémisante des tragédies effectives.” (Entretien avec Cynthia Fleury, Nouvelles CLÉS n°69 / Février-mars 2011)
Comment sortir de cette situation ? “En bâtissant un imaginaire et des stratégies de combat”, répond la philosophe. Ou plus exactement, dans le cas de la ville, en REbâtissant un imaginaire afin d’accompagner l’absorption des technologies par la ville.
Apprivoiser la ville numérique, à défaut de la dompter
Le premier changement invoqué par ces experts tient dans le regard porté sur la ville elle-même. Plus qu’un objet figé et donc prévisible, l’économiste Saskia Sassen, spécialiste des “villes globales”, insiste sur la mutabilité des villes à l’aide d’une métaphore synthétique :
“Les villes contiennent en elles-mêmes de multiples futurs. Les futurs auxquels on se prépare n’arrivent donc jamais vraiment. En un sens, nous sommes en permanence en train de construire ces futurs. Pour résumer, la ville est en permanence en mutation ; la ville est un mutant.”
Pour aller plus loin, relire ce qu’écrivait Agnès Giard sur l’urbanisme émotionnel :
Les études “Soul of the Community” effectuées par l’institut de sondage Gallup entre 2008 et 2010 ont prouvé que la passion qu’on éprouve pour un endroit booste indirectement l’économie locale. [...]
Citant l’exemple de la ville de Durham (Caroline du Nord), Peter Kageyama rappelle cette fameuse cérémonie de mariage, le 19 mars 2011, au cours de laquelle 1600 fiancé(e)s ont épousé non pas leur promis(e) mais la ville elle-même. Leurs voeux incluaient celui de ne rien jeter par terre, ni crachat, ni canette, ni papier sale; d’acheter dans les boutiques locales, de protéger l’environnement et de se rendre aux bureaux de vote pour choisir les élus locaux. L’événement avait permis de dégager 25 000 dollars de dons pour les associations d’entraide… C’est l’exemple de la plus grande union civique au monde.
Et si les morts contribuaient à redonner vie à nos sociabilités urbaines ? La proposition peut paraître étrange, j’en conviens… Et pourtant, l’idée semble répondre avec une certaine pertinence à quelques enjeux majeurs de la ville hybride, et notamment à la question qui nous anime tous : comment recréer du lien social (en particulier intergénérationnel) dans la ville moderne ?
Ma proposition, que je vais tenter d’expliciter après l’avoir brièvement exposée ici, consiste à croiser la quête de ‘l’immortalité numérique’ (cf. transhumanisme) aux fameuses folksotopies conceptualisées sur ce blog (= contributions géolocalisées contribuant à étoffer la ‘mémoire’ subjective rattachée à un lieu).
Et parce que les néologismes sont toujours utiles pour rendre compte de ces concepts encore flous, j’ai baptisé « thanathopraxie urbaine » cette invitation à repeupler la ville de nos ancêtres d’outre-tombe (c’est un presque-néologisme, en réalité). Vous voulez en savoir plus ?
Ville-fantômes
Tout est né d’une visite en Bulgarie à l’automne dernier. Comme je l’avais raconté ici, j’avais été marqué (pour ne pas dire traumatisé) par la coutume de mes compatriotes à afficher les faire-parts de décès dans la rue, au vu et au su de tous. Notez bien : il ne s’agit pas de localiser les faire-parts sur des panneaux réservés à cet effet (souvent sur les places de villages ou à proximité de lieux de culte, comme ici en Crète), mais bel et bien d’afficher les nécrologies un peu partout dans la ville : sur les portes, les poteaux électriques, les arbres, j’en passe et des meilleurs. Étranges images, où les photos des morts se battent en duel avec des pubs automobiles…
Seulement voilà : passé ce premier sentiment de malaise, on se rend progressivement compte que ces fantômes urbains témoignent surtout d’un attachement encore vivace aux sociabilités de voisinage, essentielles dans la Bulgarie post-soviétique (qui n’avait pas que des défauts, faut-il le rappeler). Autrement dit, la publicisation des morts dans la ville participe à la consolidation du lien social…
[ Avant-propos : URBAN AFTER ALL prend de la hauteur dans ce 16e épisode, afin d'autopsier l'une des grandes figure de l'utopie urbaine post-industrielle. Le lien original est à lire ici, et vous pouvez aussi nous suivre sur facebook. N'oubliez pas de lire, en complément, l'inventaire des villes volantes dans la culture pop&geek publié en écho à cette chronique ! ]
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C’est une tradition dans les médias : chaque inauguration d’un gratte-ciel, comme la Tour First la semaine dernière, est l’occasion de rappeler l’éternelle quête de hauteur de l’homo urbanus, depuis Babel jusqu’à Dubaï. Et si les gratte-ciels sont le versant “réalisé” de ce syndrome d’Icare, la figure de la “cité volante” en est le pendant imaginaire et onirique. La ville volante jouit ainsi d’une belle présence dans les projets architecturaux du XXe siècle, aux côtés des autres grands archétypes urbains que sont la ville mobile, la ville flottante et la ville fertile (décortiquée la semaine dernière). Fortement relayés dans des médias grand public grâce à leurs visuels séducteurs flattant les fantasmes de l’Homme-oiseau, les projets de ville volante sont ainsi bien inscrits dans l’imaginaire urbain collectif. Et c’est bien ça le souci.
Car derrière ses atours enchanteurs, la ville volante véhicule en effet certaines valeurs qu’il nous semble nécessaire de remettre en question ; ce sera l’objectif de cette chronique, qui vous invite à vous méfier davantage de ces utopies tentatrices. A l’instar d’Icare, ne risquons-nous pas de nous brûler les ailes à trop vouloir voler ? Et existe-t-il une autre voie pour imaginer la ville en l’air ?
Une histoire récente
L’histoire de la ville volante remonte aux voyages de Gulliver découvrant Laputa (1727). Cette utopie a conquis depuis de nombreux esprits, en témoigne cette chrono-bibliographie des “îles aériennes” dans la littérature et la bande-dessinée populaires. Mais c’est surtout avec la révolution industrielle que l’idée d’une cité volante va prendre son essor et germer chez les urbanistes en tant qu’utopie “réaliste”. Citons en particulier la Ville volante de Georgij Krutikov (1928), une cité futuriste que nous décrit François Delarue :