Archives pour octobre 2011

Deuxième volet de mes chroniques mensuelles pour Chronos consacrées aux pistes créatives qui rendent la ville moins figée. Après les parklets, place au soft-power du « hacking urbain » qui s’insère dans les interstices de la gouvernance urbaine.

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Suite des chroniques consacrées aux villes plus « agiles », c’est-à-dire évolutives et adaptatives en fonction des besoins, ressources et usages qui y fluctuent. Chronos évoquait à propos des parklets « l’aggiornamento » d’un système urbain fort de sa capacité de « résilience« … Ce n’est pas toujours aussi simple. S’il est désormais envisageable de confisquer des portions de l’espace automobile pour les offrir aux piétons, d’autres transformations de la ville sont contrariées.

Inertie d’un système urbain trop complexe, jeux d’acteurs ou de pouvoirs, poids du bâti ou des mentalités brident l’agilité des territoires. Les « hackeurs » de la ville y voient une motivation pour redoubler de créativité. Aux parklets du mois dernier répond donc ce mois-ci le « hacking urbain », moins visible mais tout aussi pertinent. De quoi le hacking urbain est-il le nom ?

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Un nouvel élément pour notre mini « observatoire » des imaginaires de l’écriture urbaineentamé ici avec la craie et ses dérivés ! Sans être franchement très agréables à l’oreille, ces « Tattoos on this town » chantés par Jason Aldean décrivent à merveille la dimension mémorielle – et surtout impérissable – de certains écrits urbains, comme en témoigne le refrain (paroles dispo ici) :

Take a ride, look around
There ain’t no doubt
It sure left its mark on us, we sure left our mark on it
We let the world know we were here, with everything we did
We laid a lot of memories down, like tattoos on this town
Like tattoos on this town

Je vous ai mis le clip qui est assez… authentique, dirons-nous.

{traduction approximative}

Fais un tour, regarde autour de toi
Il n’y a aucun doute
La ville a laissé un trace en nous, et nous avons laissé une trace en elle
Nous avons laissé le monde savoir que nous étions là, et tout ce que nous y avions fait
Nous y avons couché de nombreux souvenirs, comme des tatouages sur cette ville
Comme des tatouages sur cette ville.

A la différence de la craie, qui se distingue par son caractère spontané et éphémère (un trottoir se transforme en espace de jeu en quelques secondes, et redevient trottoir à la première pluie), la métaphore du tatouage évoque une écriture urbaine vouée à s’inscrire dans le temps long (une gravure sur un mur prendra plus de temps mais ne disparaîtra qu’avec une rénovation quelques années/décennies plus tard).

Il serait intéressant de se demander comment des applications numériques d’écriture urbaine pourraient s’inspirer de cet imaginaire, à la manière de ce que j’avais proposé pour la craie. Ne serait-il pas pertinent d’axer l’ergonomie d’une appli sur ce distinguo entre crayonnés éphémères, graffitis de moyen terme et tatouages indélébile ? Personnellement, ça me parle pas mal… Bien plus que la country, cela va de soi ;-)

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[Avant propos : Suite de nos rapports en vrac du festival Livresse (Charleroi), avec l'interview-off d'Eric Chauvier, anthropologue et auteur de Contre Télérama :

Interpellé par un article sur la “mocheté” de la banlieue paru dans un “hebdomadaire de la capitale”, en l'occurrenceTélérama [ici], Eric Chauvier dresse un tableau de la réalité quotidienne des zones périurbaines contemporaines. Sous la forme d’un carnet de notes à mi-chemin entre l’écrit littéraire et l’enquête ethnologique, il définit l’essence de cette société demeurant habituellement dans l’ombre.

Toutes les illustrations viennent du meilleur tumblr du monde.]

Dans ton livre, tu parles de « banlieues molles » pour décrire ces territoires péri-urbains voire « rurbains » où vivraient entre 15 et 20 millions de français. Qu’est-ce que tu souhaitais décrire comme situations à travers cet adjectif qui fait nécessairement réagir ?

