Glisses urbaines : qui sera le mètre-étalon des nouvelles mobilités ? (Livresse)

Le 17 octobre 2011 - Par qui vous parle de , , ,

[Avant-propos : J’ai eu le plaisir de participer au Festival Livresse de Charleroi (14e édition !), organisée par Le Vecteur et consacrée à la ville disséquée pendant quatre jours par artistes, militants, ethnologues, poètes ou skateurs. Une matière de premier choix pour quelques notes en vrac que je publierai dans les prochains jours. Premier épisode aujourd’hui.]

De skate, il en était justement question lors de la première discussion-débat consacrée aux « cultures urbaines, skateboard, et lifestyle » où j’intervenais aux côté de trois artistes venus présenter leurs court-métrages : Sylvain Robineau et Guillaume Noyelle pour Qui sera le maître, et Juan Aïzpitarte pour Trans. N’ayant pas réussi à retrouver ce dernier sur la toile, seul le premier film sera présenté ici, accompagné de quelques commentaires issus de la discussion.

Synopsis : « Le skateboard est à la fois un moyen de locomotion et un outil de jonglage fabuleux. La ville, formidable aire de jeu pour le skateur, est aussi la scène où évoluent les quatre personnages de ce film. […] Qui sera le maître ? »

Les trente minutes de ce court-métrage entremêlent le plaisir de la fiction (une sympathique histoire de couple et de philosophie taxi-logique) et la qualité pédagogique du documentaire, grâce aux excellentes interventions de l’artiste Raphaël Zarka qui reprend ici ses analyses sur le skateboard (cf. en particulier La conjonction interdite et Chronologie lacunaire du skateboard).

Résultat : Cette vraie-fausse émission de radio rythme le film dont on ressort non seulement le sourire au lèvres mais de surcroît la tête pleine de questions… Que l’on soit d’ailleurs un expert des la ville ès « glisses urbaines » ou non, on est sûr d’y apprendre quelque chose. Pour être honnête, plus le film avançait et plus je me demandais ce que j’allais trouver d’intelligent à dire une fois sur scène, vu que Zarka avait déjà tout si bien expliqué ;)

Et justement, vu que je me retrouve grosso modo dans l’ensemble de ses analyses, je n’aurais pas particulièrement de commentaires à faire pour cette fois ! Rapidement, ce que j’ai essayé de dire pendant la discussion :

– Il est intéressant de constater que le boum du skateboard commence en 1973-74 (Wiki), c’est-à-dire précisément quand commence le déclin symbolique du règne automobile… Anecdotique ? Peut-être pas tant que ça. Le skate a ainsi récupéré une grande partie les valeurs attachées à la voiture , et le film de skate succède au road-movie pour porter les désirs d’autonomie, de liberté, de vitesse. Bref, un sentiment de puissance sur la ville (rien d’étonnant donc à ce que le skate soit repris par un opérateur télécom qui vante justement ces valeurs, cf. ce spot pour Batelco).

– Le skate est-il encore une pratique subversive ?, s’interrogeaient récemment Les Inrocks à l’occasion de l’expo Public Domaine à la Gaîté Lyrique et qui a évidemment fait son entrée dans le débat. A en croire la discussion, le skate n’a peut-être jamais porté de véritable volonté de subversion, sinon d’autonomie dans l’espace – ce sont en réalité les responsables de cet espace urbain qui l’ont rendu subversif par défaut. Selon moi, il serait peut-être bon de sortir de cette réflexion assez binaire afin de s’interroger sur la manière dont le skate pourrait participer à la réflexion en cours sur les nouvelles mobilités urbaines (ce qu’il a déjà fait il y a quelques années), en plein essor des mobilités douces et notamment de la marche.

– Justement : que peut à la ville le skate apporter ? Selon moi, le skate « subit » en quelque sorte son image de « loisir de jeunes branleurs » lorsque la question se pose de sa contribution aux mobilités urbaines. Raphaël Zarka le dit très bien dans le film : le skate est un moyen de transport, ce qu’on oublie souvent. A l’heure où l’on étend la place allouée au mobilités douces, ne pourrait-on pas imaginer un « Skatelib » qui s’insère dans le cortège des alternatives à l’automobile ? Un mode plus souple et moins encombrant que le vélo, pour des avantages certains en termes de mobilités opportunistes… Alors certes, le skate demande un certain apprentissage… mais le vélo aussi, or cet apprentissage est institionnalisé au sein les familles, voire à l’école. Alors, pourquoi pas ? (sinon, la trottinette fera l’affaire !)

Voilà pour cette fois… A voir aussi : quelques suppléments dans les scènes coupées, notamment sur les ponts entre le skateboard et la création artistique, en particulier la sculpture. Au passage, vous noterez quelques jolis plans de mon Paris-Nord adoré : les tours de Flandre, les terrains de foot de Stalingrad, le pont de l’Aqueduc, la mairie du 19e… Que demande le peuple ? Bon visionnage !

[Post-Avant-propos : Je ne m’étendrais pas trop là-dessus de peur de sombrer dans le fleur-bleue, mais retenez une chose : je ne crois pas avoir déjà rencontré de gens aussi accueillants que l’équipe du Vecteur et tous les gens qui gravitent autour. Charleroi est peut-être « la ville la plus moche du monde« , ça ne l’empêche pas d’être une des villes les plus chaleureuses qui soit. Cheh ! Un immense merci à Pascal, Romain et toute l’équipe du Vecteur pour leur accueil (et les bières à flot), ainsi qu’à tous celles et ceux que j’ai croisé ! ]

 

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17 octobre 2011

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