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[Avant-dernière chronique de cette série inspirée par Erwan Cario et Transit-City. Article original sur le magazine de la Gaîté Lyrique, en attendant la conclusion.]

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Dernière figure de notre quadriptyque, la « ville-plateforme » est aussi l’une des plus récente à s’être imposée dans le paysage vidéoludique. Cet essor relativement fulgurant n’est en rien surprenant : s’il s’explique notamment par l’évolution des processeurs et des moteurs de jeu, elle est surtout la traduction « virtuelle » de pratiques émergentes observées dans le monde réel, en particulier le « hors-piste » urbain. Après s’en être inspirés, c’est au tour des jeux vidéo d’insuffler de nouvelles pratiques urbaines, ou du moins de contribuer à leur démocratisation.

Glisses urbaines

La ville-plateforme s’inscrit dans la directe continuité de la « ville-décor », premier archétype décrypté dans cette série. Mais là où celle-ci n’avait par définition qu’une fonction « décorative », la ville-plateforme est au contraire conçue comme un terrain de jeu manipulable à l’envi – ou presque. S’il est difficile de lui trouver une origine précise, tant les frontières entre les deux sont poreuses, on peut néanmoins citer trois exemples précurseurs ayant permis ce dépassement de la fonction « décor », et donc son évolution en « ville-plateforme ».

Sorti en 1999, Tony Hawk’s Pro Skater prend logiquement place dans des environnements urbains, pour la plupart directement inspirés de lieux réels (Marseille, Venice Beach, etc.) La ville devient ainsi, par la force des choses et des grinds à tout-va, un terrain de jeu pour skater décomplexé. Une évidence, tant le skateboard est urbain par essence – sauf quand on le cantonne tristement à des skateparks, qui plus est en le privant d’accès à la ville par des dispositifs architecturaux et urbanistiques contraignants.

Dans la même veine, le cultissime Jet Set Radio proposait un an plus tard de parcourir, cette fois en rollers, deux mégalopoles semi-fictives inspirées de Tokyo et New York. Comme dans Tony Hack’s Pro Skater, le joueur est invité à parcourir la ville sous toutes ses coutures : toits, recoins obscurs et mobiliers divers sont accessibles aux grinds et figures des protagonistes. Seule différence avec son précédesseur, le gameplay n’est pas centré sur la figure mais bien sur l’appropriation de la ville, grâce à des graffitis.

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Vous l’avez forcément vue passer : la dernière publicité Mercedes, lancée en grandes pompes le 15 avril dernier, offre au téléspectateur une belle et longue minute de bannières étoilées sur une belle et fadasse bande-son de Kavinsky, violoniste pour l’occasion.

« Stars » : des étoiles en veux-tu en voilà, comme son nom l’indique. Inutile de chercher une explication capillotractée : il n’y a là qu’une allégorie très premier degré du logo de la marque… Vous pourrez toutefois compter sur les publicitaires qui en sont à l’origine pour vendre l’enluminure habituelle :

Révélation cosmic pour l’emblématique marque de voitures allemandes : Mercedes-Benz se lance dans le tuning [sic] de son image de marque avec BBDO Paris en mettant en avant son iconique logo. La fameuse étoile est en effet la source d’inspiration de cette publicité de marque et nous entraîne dans roadtrip 5 étoiles [re-sic] réalisé par l’équipe H5.

Au-delà de ses couleurs chatoyantes, le spot a un grand mérite : servir de « petit précis illustré » des trois-quatre tendances fondamentales du marketing auto en 2012. Autrement dit : amis publicitaires, si vous ne savez pas quoi mettre dans votre prochain spot pour [insérer ici marque de voiture], prenez des notes. C’est facile, et ça tient en cinq points. Récapitulatif, à toutes fins utiles :

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[Troisième volet de mes chroniques mensuelles pour Chronos, consacrées aux pistes créatives qui font "la ville en CDD", la rendant ainsi plus flexible et adaptative face aux mutations de notre temps (un choix par ailleurs discutable). Thème du jour, comme son (fabuleux :D) titre l'indique : pourquoi ne recyclerait-on pas AUSSI les bennes et poubelles qui parsèment la ville ?]

