Lob-auto-misation des têtes blondes : Disney et la normativité des mobilités

Le 4 décembre 2012 - Par qui vous parle de , dans parmi lesquels

Demain sortira le Disney de Noël annuel : Les Mondes de Ralph. On ira le voir, tant le film raconte à merveille la mainstreamisation de la culture pop & geek (l’un des fondamentaux de ce blog). Mais ce n’est pas ce qui nous intéresse ici. Penchons-nous plutôt sur les représentations du quotidien que propose le film, en particulier sur la question des mobilités, fortement présentes dans la bande-annonce. On y retrouve en effet toute la normativité de notre inconscient collectif en matière de transports/automobile…

On découvre notamment la « gare des jeux », calquée sur la Grand Central Station new-yorkaise. Présence assez inattendue, tant les transports en commun sont généralement absents des productions hollywoodiennes… qui plus est dans un film pour enfants, et dans un scénario qui ne s’y prêtait pas forcément. [EDIT : On remarquera, sur les bons conseils de Jérémy, la ressemblance entre cette gare et les hubs de niveaux qui existent dans les jeux vidéo, et dont la pénibilité est souvent lié à l’ennui de ces vrais-faux niveaux.]

Pour autant, présence ne signifie pas forcément positivitation. Cela ne tient qu’à quelques détails, mais cette simple bande-annonce résume parfaitement les perceptions inconscientes qui régissent le duel transports VS bagnole.

Aux premiers, les réalisateurs n’accordent que l’ennui d’une routine métro-boulot, évidemment dépréciative :

Si l’on résume : les transports en commun sont austères et sans âme ; on s’y tourne le dos, et on s’y emmerde franchement.

Inversement, l’image de l’automobile est évidemment méliorative : on y retrouve les valeurs habituelles de vitesse, de plaisir individuel et de liberté à conquérir :

Comme par hasard, c’est l’automobile qui permettra aux deux héros de sortir de leur quotidien morose (celui des transports en commun, donc)… Avec une touche kawaii dans le design, tant qu’à faire.

Moralité : derrière la modernité du propos général (la culture geek comme objet d’étude, la place des gameuses subtilement mise en avant, etc.), les réalisateurs peinent à s’extraire d’une perception particulièrement normative des mobilités.

Dommage : on aurait apprécié un regard véritablement neuf sur le quotidien d’un univers virtuel, le scénario étant propice à ces expérimentations.

Certes, on appréciera le choix des réalisateurs d’exprimer ce monde virtuel comme une simple banalité (ce qui nous rappelle nos utopies pudiques) : on est loin des clichés TRON-esque, dans lesquels un monde virtuel ne peut qu’être fait de blips et de néons… On leur reprochera juste (gentiment) d’avoir un peu trop calqué la réalité, et d’avoir laissé parler leur inconscient auto-lobotomisé.

Le chemin est encore long, avant qu’un Disney ne propose d’autres imaginaires de la mobilité… Mais on les pardonnera pour cette fois !

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Bonus : la bande-annonce alternative, moins mobile mais plus vidéoludique.

11 commentaires

  • Mais est-ce Disney qui éduqe nos enfants ???

    Je ne le pense pas.

    Est-ce la tv ou le cinéma qui nous incitent à adopter une conduite plus qu’une autre ?

    Là encore je ne le pense pas.

    Si Disney faisait un dessin animé, avec des héros qui mangent des brocolis, se lavent les dents, trient leurs déchets, adorent leurs maîtres d’école et leurs devoirs, utilisent les moyens de transports publics presque exclusivement, mais quel intérêt ?????? quel intérêt pour nos enfants  ???

    Comme le titre de votre article, « nos têtes blondes », ce terme là va dans la normativité qui est améliorative ou ne l’est pas !!!!

    • Le titre était ironique, justement…

      L’objectif de ce billet était de montrer comment un banal film Disney, malgré ses évidentes qualités, reflétait de manière inconsciente la perception majoritaire des mobilités… et ce faisant, contribuait à sa sédimentation dans l’inconscient collectif. Il ne s’agit donc pas d’éducation, mais plutôt de pérennisation d’un imaginaire obsolète.

      Ce qui suppose, pour nous autres défenseurs des mobilités plurielles, de trouver des armes pour y répondre sur le même terrain, à savoir : les imaginaires.

