Urbanité au goût bulgare #1 : « Je vois des gens qui sont morts »

Le 22 octobre 2010 - Par qui vous parle de , , ,

[ Pour ceux qui ne le savaient pas, j’ai récemment passé quelques semaine en Bulgarie, terre de mes ancêtres et de St Kostadinov (sisi la famille). Deux semaines principalement occupées à traîner ma carcasse et mon regard d’apprenti urbaniste à travers les rues sofiotes, histoire de partager avec vous un peu de cette urbanité au goût bulgare ! ]

La Bulgarie sent la mort. Ouais, c’est dur, mais c’est comme ça : la Bulgarie se meurt à petit feu, aux côtés de la mère-Russie et de quelques autres pays du coin (cf. l’excellent dossier de Courrier International : « Quand la Russie disparaîtra ») :

Mon papa a définitivement quitté la Bulgarie en 1985. Coïncidence ? Je ne pense pas :))

La Bulgarie sent la mort, ou plus exactement : la Bulgarie respire la mort, à pleins poumons. Car la coutume bulgare semble prendre un malin plaisir à afficher sur ses murs les témoignages de la mortalité nationale : portes d’entrées ou poteaux électriques : n’importe quel fragment de la ville est susceptible de se voir ainsi tagué par les photos de tel ou tel voisin mort il y a une semaine ou une année. Une poignée de fantômes vous accompagnera ainsi en permanence dans vos déambulations quotidiennes. Histoire de se souvenir que le petit vieux du 3e, celui qui prépare la meilleure rakia du quartier, va lui aussi bientôt y passer… :-|

Tradition certes morbide, mais qui rappelle l’importance du lien social chez cet élève modèle du soviétisme, grâce auquel chaque individu établissait des relations privilégiées avec ses voisins d’immeuble ou de groupement d’immeubles. Il n’y a d’ailleurs rien d’étonnant à voir cette coutume totalement absente des « nouveaux quartiers » qui se construisent depuis 2000 en périphérie de la capitale. Bien sûr, peu de vieux mourants y habitent, il y a donc statistiquement moins de raisons d’afficher ces nécrologies ; mais n’est-ce pas aussi le témoin d’une perte de valeurs communautaires, provoquée par le basculement trop rapide du pays vers l’économie de marché ?

Note : je suis persuadé que cette tradition n’est pas propre à la Bulgarie. N’hésitez pas à me faire part d’autres exemples, en Europe de l’Est ou ailleurs… :-)

EDIT du 25/10 : quelques exemples :

7 commentaires

  • ton premier graphqiue est flippant, j’ai cru que l’axe des ordonnées était à 0!

  • par ailleurs, je crois avoir vu cela en Crète mais de manière plus localisée: http://www.flickr.com/photos/nnova/3831837348/

    Ce genre d’affiches est présent près des places de marchés, c’est une sorte d’affichage publique

    • Haha non, il reste heureusement encore suffisamment de Bulgares pour constituer une équipe de foot au complet ;-)
      Ça n’empêche, ça baisse fort près du Bosphore ! (hum)

      Merci pour le lien ! Je vais éditer le texte, histoire d’agréger les exemples. Mais effectivement, c’est ici beaucoup plus localisé, version « agoria », plutôt logique pour la Crète. Dans le cas bulgare, ils sont partout… Brrr, j’en frissonne encore..! :-/

  • fascinant, mais déprimant c’est clair

    • Déprimant, oui, parce que les relations de voisinage n’ont pas la même valeur ici…
      Je prends l’exemple de mes grands-parents : ils ont vécu toute leur vie dans le même bloc, comme 80% de leurs voisins (quand il y retourne, mon papa recroise des gens avec qui il jouait au bac à sable y’a 50 ans, et qui vivent toujours dans le même appart !)
      Mais tout ça disparaît, au fur et à mesure que les « valeurs » communistes se perdent avec ceux qui y croyaient… (être assigné à un appart / à un travail avait ses vertus ^^)

  • Il ne manque que des QR codes sur les affichettes pour que la Bulgarie entre dans l’ère numérique… Il n’y a qu’à voir au Japon comment ils s’y prennent : http://www.giiks.com/lifestyle/japon-des-qr-codes-sur-les-pierres-tombales/
    Dans l’Empire du Soleil Levant, le numérique relie les morts aux vivants à travers le temps !

    Alors, la réalité mixte articulerait à la fois le monde physique avec le monde numérique, et le monde présent avec le monde mémoriel.

    Finalement ce n’est peut être pas si déprimant que ça. Une petite touche technologique et l’on peut construire du lien social et de l’avenir à partir de la mémoire et de l’histoire ;-)

  • Pour la tradition, je confirme que ça se fait en Crète. J’ai pu voir ce type d’affichages à Héraklion. Dans les autres villes ça ne m’a pas frappé. Peut-être que ça ne se fait pas partout.

    T.

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