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[Troisième volet de mes chroniques mensuelles pour Chronos, consacrées aux pistes créatives qui font "la ville en CDD", la rendant ainsi plus flexible et adaptative face aux mutations de notre temps (un choix par ailleurs discutable). Thème du jour, comme son (fabuleux :D) titre l'indique : pourquoi ne recyclerait-on pas AUSSI les bennes et poubelles qui parsèment la ville ?]

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Qu’on le veuille ou non, les ordures participent du métabolisme des villes, marquées par la société de consommation et sa production exponentielle de déchets plus ou moins dégradables, odorants et nuisibles. Allez à Naples ou Palerme pour mesurer le niveau de dépendance des territoires à leur égard, lorsque les éboueurs se mettent en grève. D’autres images de villes-décharge parsèment l’imaginaire, à l’image de ces stupéfiants quartiers du Caire englués dans les ordures (voire aussi La ville-décharge dans le film Idiocracy, commentée par Nicolas Nova).

Ce rôle majeur devrait placer la poubelle – elle s’analyse somme toute comme un mobilier urbain -, au coeur des réflexions de la ville. Pourtant, peu d’acteurs urbains s’intéressent à cette question, sinon sous un angle logistique qui ne nous intéresse guère ici. Si la question des déchets eux-mêmes a été exploitée dans quelques productions architecturales et urbanistiques (cf. L’utopie du dépotoir), leurs « récipients » n’ont pas connu le même succès. Il y aurait pourtant beaucoup à en dire, et encore davantage à en faire dans le cadre de la mutation « agile » des espaces urbains.

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Retrouvez aussi les précédentes chroniques :

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[Note : ce texte a été rédigé pour le Laboratoire des villes invisibles, en réponse à une billet de Nicolas Nova sur la ville dans le film d'anticipation Idiocracy. Le billet original est à lire ici ; mes autres contributions à ce beau Labo sont à retrouver .]

Un dépotoir peut-il se transformer en ville durable ? La question peut surprendre, tant notre imaginaire est marqué par le rejet des déchets. Car nos poubelles sont loin d’avoir la cote. Comme souvent, la pop-culture se fait le témoin de notre perception collective du sujet. Les décharges servent ainsi de décor à de nombreuses contre-utopies. Nicolas évoquait il y a quelques semaines la vision ahurie d’Idiocracy, où les ordures accumulées forment de véritables montagnes débordant entre les buildings. C’est ici la bêtise de l’humanité qui provoque l’amoncellement des déchets.

D’autres oeuvres ont préféré symboliser, à travers la question des déchets, les profondes inégalités sociales composant leur univers fictif. Citons par exemple le manga cyberpunk Gunmm, dans lequel la riche cité volante de Zalem déverse un torrent d’ordures sur la ville-décharge de Kuzutetsu, évidemment marquée par l’ultra-violence (via).

Zalem - Gunmm

Les oubliés de Vulcain, roman-jeunesse de Danielle Martinigol (2001), s’inspire de la même thématique. Les ordures, largués depuis le ciel sur la planète Vulcain, expriment l’urgence à la fois sociale et écologique du développement durable.

les oubliés de vulcain

De nombreuses autres oeuvres existent qui mettent en scène des villes-dépotoirs (N’hésitez pas à nous envoyer un mail ou à laisser un commentaire si vous souhaitez nous en faire part, peut-être pour un prochain billet !).

Faut-il s’étonner, dans ce contexte, de voir des architectes et urbanistes s’emparer du sujet pour formuler d’autres perspectives, cette fois utopiques et durables ? Le think-tank urbain Terreform, dont on avait déjà parlé dans le billet consacré aux villes mobiles, propose ainsi d’exploiter les gigantesques décharges new-yorkaises… pour bâtir une nouvelle extension de Big Apple ! Voici comment les architectes de Terraform explicitent leur projet, intitulé « Rapid Re(f)use: Waste to resource city 2120 » :

Rapid Re(f)use 1

New York City is disposing of 38,000 tons of waste per day. Most of this discarded material ended up in Fresh Kills landfill before it closed. The Rapid Re(f)use project supposes an extended New York reconstituted from its own landfill material.

Our concept remakes the city by utilizing the trash at Fresh Kills. With our method, we can remake seven entirely new Manhattan islands at full scale. Automated robot 3d printers are modified to process trash and complete this task within decades. These robots are based on existing techniques commonly found in industrial waste compaction devices. Instead of machines that crush objects into cubes, these devices have jaws that make simple shape grammars for assembly.

Different materials serve specified purposes; plastic for fenestration, organic compounds for temporary scaffolds, metals for primary structures, and etc. Eventually, the future city makes no distinction between waste and supply.

rapid refuse 2

Malgré ses allures révolutionnaires, le projet s’inscrit pleinement dans l’air du temps, grâce à l’essor de la logique durable qui aura progressivement réussi à faire accepter l’idée d’une réutilisation massifiée des déchets domestiques. Preuve de sa pertinence certaine, le projet systémique de Terreform imaginé pour la ville de New York (dans laquelle s’inscrit donc leur Rapid Re(f)use) a récemment gagné le Zumtobel Group Award.

Cette logique de recyclage des déchets est d’ailleurs poussée à l’extrême par certains, qui pointent ainsi du doigt les dysfonctionnements de notre système de consommation et/ou d’urbanisation. Le jeune architecte australien Andrew Manyard a ainsi imaginé un robot géant, le CV08, capable de recycler… les zones périurbaines (!), inévitablement laissées en friche par la reconfiguration territoriale qu’il envisage pour 2020 (commentaires sur Transit-City). L’explication parle d’elle-même :

CV08 is a robot that consumes the abandoned suburbs through its front 2 legs. It processes the materials and fires off compacted recycling missiles to awaiting recycling plants. CV08’s middle legs and one rear leg follow the front legs to terra-form the newly revealed earth with native Flora and Fauna. Vast stocks of the Flora and Fauna are stored within CV08 in carbonite sleep until they are required to colonise what was previously suburban wasteland.

cv08 1

cv08 2

cv08 leg

On notera que le CV08 s’attaque aussi au surpoids humain généré par l’utilisation excessive de l’automobile dans ces territoires, puisque le robot “dévoreur de suburbs” est alimenté par la graisse des personnes recyclées. Ou quand l’utopie durable dérive dangereusement. Une façon pour Andrew Manyard d’alerter sur notre propension à peut-être sur-réagir à certaines problématiques. Quel serait alors le juste milieu d’une “utopie du dépotoir” ?

cv08 fat2

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