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Dans la continuité de précédents billets sur les riches analogies pouvant être faites entre le football et les sciences de la ville (cf. Le football, miroir des mutations de la mobilité urbaine), nous venons de publier le billet suivant sur Football totalitaire, le « cousin germain » de [pop-up] urbain, consacré à l’innovation tactique. Une manière de densifier un peu plus les liens entre ces deux univers, avant peut-être d’envisager des croisements plus concrets.

Espaces défendables : une théorie de la sécurisation

Le concept de « defensible space », ou « espace défendable » en français, désigne l’une des principales approches de ce qu’on pourrait nommer « urbanisme sécuritaire ». Proche de la « prévention situationnelle » (cf. De la prévention situationnelle à l’espace défensable, Lucinda Dos Santos, 1999) et formulée par l’architecte-urbaniste Oscar Newman dans les années 70, cette théorie urbanistique vise à optimiser la sécurisation d’un quartier grâce à divers mécanismes de design urbain amenant à une prise de conscience de la population locale. Plus précisément, un « defensible space » se définit comme

« un environnement résidentiel dont les caractéristiques physiques – aménagement ou morphologie du bâti – a pour vocation de permettre aux habitants de devenir des agents essentiels de leur propre sécurité. »

Dit autrement, il serait possible de maximiser « l’essence sécuritaire » d’un quartier et de ses habitants. Pour ce faire, Oscar Newman envisage cinq recommandations principales :

  1. Territorialité : la propriété de chacun doit être considérée comme sacrée
  2. Surveillance naturelle : les habitants doivent avoir une vision dégagée de l’espace extérieur
  3. Image : le bâti lui-même doit conférer un sentiment de sécurité
  4. Milieu : la sécurité doit aussi se traduire dans l’environnement du quartier (proximité d’un poste de police ou d’une zone commerciale très fréquentée, par exemple)
  5. Zones adjacentes : les habitants doivent pouvoir exercer une surveillance des quartiers adjacents

A cela s’ajoute d’autres stratégies et mécanismes plus ponctuels, qui permettent d’étoffer la palette dont disposent les aménageurs pour maximiser la sécurisation d’un lieu – c’est du moins la promesse de cette théorie, dont la mise en pratique s’avère toutefois bien plus nuancée.

Cette théorie est évidemment particulièrement contestable – et d’ailleurs de plus en plus contestée – mais ce ne sera pas la question ici. Son intérêt est en effet de formuler des recommandations suffisamment puissantes, sur le plan purement conceptuel, pour irriguer d’autres secteurs disciplinaires partageant des spatialités proches ou similaires. Le football, territoire géographique à part entière, est évidemment directement concerné.

La gestion défensive de l’espace footballistique est évidemment l’une des priorités d’un entraîneur, parfois même devant l’animation offensive – celle-ci pouvant davantage se reposer sur quelques individualités. De ce fait, les préceptes d’Oscar Newman peuvent légitimement trouver un écho footballistique.

On parlera alors de « défensibilité » pour désigner la capacité d’une équipe à maximiser les caractéristiques défensives de son espace de jeu. Les cinq recommandations majeures précédemment évoquées pourraient ainsi se reformuler de manière très concrète dans le football. Notons qu’il s’agit, pour plusieurs d’entre elles, de consignes déjà existantes au plus haut niveau. Notre ambition n’est ici que de proposer des angles conceptuels permettant d’optimiser leur efficience.

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Plutôt mourir.

Plutôt mourir que de voir se concrétiser l’imaginaire de la ville-stade que nous proposent conjointement Qatar Airways le FC Barcelona, dans un spot fraîchement publié. N’allez pas croire que cette publicité soit mauvaise : au contraire, elle est particulièrement puissante, et son succès n’est pas anodin (postée hier, la vidéo dépasse déjà le million de vues dans sa seule version anglaise).

Puissante, d’abord parce qu’elle regorge d’un nombre stupéfiant de signes et de symboles, qu’il est possible de décrypter à l’aune des tendances actuellement dominantes en architecture et urbanisme.

Puissante, aussi et surtout parce qu’elle matérialise ce que sera sûrement l’urbanité sportive des prochaines années. Certains y verront un réjouissant signal faible : nous y voyons plutôt un signal d’alarme à tirer prestement : il y a là tout ce que l’on ne souhaite pas pour nos villes.