Au travers de ce  mot, qui est une appellation de sociologue reprise par les médias, je souhaitais principalement montrer à quel point on ne dit rien sur cette péri-urbanité là – banlieue de zones marchandes et pavillonnaires, rurbaine comme on dit aussi, saturée de panneaux publicitaires et d’échangeurs routiers. Ce qui est mou, c’est ce qui est indicible, inodore, invisible. Il s’agit donc d’un euphémisme pour dissimuler le fait qu’on ne sait rien dire de ces zones qui ne sont ni « riches » ni « sensibles » et qui échappent finalement à toutes les catégorisations. Des terra incognita en somme, mais où vivent, comme tu le dis, de 15 à 20 millions de français.  C’est ce scandale  anthropologique qui m’a poussé à écrire ce livre.

Les grilles de lecture utilisées pour étudier – et critiquer – ces espaces sont aujourd’hui principalement d’ordre esthétique ou écologique. Quelles autres grilles de lectures pourraient / devraient être utilisées pour mieux comprendre ces territoires ?

L’urbanisme ou l’écologisme reposent sur la conception d’un monde-objet et proposent des modèles d’analyse où l’être en tant que « personne » (ses représentations, ses attentes, ses résistances, etc. ) n’est pas intégré – tels les modèles de morphologie urbaine ou les schémas écologiques.  Je me ‘‘bats’’ pour imposer une approche de la péri-urbanité comme monde vécu, à hauteurs des personnes qui y vivent. Les adolescents vivant dans ces zones déploient par exemple un sens créatif très poussé puisque les espaces sont moins institutionnalisés et plus sauvages, indécis.

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[Avant-propos : J'ai eu le plaisir de participer au Festival Livresse de Charleroi (14e édition !), organisée par Le Vecteur et consacrée à la ville disséquée pendant quatre jours par artistes, militants, ethnologues, poètes ou skateurs. Une matière de premier choix pour quelques notes en vrac que je publierai dans les prochains jours. Premier épisode aujourd'hui.]

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De skate, il en était justement question lors de la première discussion-débat consacrée aux « cultures urbaines, skateboard, et lifestyle » où j’intervenais aux côté de trois artistes venus présenter leurs court-métrages : Sylvain Robineau et Guillaume Noyelle pour Qui sera le maître, et Juan Aïzpitarte pour Trans. N’ayant pas réussi à retrouver ce dernier sur la toile, seul le premier film sera présenté ici, accompagné de quelques commentaires issus de la discussion.

Synopsis : « Le skateboard est à la fois un moyen de locomotion et un outil de jonglage fabuleux. La ville, formidable aire de jeu pour le skateur, est aussi la scène où évoluent les quatre personnages de ce film. [...] Qui sera le maître ? »

Raphaël Zarka - La conjonction interdite. Notes sur le skateboard.Les trente minutes de ce court-métrage entremêlent le plaisir de la fiction (une sympathique histoire de couple et de philosophie taxi-logique) et la qualité pédagogique du documentaire, grâce aux excellentes interventions de l’artiste Raphaël Zarka qui reprend ici ses analyses sur le skateboard (cf. en particulier La conjonction interdite et Chronologie lacunaire du skateboard).

Résultat : Cette vraie-fausse émission de radio rythme le film dont on ressort non seulement le sourire au lèvres mais de surcroît la tête pleine de questions… Que l’on soit d’ailleurs un expert des la ville ès « glisses urbaines » ou non, on est sûr d’y apprendre quelque chose. Pour être honnête, plus le film avançait et plus je me demandais ce que j’allais trouver d’intelligent à dire une fois sur scène, vu que Zarka avait déjà tout si bien expliqué ;)

Et justement, vu que je me retrouve grosso modo dans l’ensemble de ses analyses, je n’aurais pas particulièrement de commentaires à faire pour cette fois ! Rapidement, ce que j’ai essayé de dire pendant la discussion :

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Via le toujours croquignolesque MeRacontePasTaVieDansLeJHM.

