L’autopsie des publicités pour smartphones et tablettes Samsung continue ! Après avoir décortiqué l’ambivalent idéal urbain que promeuvent ces spots (c’est un euphémisme), intéressons-nous cette fois au rapport qu’elles entretiennent avec les écrans eux-mêmes, plongés dans une contexte urbain qu’ils finissent pas concurrencer… Un décryptage loin d’être anodin, car à l’instar de M. Jourdain : le marketing Samsung fait de la prospective urbaine sans le savoir, et c’est bien là son plus grand intérêt.
Tout est subtilement résumé dans cette première publicité pour la tablette Galaxy Tab (encore elle). Si le spot invite à focaliser son regard sur l’écran, placé au centre à la manière d’un first person shooter, le décor urbain des premières secondes mérite que l’on s’y attarde. Partant d’un environnement de quartier d’affaires traditionnel, on atterrit ainsi dans un décor aux allures vintage voire anachroniques.
Outre le filtre pastel dont je ne comprends pas franchement l’utilité, c’est surtout le tramway séculaire, les voitures de collection et même le look preppy-retro des passants qui retiennent l’attention.
Pourquoi présenter une technologie « de pointe » (réalité augmentée, géolocalisation, etc.) dans un décor à ce point suranné ? S’agit-il de souligner le caractère innovant de la tablette, par comparaison avec l’environnement dans lequel elle s’inscrit ? Si c’est le cas, admettons que c’est loin d’être subtil… voire contre-productif ? En effet, de là à n’y voir qu’une vaine tentative de faire diversion pour masquer le peu d’innovation de ladite tablette, il n’y a qu’un pas – que je ne évidemment franchirai pas…
Mais le plus intriguant dans ce décor réside dans sa volonté à nous faire croire qu’il s’agit de New York. Alors qu’habituellement, les publicitaires se contentent de quelques taxis jaunes ou d’un plan sur l’entrée d’un métro, facilement identifiables, le spot choisi ici d’afficher son identité territoriale grâce aux panneaux indiquant la direction de Broadway ou Central Park.
Les conférences ayant pour sujet la ville numérique se font de plus en plus nombreuses. Malheureusement, celles-ci sont trop souvent monopolisés par ceux qui la font (les acteurs urbains, institutionnels ou non), voire ceux qui la commentent et/ou la critiquent (dont je fais partie). Mais trop rares sont les conférences qui donnent aussi la parole à ceux qui la rêvent… Justice sera faite le vendredi 17 février prochain, dans le cadre de la Social Media Week Paris, à l’initiative d’Urbanews en partenariat avec la Netscouade.
En effet, vous (oui, VOUS) aurez l’opportunité de proposer votre vision de la ville numérique lors d’un atelier de créativité animé par mon camarade urbaniste Bruno Morleo (Urbanews) et Brice Chandon (UPEMLV), avec pour objectif de concevoir une certaine figure de la ville du futur… si possible en dynamitant cette fameuse panne d’imaginaire observée partout ailleurs.
Sera-t-elle forcément numérique ? Sera-t-elle forcément dense ? Quelle place pour la qualité environnementale ? Quelles nouvelles morphologies urbaines induites par l’intégration des NTIC dans l’espace public ? Quels nouveaux mobiliers urbains ? Quels Nouveaux usages ?
A vous de nous le dire !
L’atelier prendra pour thème la « Ville astucieuse« , que j’avais proposée pour la première fois lors d’une conférence à Angers Technopole puis la semaine dernière à SciencePo Rennes (cf. « Clever city » vs « Smart city »). Et j’aurai le plaisir de participer à la discussion qui suivra l’atelier, au cours de laquelle les participants auront l’occasion de présenter leurs propositions à un sémillant jury constitué de mon mentor Bruno Marzloff (Groupe Chronos), du camarade Thierry Marcou (FING)… et de moi-même, donc.
Toutes les informations sur cette sympathique initiative à découvrir en cliquant sur le flyer ci-dessus… Mais en voici une petite synthèse pour les plus paresseux :
L’événement est gratuit et libre à tous, ce qui est une excellente nouvelle en ces temps de crise. Il se déroulera dans la « salle senior » de la Mairie du 4e arrondissement, quartier où j’ai passé une partie mon adolescence mais je crois qu’on s’en fiche, le vendredi 17 février de 8h30 à 19h30.
8h30 : Accueil des participants avec en bonus une petite collation (sans alcool) pour échauffer vos neurones. 9h : Début de l’Atelier introduit et animé par Brice Chandon et Bruno Morleo. 12h30 : Pause déjeuner (à confirmer) 17h : Fin de l’atelier et accueil du public extérieur et du jury. 17h30 : Conférence « Une autre vision de la ville du XXIème siècle », à laquelle je participerai donc. 18h30 : Brève présentation des idées de chaque groupe des participants. Début de la table ronde et débat avec tous les acteurs.