  • « La pérennisation d’un imaginaire obsolète »  : fallait oser le dire et de surcroît l’écrire ! … Yeeeeaaaah un imaginaire rempli de trottinettes, de vélos et de bus articulé. l’avenir à défaut d’être ludique et rock And roll, sera vert et raisonnablement mortifère !

    • Il faut parfois se renseigner avant de parler.
      Vouloir moins de bagnoles individuelles et davantage de transports en commun (qui peuvent être des bagnoles en partage…) ne signifie pas nécessairement l’imaginaire austère que vous décrivez… et que nous décrions nous-mêmes chaque semaine. Par exemple, sur l’imaginaire « rock’n’roll » des transports en commun : http://pop-up-urbain.com/adolescence-transports-collectifs-bus/ sans oublier sa version bandante, qu’on défend haut et fort : http://pop-up-urbain.com/metro-bonde-metro-bandant/
      Il y en a plein d’autres dans ces colonnes, on vous laisse fouiller si le coeur vous en dit.

      Mais votre commentaire résume bien tout ce qu’on décrit dans ce billet : vous-même n’envisagez pas qu’on puisse associer transports et rock’n’roll. Remercions donc un siècle d’imaginaires automobiles (et de non-imaginaires des transports) pour ce joyeux lavage de cerveau. Enfin, ces derniers temps, c’est plutôt l’industrie auto qui semble mortifère…

  • Je suis rock and roll, grande consommatrice de transports en communs, et me sens très concernée travaillant dans une structure qui est un des acteurs (parmi tant d’autres) de la mise en place de transports en commun.
    Néanmoins, j’ai le droit, de trouver cette démarche datée, obsolète et inutile !
    Ou la pensée unique est aussi votre dogme ?

    • La pensée unique, elle est dans votre caricature des mobilités et l’emploi de mots tels que « mortifère », propices à fermer tout débat. L’objectif est justement de trouver une alternative plus rock’n’roll à cet imaginaire, justement pour ne plus avoir à entendre cette caricature de bar-tabac.

  • Le débat ne pouvant avoir lieu, sa clôture étant proclamée avec condescendance, je vous souhaite d’atteindre vos objectifs et que je sois amenée à changer d’avis !
    Les caricaturitistes de bar-tabac sont bons joueurs ! Eux !

    • Relisez vos premiers commentaires, la condescendance n’était pas de notre côté. On en a juste marre d’entendre encore et toujours les mêmes clichés, surtout quand ils sont hérités d’un siècle d’offensives automobiles…

  • Pour revenir sur un ton plus léger …. :)

    Il y a un autre élément propre aux jeux vidéos qui, je crois (dans ma vieille tête de geek du dimanche), renforce l’opposition quotidien-TC/amusement-Bagnole, c’est celle du parallèle entre la gare et le Hub.

    Or, le Hub dans un jeu est typiquement l’endroit chiant : il ne s’y passe rien ou pas grand chose, aucun objectif n’est à remplir et c’est finalement une sorte de menu en 3 dimensions (en moins pratique) qui nous amène, via un temps de chargement pénible (pénibilité du transport ?) vers l’endroit où le fun se trouve. C’est un noeud de transit obligatoire qu’il faut utiliser, mais qu’on préférerai éviter. Exactement le rôle de cette gare qui semble permettre d’accéder à différents jeux.

  • Et dire que des foules se soulèvent et hurlent quand dans une publicité c’est à la femme que revient la cuisine et à l’homme de se vautrer dans le canapé… Alors que beaucoup savent que c’est de moins en moins le cas aujourd’hui (dans les villes).
    Alors pourquoi ne pas se soulever aussi devant un dessin animé qui « induit » aux enfants que les transports en communs sont barbants… Sachant que toutes les villes (au moins Européennes) se transforment pour suivre le maître mot « Mobilité ». Les tramway Français sont arc-en-ciel (Angers), designé par Buren (Tours), en coupe de Champagne (Reims)… et attirent les conducteurs de voiture, et leurs enfants.
    Est-ce que le sujet est moins important que Madame dans la cuisine?
    C’est le même combat, des vieilles idées qui perdurent (« La pérennisation d’un imaginaire obsolète ») et des esprits plus ouverts qui se disent « tient… et si les dessins animés devenaient modernes ? ».

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4 décembre 2012

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