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Qu’on le veuille ou non, les ordures participent du métabolisme des villes, marquées par la société de consommation et sa production exponentielle de déchets plus ou moins dégradables, odorants et nuisibles. Allez à Naples ou Palerme pour mesurer le niveau de dépendance des territoires à leur égard, lorsque les éboueurs se mettent en grève. D’autres images de villes-décharge parsèment l’imaginaire, à l’image de ces stupéfiants quartiers du Caire englués dans les ordures (voire aussi La ville-décharge dans le film Idiocracy, commentée par Nicolas Nova).

Ce rôle majeur devrait placer la poubelle – elle s’analyse somme toute comme un mobilier urbain -, au coeur des réflexions de la ville. Pourtant, peu d’acteurs urbains s’intéressent à cette question, sinon sous un angle logistique qui ne nous intéresse guère ici. Si la question des déchets eux-mêmes a été exploitée dans quelques productions architecturales et urbanistiques (cf. L’utopie du dépotoir), leurs « récipients » n’ont pas connu le même succès. Il y aurait pourtant beaucoup à en dire, et encore davantage à en faire dans le cadre de la mutation « agile » des espaces urbains.

Lire la suite sur Trajectoires Fluides, le blog du Groupe Chronos

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Retrouvez aussi les précédentes chroniques :

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[Avant-propos de Philippe G. : Second "poptrait" et pas des moindres : Nicolas Nova me fait l'honneur de venir se dévoiler pop'ment parlant pour fêter les deux ans de [pop-up] urbain, en évoquant ici avec tendresse la manière dont certaines oeuvres ont contribué à transformer son regard sur la ville et les urbanités [Pour rappel : j'ai invité mes divers "guides spirituels" à venir parler, à leur manière, de trois oeuvres pop-culturelles au sens large ayant marqué leur esprit urbanologue, afin d'ouvrir les horizons de ce blog tout en leur rendant hommage... Premier poptrait publié : Bruno Marzloff, du Groupe Chronos, à relire ici.]

Sans rentrer dans le détail, c’est en grande partie à Nicolas et à ses Pasta & Vinegar que je dois l’orientation pop’ de ce blog, et à son Labo des Villes Invisibles ma passion pour le décorticage des archétypes urbains (voire ici). C’est d’ailleurs à partir de ce sujet que nous nous sommes retrouvés à dialoguer chaque semaine sur Owni au sein des défuntes chroniques Urban After All, que nous avons co-piloté de janvier à juin dernier. Je pourrais encore en rajouter des couches, mais ce serait trop long et surtout trop complexe, notre bonhomme étant volontiers touche-à-tout (parmi ses casquettes : chercheur, enseignant, consultant, essayiste et fureteur culturel…), si bien que je m’y perds presque ;) Vous l’aurez compris : Nicolas Nova est ma première popstar, et c’est donc avec plaisir que je lui cède la plume !]

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Sélectionner 3 « oeuvres pop » pour Philippe et les deux ans de Pop-up, est évidemment plus facile à dire qu’à faire. Surtout, car mon sac de Sport-Billy est rempli à ras bord de pleins de choses pertinentes et qu’il a fallu effectuer un choix. Alors évidemment, ce ne sera représentatif que du vendredi après-midi et de l’ambiance dans le TER qui me ramène chez moi après une semaine d’enquête de terrain.

Pour commencer, la première référence qui me vient à l’esprit quand on me demande quels éléments de la « pop culture » m’ont influencé, vient clairement de l’univers du skateboard. Et en particulier, « Public domain » (le titre complet étant « Public Domain, A Video Extravaganza in Living Color and Drop Dead B&W (Bones Brigade Video Four) »), une des vidéos éditée par Powell & Peralta. Ni film, ni documentaire, ce type de production directement sorti sur le marché de la VHS (luv ur magnetoscope) est une sorte de compilation de séquences de figures de skateboard réalisées soit dans les rues soit en skatepark. Tout cela se passe autour de 1988, je fais du skate évidemment, mais la confrontation avec ce genre d’images me montre toutes sortes de choses nouvelles. Le premier point qui m’a frappé à l’époque concerne la manière dont le film met en avant les « détournements » de tout ce qui constitue l’espace urbain. Bancs, trottoirs, toit d’immeuble, murets… tout obstacle ou courbure devient un espace de production de tricks avec la planche.

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[Avant-propos : J'ai eu le plaisir de participer au Festival Livresse de Charleroi (14e édition !), organisée par Le Vecteur et consacrée à la ville disséquée pendant quatre jours par artistes, militants, ethnologues, poètes ou skateurs. Une matière de premier choix pour quelques notes en vrac que je publierai dans les prochains jours. Premier épisode aujourd'hui.]