Début janvier, Chronos a inauguré son blog avec un billet enchanteur, à base de métaphores poissonnières sur l’écosystème des mobilités urbaines. Le principe : « l’observation de nos amis de la mer pourrait nous en apprendre sur certains comportements repérés chez une variété d’homo urbanus mobilis apparue à l’ère actuelle du Cénozoïque : le skateur. »
Le poisson-pilote à ceci de particulier qu’il est un des rares de son gabarit à cohabiter avec de grands prédateurs sans compromettre sa sécurité et en profitant de la force des ondes hydrodynamiques générées par ses cousins pour favoriser sa propre locomotion.
L’analogie fonctionne : lancés sans protection à vive allure au sein des flux mécaniques, zigzaguant avec adresse entre les mastondontes d’acier, saisissant la carapace de l’un d’entre eux pour se propulser un bref instant, prenant appui sur une autre pour corriger sa trajectoire, sautant légèrement au-dessus des obstacles de chaussée qui contrarient sa lancée, le skateur se réapproprie avec grâce l’énergie produite par ses prédateurs potentiels, qui en deviennent les alliés d’un trajet.
Et de conclure sur le changement de regard qu’autorise cette analogie pertinente concernant la place du skateur dans l’écosystème urbain :
Faut-il militer pour la réinsertion de cette espèce dans un milieu urbain adapté ? La question mérité d’être posée, d’autant qu’elle nous permet d’interroger sous un angle original l’organisation de l’écosystème routier de nos villes ainsi que la domination de la voiture, reine de la jungle décidément peu partageuse de son espace vital.
Je n’aurais pas su mieux dire. Outre sa poésie, cette métaphore résonne avec celle de la « ville-aquarium », brièvement abordée ici pour évoquer la « ville liquide ». On repense ainsi aux superbes illustrations bruxelloises des Baleines publiques, où le poisson-pilote aurait toute sa place, aux côtés des poisson-chats et autres requins des bas-fonds.
[Quatrième décryptage de ce qui fait la ville agile, rédigé pour le Groupe Chronos. On se remonte les manches et on plonge les mains dans le cambouis du mobilier : câbles, infratructures, etc. Comment intégrer l'agilité dans l'ADN de la ville ?]
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Le plus grisant des « villes agiles », c’est de dépasser les morphologies urbaines préexistantes. Plus elles sont rigides, plus les métamorphoses apparaissent remarquables, qu’il s’agisse d’occuper l’espace laissé vacant par l’automobile avec les parklets, d’augmenter la ville en lui greffant des bidouillages inspirés de la culture hacker, ou de détourner des containers tombés en désuétude. Ces exemples présentent deux curiosités (ou encouragements à la créativité des « agilités »). Il s’agit d’abord de propositions éphémères et souvent plus ludiques que fonctionnelles. Au risque de se répéter : « La ville agile doit-elle nécessairement se construire ‘en CDD’ ? » Imposer l’agilité dans l’ADN même de la ville serait autrement plus classe, non ? Ce sera l’objectif de cette quatrième chronique.
L’autre curiosité tient à la malléabilité des objets urbains remodelés : espaces vacants, mobiliers orphelins, etc. Mais que faire lorsque l’on souhaite s’attaquer au mobilier urbain arrimé à la ville ? L’émergence de la ville et numérique (ou « 2.0 », ou « hybride », ou « intelligente », ou « astucieuse », ou « servicielle »… biffez les mentions inutiles !) souligne avec fracas les limites temporelles du mobilier urbain et leur servitude aux infrastructures lourdes (réseaux de transports, de câble, etc.). Si une poubelle – un panneau, un banc public… (biffez… bis) – s’adapte, se transforme, se recycle, la logique est complexe quand il s’agit d’un mobilier voué à s’incruster dans la ville, au même titre que le bâti ou les infrastructures de transport.
Peu de campagnes publicitaires réussissent à véritablement décrire avec (im)pertinence le monde urbain qui les entoure, dans ses infimes complexités, de manière consciente ou non. En termes de marketing automobile, j’avais déjà souligné les qualités des spots Nissan Qashqai, malgré leur discours vicieusement subversif. Hors du secteur auto, de telles campagnes sont malheureusement plus difficiles à trouver. Nombreux sont les spots qui mettent la ville en scène (exemples ici ou là), mais peu dépassent le « one-shot », ne permettant donc pas d’illustrer de manière globale les dernières tendances urbaines.
Les récents spots Samsung (notamment pour la tablette Galaxy Note, mais aussi pour le smartphone Galaxy), font partie de ces raretés qu’il convient de décortiquer. Non pas pour leurs qualités intrinsèques, mais pour la foule de détails qui contribuent à raconter une certaine réalité du paysage urbain contemporain… mais aussi à la légitimer, pour le meilleur et pour le pire. Ce ne sera pas exactement l’objet de ce billet, mais il convient de discuter cet effet performatif de la publicité, qui témoigne d’un côté d’une tendance émergente, et dans le même temps l’impose dans l’imaginaire collectif. Ou, comme l’écrivait Greimas : « La figurativité n’est jamais innocente« …1 Il ne s’agira pas non plus de critiquer les publicités ou leurs publicitaires, mais d’analyser ce qu’elles racontent de la ville, et c’est cela qui pourra être critiqué. Décryptages en quatre spots commentés (une seconde partie suivra, consacrée à d’autres spots récents de la même marque, proposant une vision parallèle).