Le rail, un mode propices aux rencontres agréables et sans stress ? J’en suis con-vain-cul - à condition de ne pas construire une atmosphère de défiance mutuelle entre les voyageurs. Si ça pouvait inspirer les équipes marketing de la RATP

 

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[ Avant-propos : je participais hier à la journée Read/Write city, "conférence dédiée à la concertation urbaine et l’appropriation de la ville par ses habitants", où j'intervenais en clôture pour discuter "éditorialisation" de la ville avec Jérôme Denis et Emile Hooge.

En préparation, j'avais noté quelques pistes de réflexion sur les imaginaires de l'écriture urbaine et leur possible traduction digitale... Toutefois, le cadre de la journée ne s'y prêtant finalement pas vraiment (plus pratique que théorique), j'ai préféré ne pas trop m'étendre dessus à l'oral... et c'est tout naturellement qu'elles atterrissent ici, complétées par les réflexions entendues hier. Encore merci à Loïc et toute l'équipe pour leur accueil ! ]

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« La ville est un idéogramme : le Texte continue.[...] Visiter un lieu pour la première fois, c’est de la sorte commencer à l’écrire. Je suis là-bas [à Tokyo] lecteur, et non visiteur. »

Roland Barthes, L’Empire des signes, p. 44-51

Rappelons d’abord une évidence que l’on l’oublierait presque parfois, éblouis que nous sommes par les promesses du numérique : depuis toujours, la ville est un support d’écriture collaborative – j’en prends pour témoin les quelques exemples proposés dans ce billet1. Un véritable palimpseste parsemé d’écrits éphémères ou pérennes aux côtés des signes institutionnels, qui contribuent à qualifier la nature des lieux (Scriptopolis en pullule). Ces écrits font ainsi office « d’ancêtres » à ce que j’ai baptisé « folksotopies » : l’écriture du réel grâce aux contributions géolocalisées qui densifient la « mémoire » d’un lieu.

Paradoxalement, les développeurs d’applications permettant « d’éditorialiser » numériquement les lieux n’exploitent que très peu ces illustres parents, préférant faire référence à l’imaginaire du « tag »2 et à des visuels parfois abusivement technophiles3. Selon moi, cette « panne d’imaginaires » pourrait – en partie – expliquer la difficulté d’appropriation de ces applications par les citadins (évoqué lors d’une table ronde). Les interfaces tactiles et simplifiées n’apparaissent ainsi pas « suffisantes » pour inciter les citadins à prendre part à l’éditorialisation numérique de l’espace urbain, qui reste dès lors une pratique d’initiés (les TLM, « toujours les mêmes »).

Partant de là, il me semble qu’un renouvellement des interfaces autour d’imaginaires plus élémentaires favoriserait l’usage de telles applications, en s’appuyant sur l’appétence séculaire des citadins à écrire sur les murs de la ville. Ma proposition : back to the basics, on revient aux fondamentaux, c’est-à-dire à des imaginaires massivement ancrés dans l’inconsciemment collectif. En tête, l’écriture à la craie me semble répondre à merveille à cette problématique, si familière pour des générations de grands enfants rodés aux additions sur tableau noir. Qui n’a jamais écrit un mot d’amour à la craie sur un trottoir, à la sortie des classes ? Retour sur quelques usages de l’écrit à la craie, et la manière dont ils pourraient inspirer les promoteurs de l’éditorialisation urbaine.

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  1. et même depuis l’Antiquité ! []
  2. celui des réseaux sociaux, l’étiquetage des contenus, plutôt que celui des graffitis []
  3. rassurez-vous, ce n’était pas le cas dans les applications présentées lors de la journée []

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