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De skate, il en était justement question lors de la première discussion-débat consacrée aux « cultures urbaines, skateboard, et lifestyle » où j’intervenais aux côté de trois artistes venus présenter leurs court-métrages : Sylvain Robineau et Guillaume Noyelle pour Qui sera le maître, et Juan Aïzpitarte pour Trans. N’ayant pas réussi à retrouver ce dernier sur la toile, seul le premier film sera présenté ici, accompagné de quelques commentaires issus de la discussion.

Synopsis : « Le skateboard est à la fois un moyen de locomotion et un outil de jonglage fabuleux. La ville, formidable aire de jeu pour le skateur, est aussi la scène où évoluent les quatre personnages de ce film. [...] Qui sera le maître ? »

Raphaël Zarka - La conjonction interdite. Notes sur le skateboard.Les trente minutes de ce court-métrage entremêlent le plaisir de la fiction (une sympathique histoire de couple et de philosophie taxi-logique) et la qualité pédagogique du documentaire, grâce aux excellentes interventions de l’artiste Raphaël Zarka qui reprend ici ses analyses sur le skateboard (cf. en particulier La conjonction interdite et Chronologie lacunaire du skateboard).

Résultat : Cette vraie-fausse émission de radio rythme le film dont on ressort non seulement le sourire au lèvres mais de surcroît la tête pleine de questions… Que l’on soit d’ailleurs un expert des la ville ès « glisses urbaines » ou non, on est sûr d’y apprendre quelque chose. Pour être honnête, plus le film avançait et plus je me demandais ce que j’allais trouver d’intelligent à dire une fois sur scène, vu que Zarka avait déjà tout si bien expliqué ;)

Et justement, vu que je me retrouve grosso modo dans l’ensemble de ses analyses, je n’aurais pas particulièrement de commentaires à faire pour cette fois ! Rapidement, ce que j’ai essayé de dire pendant la discussion :

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[Note : ce texte a été rédigé pour Owni, dans le cadre d'un beau triptyque sur les mobilités urbaines : la suite ici (par Sylvain Lapoix) et (par votre aimable serviteur). Je me suis par ailleurs permis de reprendre les commentaires originaux, afin que tout le monde puisse en profiter. Le billet original est à lire ici ; mes autres contributions sont à découvrir . Merci à Owni pour leur aide et leur amitié, et félicitations au passage !

Précision importante : contrairement à ce que son titre laisse supposer, ce billet est garanti 100% porn-free :-) Et pour ceux qui connaissent déjà mon discours, je n’aborderai pas ici le versant “numérique” de la ludification.]

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Quand la pop-culture surfe sur les glisses urbaines

La culture populaire est un formidable témoin des tendances à l’œuvre dans nos ville. Il en va ainsi de l’essor de la culture skate-roller-BMX (les “glisses urbaines”), mesurable au succès de ses avatars vidéoludiques dans les années 80-90 (rétrospectives des jeux de skate à lire ici ou ). Plus proche de nous, elle a grandement contribué à la visibilité des “sports urbains” et du parkour en particulier, avec des films comme Yamakasi ou Banlieue 13, ou des jeux vidéo comme Mirror’s Edge. Vous reprendrez bien un peu de vidéo in game… ou IRL ? Et pourquoi pas du ski urbain, tant qu’on y est ? (via Urbain, trop urbain)

Des œuvres plus ou moins réussies (suivez mon regard…), mais dont le succès participe de facto à installer ces pratiques “alternatives” dans l’inconscient collectif du paysage urbain. Pour autant, cela ne suffit pas à diminuer la réticence des collectivités à les laisser s’y développer en paix. Car mis à part quelques initiatives isolées“la logique actuelle  est de mettre des ‘anti-skates’ partout, pour empêcher la ‘dégradation’ des bâtiments, des bancs et des sols” (c’est évidemment valable pour les autres pratiques). Paradoxal, compte-tenu de l’ébullition pop-culturelle qui accompagne ces pratiques depuis leur naissance, et donc difficilement compréhensible par des pratiquants de plus en plus nombreux.

{ Cliquer ici pour lire la suite, et pénétrer dans le monde lubrifié du LOL urbain. }

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