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Au départ, ce n’est qu’une pub de plus, pour un smartphone de plus, probablement entrevue au détour d’une émission hautement intellectuelle. On y jette quand même un oeil, par acquis de conscience professionnelle : parce que la vie mobile est l’un des sujets fondamentaux de ce blog, et la publicité l’une de ses matières premières. On se retrouve alors devant cette pub particulièrement fade, au scénario éculé : un cadre sup’ doit aider un collègue à faire une présentation à distance, depuis son smartphone-tablette, afin de prouver les capacités techniques de l’appareil. Booooooring. Et puis, au détour d’une image, un détail attire l’oeil expert, jamais en sommeil malgré la platitude du spot.
Parfois, parfois, la réalité dépasse une fiction tellement prévisible, qu’on pensait sincèrement que personne ne serait assez con pour la concrétiser un jour. L’avantage, dans ces moments de facepalm, c’est que tous les contre-arguments servant à démontrer la stupidité d’une telle « innovation » sont déjà prêt-à-l’emploi depuis des années, grâce à quelques prospectivistes plus avisés que leurs collègues inventeurs.
De quoi s’agit-il cette fois-ci ? d’une application a priori très louable : un système GPS spécialement destiné aux piétons, dont Microsoft vient d’obtenir le brevet (pourtant déposé en 2007). Ce qui en soi une excellente chose si l’on souhaite véritablement développer la marche urbaine, parent pauvre de la navigation augmentée – malgré quelques tentatives intéressantes n’ayant malheureusement pas la force de frappe d’un tel géant. Sa spécificité ? Le système permettra ainsi d’optimiser la recherche d’itinéraires grâce à l’intégration de diverses données géotaguées :
Microsoft a donc conçu un système capable d’ajuster l’itinéraire d’une personne en fonction de différents facteurs comme la possibilité de spécifier un point d’arrêt. Le calcul est effectué en fonction de l’historique des déplacements de l’utilisateur mais également en recueillant plusieurs informations périphériques comme la météo locale, les statistiques de criminalité ou des données démographiques, relate Clubic.
Vous avez sûrement tilté, comme moi, sur ces dernières informations… Des statistiques de criminalité, vraiment ? Les médias ont sauté sur l’occasion. Jamais en panne d’inspiration, 7sur7 pose ainsi les pieds dans la platitude, en annonçant dans son titre la vertu fondamentale de l’application : « éviter les quartiers chauds »1, pour le pauvre piéton sans défense que l’on vous suppose être.
Et bien évidemment, on parle des quartiers chauds les moins « chaleureux »… Parce que malheureusement, personne ne s’est encore décidé à créer un vrai GPS pour trouver des quartiers rouges ! cf. aussi Du fantasme à la carte [↩]
Concluons cette belle année 2011 par une superbe publicité1 … à consommer avec la modération qu’exige la trêve hivernale.
Une ode à la ville-orchestre (évidemment), certes assez lisse mais pas dénuée d’inventivité. On y voit clairement la pénétration du hacking urbain et du détournement dans l’imaginaire de la ville (qu’est-ce d’autre que « remixer la ville », sinon un mash-up ludique créé par les doigts d’un citadin touche-à-tout ?), porté notamment par des créations efficaces telles que le piano/passage-piétons (inspiré par le piano-marche de Volkswagen ?)
Au côté de ces remix relativement light, vous noterez la place qu’occupe l’ambiancement des façades, marotte des publicitaires en 20112 : ambiance techno, sons et lumières sous BPM, qui se traduit logiquement à coup d’enluminures sur tours de verre. Un chouïa regrettable à mon goût. On est d’ailleurs assez loin de la version flashmob de la campagne, plus humaine et diurne que le spot, mais finalement bien moins créative. L’occasion en tous cas de relire ces deux (vieux) billets sur cette « ville en streaming » qui s’annonce à grand renfort de marketing in situ : Pixels et gratte-ciels, et Ravalement de façades.
Par contre, on est encore loin de ma ville idéale : déjà parce que j’écoute de la meilleure musique (… ou pas…) ; ensuite et surtout parce que la mienne serait sponsorisée par de la bière, et non du whisky ! :D
Joyeux réveillon à toutes et à tous !
Publicité découverte pour la première fois en Bulgarie, et je ne pense pas que ce soit un hasard… Je ne l’ai pas vue passer en France, quelqu’un peut me le confirmer/infirmer ? [↩]
Je ne compte plus le nombre de campagnes utilisant la ville-écran, d’ailleurs souvent sans grand culot. [↩]
On peut en rire ou en pleurer, mais la hype du vélo tient finalement à peu de choses : du désir, et de la sensualité. Et ça tombe bien, cela fait des décennies que le marketing auto nous montre la voie. Il ne reste plus qu’à s’en inspirer pour transformer le paradigme des mobilités ; heureuse ironie…!
Mais en attendant de voir les acteurs responsables des mobilités douces prendre leur courage à deux mains pour s’emparer de cette culture porno/chic, on a le temps de voir venir…
Un petit effort, collègues français : montrez-nous que les Russes n’ont pas le monopole du cul !