Va vite et deviens, pour des villes enfin joggables

Le 8 septembre 2014 - Par qui vous parle de , dans , parmi lesquels ,

« Rien ne sert de courir, il faut partir à point. » Certes, mais dans une ville surchargée par ses concurrents, le piéton n’a souvent d’autre choix que de tracer sa route – pour attraper un bus qui démarre trop vite, échapper aux voitures qui n’aiment pas attendre, ou rattraper son retard après un RER en panne. En somme, la ville moderne semble tenir tête à Jean de La Fontaine, en rendant la course plus qu’indispensable… sauf que la ville elle-même ne semble pas encore l’admettre.

Paradoxe des paradoxes, la course n’a qu’une place assez réduite dans nos territoires, encore peu dociles à l’égard du piéton en général, et du coureur en particulier. Certes, les espaces propices au jogging sont croissants, mais souvent en marge des centre-villes : dans les parcs, le long des fleuves et canaux, mais rarement sur les trottoirs et rues embouteillées.

Batman qui court court court

Pourtant, à bien y regarder, la course présente toutes les qualités pour gagner sa place dans le ballet des « modes de transport », et pas seulement chez les sportifs du dimanche. De fait, elle s’inscrit pleinement dans la vaste gamme des « modes actifs« , qui rassemble l’ensemble des modes de déplacements ne mettant que l’énergie du corps à contribution (excluant les modes entièrement ou en partie motorisés, considérés de facto comme « passifs »). En flattant l’usage du corps et donc l’ego des piétons, l’expression présente l’intérêt non-négligeable de rendre ces modes attractifs… Plutôt judicieux en ces périodes où le mouvement est roi, et la perte de poids reine.

Par l’odeur de la sueur alléchées, les villes du globe rivalisent donc d’inventivité pour faire honneur aux modes actifs… en oubliant souvent de faire place nette au joggeur. Sans aller jusqu’à plaider en faveur de rues à double vitesse, telles que l’imaginaient les trublions d’Improv Everywhere, on peut se demander comment offrir une place plus agréable à la course en ville – qu’elle soit contrainte ou choisie, sportive ou retardataire. Peut-être faut-il commencer par en révéler les mille et une vertus ? Il s’agira aussi et surtout de montrer que la course n’est pas l’ennemie du slow, dans des villes à ce point obsédées par la lenteur automobile qu’elles en viennent à contraindre la vitesse piétonne…

Nicky Larson qui court court court

Les articles que compile ce dossier vont directement dans ce sens. On y retrouve les classiques de [pop-up] urbain : mangas, jeux vidéo, publicités vintages ou contemporaines, et autres pop-cultures à la gloire de la course, du saut et du yolo urbain, parmi ces six billets dont le plus ancien remonte à 2010. Plutôt que d’écouter docilement La Fontaine, on préférera donc régler nos pas sur ceux de Daniel Balavoine, cet autre fabuliste français qui chantait (presque) cette ode au joggeur :

« Et je cours,
Je me raccroche à la vie

Je me saoule avec le bruit
Des rues qui m’entourent »

Laisser un commentaire

8 septembre 2014

Par