Archives pour juin 2011

[ Avant-propos de Philippe G. : Double événement pour URBAN AFTER ALL, puisque nous fêtons la 20e chronique et - surtout - la première plume invitée dans ces colonnes. Matthieu, que vous connaissez sûrement pour Urbain, trop urbain, décrypte ici l'évolution de la dérive urbaine, concept cher aux situationnistes et que l'on retrouve aujourd'hui dans nombre d'applications mobiles. Un bien beau sujet reliant l'hier et le demain, donc... Le lien original est à lire ici, et vous pouvez aussi nous suivre sur facebook. Encore merci à Matthieu !]

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La ville événementielle gagne du terrain. Publicitaires et “designers d’ambiance” apposent leur signature sur de nombreux domaines de l’urbanité. L’urbanisme de situation oriente de plus en plus nos parcours urbains, jusqu’à transformer la ville en parc à thèmes. Oui, nous en témoignons régulièrement au long de ces chroniques : par bien des aspects, la ville occidentale a digéré la subversion des situationnistes des années 1950, la critique du capitalisme en moins, le mot d’ordre marketé en plus. Alors, bien sûr, on accueille d’abord avec scepticisme les annonces d’applications « subversives » qui feraient de nos prothèses numériques du type iPhone des outils libertaires. Certains usages de technologies mobiles revendiquent en effet l’esprit situationniste et promettent une “appropriation” de la ville par ses habitants. Ils se réfèrent parfois expressément à la notion de dérive, qui est selon Guy Debord (théorie de la dérive, 1954):

Une technique du déplacement sans but. Elle se fonde sur l’influence du décor.

Que sont ces technologies de la « dérive augmentée » ? En quoi peuvent-elles être davantage que des gadgets anecdotiques ?

Outiller la lecture urbaine

Certaines applications mobiles oscillent entre la promenade aléatoire assez passive et la démarche créative. Il y a par exemple celle intitulée “HE”, pour “Heritage Experience”, qui permet de tourner et monter des films “marchés” à partir de fragments audiovisuels géolocalisés. On connaît par ailleurs les « soundwalks », qui sont souvent sages, mais se développent parfois en hacking sonore urbain. Et avant que tout un catalogue moderne d’applications pour smartphone se constitue, il y a eu des prototypes précurseurs. Les “Flâneurs savants” ont ainsi organisé des parcours de découverte dans le quartier du Marais avec des baladeurs. Les “Urban Tapestries” de Londres ont proposé une réforme de la relation au paysage urbain par le biais d’une application mobile.

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Le street-art a-t-il une éthique ? Les street-artistes doivent-ils s’imposer des limites quant aux lieux qu’ils détournent ? La question est d’actualité : la semaine dernière, les soldats de bronze du Monument à l’Armée Soviétique de Sofia (Bulgarie) se sont réveillés barbouillés… Un facétieux – et talentueux – street-artiste a ainsi profité de la nuit pour les repeindre en Superman, Captain America, Joker ou encore Ronald MacDonald et Santa Claus [plus de photos ici]… Pas très subtil sur le plan artistique, mais qu’importe.

Pour information, selon mon papa chéri (originaire du pays, si vous ne le saviez pas) : « l’inscription en bulgare se prononce ‘v krak s vréméto’ et veut dire quelque chose comme ‘être au goût du jour’, ou ‘dans l’air du temps’ (ou plus court : ‘allumé’ ou ‘branché’)« . [De son côté, le DailyMail traduit ça par "Moving with the times", le terme "krak" signifiant "pied".] Autre détail culturel, le Monument est installé à l’entrée d’un vaste parc, en plein centre-ville de Sofia, à proximité de l’Université. Et son fronton est le terrain de jeu favori des jeunes skateurs occidentalisés… de quoi limiter la portée post-ironique du graffiti, près de 20 ans après la chute du régime soviétique de Todor Jivkov. Enfin, ce n’est que mon avis…

Passée cette parenthèse touristique, revenons à la problématique du jour : le street-art doit-il avoir des limites quant aux objets qu’il détourne ? Je m’interroge, au vu des premiers commentaires glanés sur facebook ou dans les médias occidentaux, qui semblent trouver l’oeuvre génialement sympathique. Certes, la création est relativement fun, reprenant les grands symboles colorés de la culture américaine marchande.

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[Note de Philippe G. : Quatrième chronique de The Best Place republiée dans ces colonnes. Après les super-héros urbains, le slalom urbain et le livre numérique, Matthias partage ici son regard décalé sur l'expérience Vélib'.

Pertinent et impertinent, il nous embarque loin des clichés habituels (= le Vélib' écolo-bobo) pour nous dévoiler la vraie valeur du vélo en partage : le sentiment, si précieux, d'appartenir à un club. Un club de losers, certes, mais un club quand même, qui cimente la communauté des vélibeurs nocturnes. Si les communicants pouvaient s'en rendre compte...

Au passage, on retrouve des thématiques qui me sont chères, notamment la dimension "ludique" des courses urbaines, petits défis persos lancés pour s'enchanter le quotidien. Bref, que du bon. Cliquez ici pour lire le billet original, et n'hésitez pas à faire part de vos commentaires !]