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Il y a un mois, la place du Trocadéro s’enflammait pour fêter la victoire du Paris Saint-Germain en Ligue 1, avec les conséquences médiatiques que l’on sait. Paradoxe de l’actualité : les « ultras », hier désignés comme premiers responsables des débordements, se retrouvent aujourd’hui sur le devant de la scène… mais cette fois en Turquie, où les supporters des clubs de la capitale – Besiktas, Fenerbahçe et Galatasaray – apparaissent en première ligne dans les révoltes de la Place Taksim.

Un double prétexte idéal pour explorer les relations entre clubs de foot, supporters et territoires, dans la continuité de nos réflexions sur les « urbanités footballistiques ». Nous avons donc interrogé Ludovic Lestrelin, chercheur en sociologie à l’Université de Caen, et auteur de nombreux billets de blog sur le sujet. La question n’est alors pas ici de savoir « comment peut-on être supporter de football », mais plutôt : comment une ville peut-elle être supportrice de football ?

Revenons d’abord sur les débordements du Trocadéro. En tant que sociologue, quel regard portes-tu sur ces événéments, et le traitement médiatique qui a suivi ?

Comme j’ai pu l’écrire dans un billet paru sur mon blog, je crois qu’il est important d’appréhender les événements selon une logique processuelle, en les découpant notamment en plusieurs séquences.

La première concerne le supportérisme et la relation (ou la non-relation devrait-on dire) que la direction du PSG entretient avec ses supporters. Les incidents ont, en effet, débuté par des affrontements mettant aux prises une frange de supporters du PSG et les stadiers chargés d’assurer la sécurité du lieu, des joueurs et de l’encadrement.

Pour le dire vite et simplement, ces supporters sont issus du monde très divers des ultras qui suivent le PSG. Ils contestent depuis plusieurs années la politique de pacification du Parc des Princes qui s’est traduite par leur stigmatisation et leur exclusion. Cherchant à éliminer la violence qui entoure le club depuis les années 1980, la direction du PSG n’a pas fait dans la nuance, ciblant les bandes informelles de hooligans focalisées sur la recherche d’affrontements, autant que les associations ultras, structurées et plus centrées sur l’animation des tribunes. La célébration du titre au Trocadéro était une manière pour certains de ces supporters contestataires de marquer leur présence et de se rappeler au bon souvenir des dirigeants.

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[Texte initialement rédigé pour Flashfoot, et plus précisément dans la rubrique Experts qui propose un regard décalé sur l'actualité du ballon rond.]

Parc des Princes ou Stade de France ? Rénovation ou reconstruction ? On commence peu à peu à y voir plus clair quant à l’avenir du PSG et de son stade… ou pas. Rien n’est encore arrêté, et les dirigeants s’autoriseront certainement un peu plus de flexibilité qu’ils ne l’annoncent dans les médias pour calmer les ardeurs des supporters. Car les récentes circonvolutions relatives au futur du Parc auront eu le mérite de replacer dans le débat public une question de fond, portée sur le devant de la scène par l’engagement actif des supporters : quelle inscription territoriale des stades et clubs pour les équipes professionnelles ? Si le sujet est bien connu des footeux, les décideurs l’oublient malheureusement souvent un peu trop vite…

Tout passionné se doit ainsi de connaître les rapports qu’entretiennent les grands clubs avec les territoires qui les accueillent, et les rivalités qui en découlent. Même mis en scène par la télévision, les grands derbys sont les révélateurs de disparités territoriales et urbaines, et le jeu d’une équipe est souvent le produit de son environnement. Sur le sujet, lire Le match de football, de Christian Bromberger (1995, en particulier le chapitre : « Le football comme métaphore »), qui tente de décrypter « trois styles [de jeu], à l’image de trois villes réelles et imaginaires [Marseille, Naples et Turin], qui ont imprimé leur marque propre à un langage universel»

De même, l’inscription d’un stade dans le tissu local représente un enjeu urbanistique, économique et social trop souvent ignoré par les collectivités, qui préfèrent n’en voir que les externalités négatives (congestions, hooliganisme, etc.), ou les potentiels économiques stéréotypés, matérialisés en grands centres commerciaux. Il en résulte des projets de stades construits à la hâte, ex-nihilo, sans réflexion aucune quant à leur intégration intelligente dans le contexte local (sur l’exemple de Bordeaux, voir les décryptages tragicomiques de Deux Degrés et du Moustache FC).

Objectif premier de ces « grands stades »: maximiser les profits annexes (marchandisation, concessions commerciales, etc.) en suivant le modèle allemand où les droits TV, plus volatils, ne représentent que 31% des revenus des clubs, contre 41% en France. Au détriment des ancrages locaux et d’une véritable anthropologie des lieux.

