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[Texte initialement rédigé pour Flashfoot, et plus précisément dans la rubrique Experts qui propose un regard décalé sur l'actualité du ballon rond.]

Parc des Princes ou Stade de France ? Rénovation ou reconstruction ? On commence peu à peu à y voir plus clair quant à l’avenir du PSG et de son stade… ou pas. Rien n’est encore arrêté, et les dirigeants s’autoriseront certainement un peu plus de flexibilité qu’ils ne l’annoncent dans les médias pour calmer les ardeurs des supporters. Car les récentes circonvolutions relatives au futur du Parc auront eu le mérite de replacer dans le débat public une question de fond, portée sur le devant de la scène par l’engagement actif des supporters : quelle inscription territoriale des stades et clubs pour les équipes professionnelles ? Si le sujet est bien connu des footeux, les décideurs l’oublient malheureusement souvent un peu trop vite…

Tout passionné se doit ainsi de connaître les rapports qu’entretiennent les grands clubs avec les territoires qui les accueillent, et les rivalités qui en découlent. Même mis en scène par la télévision, les grands derbys sont les révélateurs de disparités territoriales et urbaines, et le jeu d’une équipe est souvent le produit de son environnement. Sur le sujet, lire Le match de football, de Christian Bromberger (1995, en particulier le chapitre : « Le football comme métaphore »), qui tente de décrypter « trois styles [de jeu], à l’image de trois villes réelles et imaginaires [Marseille, Naples et Turin], qui ont imprimé leur marque propre à un langage universel»

De même, l’inscription d’un stade dans le tissu local représente un enjeu urbanistique, économique et social trop souvent ignoré par les collectivités, qui préfèrent n’en voir que les externalités négatives (congestions, hooliganisme, etc.), ou les potentiels économiques stéréotypés, matérialisés en grands centres commerciaux. Il en résulte des projets de stades construits à la hâte, ex-nihilo, sans réflexion aucune quant à leur intégration intelligente dans le contexte local (sur l’exemple de Bordeaux, voir les décryptages tragicomiques de Deux Degrés et du Moustache FC).

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SO FOOT : « L’avenir du corps des footballeurs passe par celui des danseurs », disait Robert Duverne…

Philippe DECOUFLÉ : Ce serait une bonne chose, en effet. Ce qui me marque chez les footballeurs, c’est l’importance du flegme : on voit bien, chez les joueurs comme Benzema par exemple, que ça joue ailleurs, cette gestion de la vitesse et des décélérations [...]

Interview de Philippe Découflé dans So Foot n°87 (juin 2011), p. 92.
Propos recueillis par Brieux Férot.

Remplacez maintenant « footballeurs » par « piétons » voire « homo mobilis »…. Vous y lirez, en filigrane, le nouvel imaginaire de la mobilité urbaine qui se construit actuellement autour de la marche et de l’intermodalité. En football comme en mobilité, tout repose en effet sur la capacité du joueur/citadin à faire varier le rythme de son mouvement, à maîtriser le couple vitesse/lenteur pour mieux s’adapter aux fluctuations du terrain.

Et c’est très certainement Zidane, à travers ce magnifique portrait arty, qui exprime le mieux cette aptitude innée à accélérer/décélérer selon les situations. Tel un piéton augmenté, entre dérive maîtrisée et déplacements instinctifs…

J’avais déjà eu l’occasion de traiter cette théorie dans le bien nommé Le football, miroir des mutations de la mobilité urbaine. Pour rappel :

L’instantanéité est appelée à devenir la norme de nos déplacements et plus généralement de nos rapports au temps. Elle exprime une aptitude à s’adapter aux fluctuations, accélérations et ralentissement du cours temporel ; un propulseur de mobilités intuitives et adaptatives.

[...] Xavi [et Benzema] serait donc le modèle de l’homo mobilis de demain ?

En résumé, si l’avenir des footballeurs passe par celui des danseurs, l’avenir des piétons passe quant à lui par celui des footballeurs ! Rendez-vous ce soir pour France – USA en Coupe du Monde féminine, histoire d’observer le futur de la mobilité urbaine en action ; -)

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Vous avez bien lu : le foot est un formidable témoin de notre rapport à la mobilité. Qui l’eût cru ? Ce faisant, le ballon rond devient un excellent outil pour comprendre (et surtout faire comprendre) le nouveau paradigme de « l’homo mobilis » dans lequel s’inscrivent aujourd’hui nos déplacements plurimodaux. Vous êtes sceptiques ? Démonstration dans ce billet à vocation pédagogique qui s’adresse autant aux experts de la mobilité qu’à ceux du ballon rond ;-)

1970-2000 : l’essor de la valeur « mouvement »

La première similitude tient dans l’évolution remarquable des valeurs « positives » attachées tant au football qu’à la mobilité. Ainsi, si la valeur ‘vitesse’ a longtemps tenu le haut du pavé, elle s’est vu progressivement supplantée par la valeur ‘mouvement’ au cours des dernières décennies. Comme je l’écrivais dans une chronique Owni,

Nos sociétés sont fondées sur l’idée que le mouvement – qu’il soit rapide ou non, soutenable ou non, vivable ou non – est nécessairement positif.

Cette valorisation du mouvement – dont je critique l’hégémonie, cf. paragraphe suivant – se vérifie dans nos mobilités (cf. la « saine mobilité » et « l’injonction au mouvement » de Scriptopolis), et plus généralement dans l’ensemble de notre société occidentale, de la flexibilité du travail au butinage amoureux. S’il est difficile de dater l’essor de la valeur ‘mouvement’, on remarquera que celui-ci a accompagné l’essor du libéralisme dans la vieille Europe. Autrement dit, le ‘mouvement’ règne depuis la fin des Trente Glorieuses suite à la crise de 1973, culminant dans les années 1990-2000 (pensez aux goldenboys toujours « dans le move »…)

Le football n’en est évidemment pas exclu. Comme l’écrivait le site de référence tactique Zonal Marking à propos du mouvement « sans ballon », considéré comme une tendance majeure du football des années 2000 :

Le Mouvement n’est pas une nouveauté dans le football ; comme l’a souligné Jonathan Wilson dans « Inverting The Pyramid » [sur l'évolution des tactiques footballistiques], la principale qualité de la légendaire équipe hongroise qui battit l’Angleterre 6-3 en 1953 reposait sur la tendance des joueurs hongrois à quitter leurs positions naturelles [dézoner] et à permuter avec leurs partenaires, de manière à embrouiller l’adversaire qui ne savait alors plus qui ils étaient supposés marquer.

Mais il semble y avoir une résurgence de la popularité et de l’importance du « bon mouvement » dans les années récentes [années 2000].

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