Piéton, lève-toi et marche !

Le 27 août 2015 - Par qui vous parle de , , dans , parmi lesquels , , ,

Le piéton, parent-pauvre de la mobilité urbaine ? A vrai dire, l’histoire n’est franchement pas nouvelle. Le XXe siècle, et plus encore l’urbanisation d’après-guerre, auront largement mis à mal le déplacement du corps humain, comme en témoigne cette célèbre illustration… La réhabilitation de la marche, observée à travers le monde depuis quelques années, n’est qu’un juste retour des choses pour réparer ces quelques décennies de voirie dédiée à l’automobile et autres modes motorisés. Les moyens diffèrent, entre « parklets » sporadiques et politiques de piétonnisation plus drastiques (comme par exemple à Bruxelles), mais toutes les initiatives convergent pour redonner de l’espace au flâneur, figure mythique de la ville pré-motorisée.

Mais le piéton reste précaire, et la piétonnisation fragile. De New York à Clamart City, certains élus tentent de remettre en cause les aménagements réalisés quelques années auparavant en faveur des transports collectifs et des modes doux, et donc in fine du piéton. Car la marche est en réalité le dernier maillon de la chaîne des mobilités : refuser la pacification des voies, quelque soient les modes concernés, c’est forcément sacrifier le piéton sur l’autel de la « fluidité ». C’est pourquoi, plus que jamais, il semble nécessaire de défendre la fameuse « marchabilité » de nos villes. On aurait tort, en effet, de se reposer sur les lauriers de quelques initiatives certes méritantes, mais finalement encore trop rares par rapport à l’ampleur de la tâche qui nous attend. Piéton, l’heure est grave : résiste, prouve que tu existes !

pietonnnnnpo

Nous aurons l’occasion de revenir, encore et toujours, sur la question piétonne à travers nos billets. Pour l’heure, on se contentera de sonner la fin des vacances en allant fouiller dans nos archives, qui oscillent entre Pokémon et la corrida, en passant par Tokyo et bien sûr GTA. Puisse cette modeste compilation d’imaginaires apporter un peu d’eau au grand moulin de la marche (re)conquérante…!

Et pour entamer ce chinage, un détour par l’art n’est jamais trop utile. Symbole de la défense nécessaire du piéton, espèce constamment menacée d’extinction, la figure du « matador » s’impose. A défaut d’exécuter les taureaux-voitures d’un coup d’épée bien ajustée, le piéton-matador doit réussir à slalomer entre ces véhicules qui tentent de l’écorner. Existe-t-il meilleur descriptif de la dangerosité que représentent parfois les rues pour l’humain sans moteur ? A ce jour, nous n’avons pas trouvé mieux.

Aussi idoine soit cette analogie, la figure du matador n’est toutefois pas la plus pertinente quand il s’agit de valoriser la marche. Il faut donc faire un travail de propagande… L’enjeu n’est pas d’en minimiser les risques, mais plutôt d’en valoriser les bénéfices. Et ceux-ci sont nombreux : jolies fesses et vitamine D, sans parler du potentiel de rencontres que cela augure. Nous avions eu l’occasion d’en discuter lors d’un des forums Chronos consacrés au sujet, le premier auquel nous avons eu le plaisir d’assister. A l’époque déjà s’immisçait la pop-culture comme moyen de rendre grâce à la marche … ou plus précisément d’en faire un mode de déplacement « bankable ». Car à l’instar du vélo, tout ou presque est question de communication : il faut rendre la marche désirable pour convertir les foules, encore réticentes à considérer leurs petons comme un mode de transport à part entière. Vaste chantier !

Autre vertu régulièrement mise en avant : la marche serait le mode par excellence de la « dérive », cette errance maîtrisée à travers l’espace-temps. Notre invitée Ada Flores-Vidal nous l’avait racontée dans un texte empreint de poésie et prenant pour décor les ruelles tokyoites, évidemment pour notre plus grand bonheur. En guise de complément, nous ne pouvons que vous inviter à lire l’étoffé papier d’Urbain trop urbain consacré aux « technologies de la dérive« , indispensable lecture pour comprendre la manière dont peuvent s’imbriquer flânerie et géolocalisation dans nos villes.

Enfin, en guise de conclusion à ce dossier d’archives, nous vous proposons un passage par le jeu vidéo… Après tout, un dossier pop-up pourrait-il s’affranchir des mondes vidéoludiques ? Les trois billets qui suivent explorent la marche urbaine au prisme de trois questionnements différents :

– le premier, emprunté à l’excellent blog La faute à la manette, nous introduit au concept de « prévention situationnelle » à l’aide du jeu No More Heroes. Ou comment la sécurisation des voies se fait parfois (souvent) au détriment du piéton…

– le deuxième nous emmène à Volucité, l’une des mégapoles de l’univers Pokémon, dont la visite est un prétexte de choix pour évoquer les travaux du géographe Jacques Lévy… Qu’importe le flacon, pas vrai ?

– le troisième nous embarque finalement dans les vastes avenues de San Andreas, modélisées dans l’archi-classique Grand Theft Auto. Un jeu pourtant pensée presque exclusivement pour l’automobile, et où la marche fait donc office de quasi-subversion. Alors forcément, une randonnée d’une heure et demi à travers la map de GTA, cela ne pouvait que nous enthousiasmer ! La lenteur  comme gameplay, l’idée mérite effectivement d’être creusée dans les mondes virtuels… pour mieux la défendre dans les espaces réels ? C’est notre conviction.

Note : illustration issue de « Ministry of silly walks », l’un des sketchs les plus drôles de l’histoire de la marche. Signé Monty Python, évidemment.

1 commentaire

  • Merci votre article… entre la.voiture toute puissante et le vélo tendance, l’oubli du plus vieux moyens de deplacement reste de mise !
    A ce sujet :
    Depuis quand sommes-nous des bipèdes ou l’origine de la marche à pied ?
    http://goo.gl/QpveBc
    Marche et espace urbain de l’Antiquité à nos jours
    http://goo.gl/NY0xOE
    Virtuel ou réel, la marche est effectivement devenu rebelle dans un espace de vitesse motorisé dédié aux déplacements qui tuent hommes et environnements pendant que l’on parle de guerre lointaine…

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