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SO FOOT : « L’avenir du corps des footballeurs passe par celui des danseurs », disait Robert Duverne…

Philippe DECOUFLÉ : Ce serait une bonne chose, en effet. Ce qui me marque chez les footballeurs, c’est l’importance du flegme : on voit bien, chez les joueurs comme Benzema par exemple, que ça joue ailleurs, cette gestion de la vitesse et des décélérations [...]

Interview de Philippe Découflé dans So Foot n°87 (juin 2011), p. 92.
Propos recueillis par Brieux Férot.

Remplacez maintenant « footballeurs » par « piétons » voire « homo mobilis »…. Vous y lirez, en filigrane, le nouvel imaginaire de la mobilité urbaine qui se construit actuellement autour de la marche et de l’intermodalité. En football comme en mobilité, tout repose en effet sur la capacité du joueur/citadin à faire varier le rythme de son mouvement, à maîtriser le couple vitesse/lenteur pour mieux s’adapter aux fluctuations du terrain.

Et c’est très certainement Zidane, à travers ce magnifique portrait arty, qui exprime le mieux cette aptitude innée à accélérer/décélérer selon les situations. Tel un piéton augmenté, entre dérive maîtrisée et déplacements instinctifs…

J’avais déjà eu l’occasion de traiter cette théorie dans le bien nommé Le football, miroir des mutations de la mobilité urbaine. Pour rappel :

L’instantanéité est appelée à devenir la norme de nos déplacements et plus généralement de nos rapports au temps. Elle exprime une aptitude à s’adapter aux fluctuations, accélérations et ralentissement du cours temporel ; un propulseur de mobilités intuitives et adaptatives.

[...] Xavi [et Benzema] serait donc le modèle de l’homo mobilis de demain ?

En résumé, si l’avenir des footballeurs passe par celui des danseurs, l’avenir des piétons passe quant à lui par celui des footballeurs ! Rendez-vous ce soir pour France – USA en Coupe du Monde féminine, histoire d’observer le futur de la mobilité urbaine en action ; -)

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Vous avez bien lu : le foot est un formidable témoin de notre rapport à la mobilité. Qui l’eût cru ? Ce faisant, le ballon rond devient un excellent outil pour comprendre (et surtout faire comprendre) le nouveau paradigme de « l’homo mobilis » dans lequel s’inscrivent aujourd’hui nos déplacements plurimodaux. Vous êtes sceptiques ? Démonstration dans ce billet à vocation pédagogique qui s’adresse autant aux experts de la mobilité qu’à ceux du ballon rond ;-)

1970-2000 : l’essor de la valeur « mouvement »

La première similitude tient dans l’évolution remarquable des valeurs « positives » attachées tant au football qu’à la mobilité. Ainsi, si la valeur ‘vitesse’ a longtemps tenu le haut du pavé, elle s’est vu progressivement supplantée par la valeur ‘mouvement’ au cours des dernières décennies. Comme je l’écrivais dans une chronique Owni,

Nos sociétés sont fondées sur l’idée que le mouvement – qu’il soit rapide ou non, soutenable ou non, vivable ou non – est nécessairement positif.

Cette valorisation du mouvement – dont je critique l’hégémonie, cf. paragraphe suivant – se vérifie dans nos mobilités (cf. la « saine mobilité » et « l’injonction au mouvement » de Scriptopolis), et plus généralement dans l’ensemble de notre société occidentale, de la flexibilité du travail au butinage amoureux. S’il est difficile de dater l’essor de la valeur ‘mouvement’, on remarquera que celui-ci a accompagné l’essor du libéralisme dans la vieille Europe. Autrement dit, le ‘mouvement’ règne depuis la fin des Trente Glorieuses suite à la crise de 1973, culminant dans les années 1990-2000 (pensez aux goldenboys toujours « dans le move »…)

Le football n’en est évidemment pas exclu. Comme l’écrivait le site de référence tactique Zonal Marking à propos du mouvement « sans ballon », considéré comme une tendance majeure du football des années 2000 :

Le Mouvement n’est pas une nouveauté dans le football ; comme l’a souligné Jonathan Wilson dans « Inverting The Pyramid » [sur l'évolution des tactiques footballistiques], la principale qualité de la légendaire équipe hongroise qui battit l’Angleterre 6-3 en 1953 reposait sur la tendance des joueurs hongrois à quitter leurs positions naturelles [dézoner] et à permuter avec leurs partenaires, de manière à embrouiller l’adversaire qui ne savait alors plus qui ils étaient supposés marquer.

Mais il semble y avoir une résurgence de la popularité et de l’importance du « bon mouvement » dans les années récentes [années 2000].

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