De l’immixtion du GPS dans la culture populaire, ou la concrétude de l’homme-cyborg.

Le 26 octobre 2010 - Par qui vous parle de , , , dans parmi lesquels

Le « pouvoir de révélation » de la culture populaire n’en finit pas de me surprendre, alors même que j’ai choisi d’en faire mon métier (et donc le fil rouge de ce blog). Le dernier exemple en date provient de la série Community1, plus précisément de l’épisode S02E04 : Basic Rocket Science2

Dans cet épisode, une parodie d’Appolo 13, les principaux personnages se retrouvent après moult péripéties en rase campagne, incapables de savoir où ils sont… mais devant impérativement être retrouvés par leur université, avec qui ils sont en communication. Ces derniers leur demandent alors ce qu’ils distinguent par le hublot (Abed : « What do you see, gang ? »).

Alors que l’on s’attend à une scène classique dans laquelle les personnages tenteraient de faire comprendre leur localisation par indices (« je vois une vache / un relief montagneux », ou ce genre de choses déjà vues et revues ailleurs), le personnage principal s’approche du hublot… et sort son smartphone, avant d’annoncer dans un silence religieux : « We are in… Coldwater ».

A la façon dont Jeff manie son smartphone (collé au hublot), on peut supposer qu’il s’agit ici d’une application de réalité augmentée, type Wikitude. Tout l’effet comique de la scène repose sur la surprise provoquée par cette solution, pourtant si évidente mais complètement éloignée de l’imaginaire pop-culturel auxquelles nous ont habitué ce genre de scènes/situations. Il se prolonge d’ailleurs lorsque l’on se demande, penaud : « mais pourquoi n’y avais-je pas pensé ? » ;-)

Loin d’être anecdotique, cette scène atteste de la démocratisation de la géolocalisation (ce n’est certes pas la première) et de la réalité augmentée (c’est déjà plus rare), dont les usages ne sont *officiellement* plus réservés à une « petite élite bobo-parisienne » (OUF ! Ça fera taire certains…).

Allons plus loin. Plus qu’une démocratisation, elle témoigne carrément d’une rupture, perceptible dans l’effet comique provoqué par le décalage entre un imaginaire « neuf » (sortir son smartphone pour se repérer) et celui « traditionnel » auquel il se substitue.

Ça y est, c’est officiel : nous avons définitivement basculé dans « l’autre monde », celui de la fusion pleine et entière entre l’homme et le mobile3. En un mot, nous sommes des cyborgs :

« So when you think about cyborgs, think less of images like this [Terminator, Ghost in the Shell et autres représentations classiques du cyborg]. Don’t think about total loss of self, bodies encroached and erased by technology, humanity swallowed whole.

Instead think of cellphones.

Think about off-loaded memories, of constantly renewed enhancement and new abilities.

We are shaped by the technologies because in integrating them, they become us. And though we can discard or upgrade them, this is no less true of our cultural selves. »

What’s a cyborg, Tim Maly / Quiet Babylon (via).

——————–

Et si un professionnel passe par là et souhaite en savoir plus sur cette pop-culture révélatrice de tendances, qu’il n’hésite pas à me contacter ;-)

  1. aka « la meilleure comédie de la saison 2009-10 », selon Perdusa (qui a toujours raison). []
  2. Un épisode qui devrait plaire aux amis d’(e)space & fiction ! :-) En bonus, quelques scènes comiques autour de cartes routières ! []
  3. Une réflexion chère à Bruno Marzloff et au Groupe Chronos. Cf La fusion du mobile-homme et du mobile-objet ou le dossier Mémoires mobiles chez Le Hub []

2 commentaires

  • Les rédacteurs de cette (immense) série en connaissent un rayon sur les usages des nouvelles technologies et leur grande diffusion. Ce sont à leurs manière des spécialistes des usages.
    Les cours d’anthropologie improvisés à partir de vidéo-projection de youtube (et de sa fonction autotune !) le prouve. Ça n’est pas en France, où l’on voit encore à l’écran de fausses interfaces de faux ordinateurs, que l’on pourrait produire de telles références si bien maîtrisées.

Laisser un commentaire

26 octobre 2010

Par