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Deux heures du matin. Je peine à rouler droit le long du boulevard Richard Lenoir, perché sur mon Vélib’ à usage unique. Je manque de me vautrer chaque fois que je me retourne pour vérifier si je ne suis pas sur le point de me faire emboutir par un conducteur trop imbibé. C’est là que je me fais dépasser par un trio de vingtenaires en t-shirts. Ils me font un signe de remerciement. Merci de quoi ? D’être une loque qui avance au ralenti ? Mon corps se réveille, la réserve d’urgence d’adrénaline réveille mes muscles et je me mets à pédaler, en danseuse, pour les rattraper. Le trio me voir venir et se redresse comme un seul homme. La chaussée est mouillée, les feux derrière nous au vert, mais une course s’est lancée jusqu’au bout de la ligne droite. Game ON !

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[Avant-propos de Philippe G. : URBAN AFTER ALL tire sa révérence pour l'été sur cette vingt-et-unième et dernière chronique offerte par Aymeric. L'auteur de l'éveillant Microtokyo nous invite ici à la rencontre d'Istanbul. Entre carnet de voyage et décryptage politque, l'anthropologue part à l’affût et restitue ces petits riens urbains qui font toute la substance d'une ville encore trop méconnue...

Le lien original est à lire ici, vous pouvez retrouver l'ensemble des chroniques par là. Et c'est sur cette lecture que Nicolas et moi vous souhaitons bonnes vacances ! ]

Si les voyages forment la jeunesse, peut-être forment-ils plus encore notre capacité à observer ce qui nous paraît étrange(r). Quoique traitant l’information chacun à leur manière, le journaliste et l’ethnographe savent tous deux qu’il est nécessaire d’être un piéton attentif pour récolter des données de première main sur le terrain. « Faire feu de tout bois », disait Robert E. Park, journaliste puis sociologue mythique de l’École de Chicago. Les ambiances des rues, les discours et les imaginaires qui s’y forgent donnent en effet de précieuses pistes de compréhension d’une société.

À l’heure où la question de l’intégration de la Turquie à l’Union Européenne laisse celle-ci bien hésitante et les Turcs parfois agacés, nous nous sommes rendus dans la capitale de la culture 2010, Istanbul, à quelques jours des élections législatives du 12 juin dernier.

Enjeu électoral de taille puisqu’il s’agissait de renouveler le Parlement et de dessiner les grandes tendances de la Turquie de demain. On le sait, c’est le conservateur et europhile AKP [tr] (Parti de la Justice et du développement) mené par l’ancien maire d’Istanbul [tr] et actuel Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan qui a massivement raflé la mise. Pour le marcheur parcourant les rues stambouliotes, une foule de signes indiquait non pas tant cette seconde réélection sans surprise que la tension entre modes de vie cosmopolites et crispations plus ou moins marquées autour d’une certaine lecture du passé et de la religion majoritaire, l’islam.

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On connaissait le street-art, le street-golf, et pleins d’autres activités en « street » invitant à se réapproprier l’espace public urbain… Il ne manquait qu’une version plus « adulte » propre à érotiser la ville : c’est maintenant chose faite avec le « street pole dancing » !

En réalité, ce n’est pas si nouveau que ça, puisque je vous avais déjà parlé de pole-dance dans le métro… mais l’extériorisation de la discipline lui donne ici une nouvelle ampleur. Selon les anglais de Varsity of Maneuvers, l’objectif est « d’utiliser les infrastructures urbaines d’une manière décalée et, disons, facétieuse. » (via Urban Guide for Alternate Use et Chronos)

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Et si les morts contribuaient à redonner vie à nos sociabilités urbaines ? La proposition peut paraître étrange, j’en conviens… Et pourtant, l’idée semble répondre avec une certaine pertinence à quelques enjeux majeurs de la ville hybride, et notamment à la question qui nous anime tous : comment recréer du lien social (en particulier intergénérationnel) dans la ville moderne ?

Ma proposition, que je vais tenter d’expliciter après l’avoir brièvement exposée ici, consiste à croiser la quête de ‘l’immortalité numérique’ (cf. transhumanisme) aux fameuses folksotopies conceptualisées sur ce blog (= contributions géolocalisées contribuant à étoffer la ‘mémoire’ subjective rattachée à un lieu).

Et parce que les néologismes sont toujours utiles pour rendre compte de ces concepts encore flous, j’ai baptisé « thanathopraxie urbaine » cette invitation à repeupler la ville de nos ancêtres d’outre-tombe (c’est un presque-néologisme, en réalité). Vous voulez en savoir plus ?

Ville-fantômes

Tout est né d’une visite en Bulgarie à l’automne dernier. Comme je l’avais raconté ici, j’avais été marqué (pour ne pas dire traumatisé) par la coutume de mes compatriotes à afficher les faire-parts de décès dans la rue, au vu et au su de tous. Notez bien : il ne s’agit pas de localiser les faire-parts sur des panneaux réservés à cet effet (souvent sur les places de villages ou à proximité de lieux de culte, comme ici en Crète), mais bel et bien d’afficher les nécrologies un peu partout dans la ville : sur les portes, les poteaux électriques, les arbres, j’en passe et des meilleurs. Étranges images, où les photos des morts se battent en duel avec des pubs automobiles…

Seulement voilà : passé ce premier sentiment de malaise, on se rend progressivement compte que ces fantômes urbains témoignent surtout d’un attachement encore vivace aux sociabilités de voisinage, essentielles dans la Bulgarie post-soviétique (qui n’avait pas que des défauts, faut-il le rappeler). Autrement dit, la publicisation des morts dans la ville participe à la consolidation du lien social…

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