[Avant-propos : [pop-up] urbain est heureux, fier et ému d’accueillir enfin l’ami Pierre Mallet, étudiant en urbanisme le jour, prince de la ville la nuit. Pour être tout à fait sincère, on l’aime d’amour, le Pierrot. Vous pouvez lui offrir le vôtre sur Twitter et Facebook, où il distille sa veille comme d’autres le bon whisky. Accueillons-le donc comme il se doit, avec un billet centré sur la verticalité et ses belles/fausses promesses. Un sujet qui nous intéresse évidemment au plus haut point…]

Thierry Paquot décrit les tours comme des « impasses en altitude », ce que j’ai moi aussi tendance à penser. Il ne serait donc pas idiot  de sortir de cette impasse avant que cette « ville haute » – sur laquelle il sera si difficile de peser – ne devienne trop vite réalité. Et quand on dit haute, autant commencer par la jouer modeste, et expérimenter sur l’existant avant de s’emballer au-dessus des nuages.

Quitte à s’enjailler en hauteur, on préfère le faire sur le toit de notre immeuble, avec thé à la menthe et massages, plutôt que sur des fleurs géantes dignes d’un Polly Pocket, 500 mètres au-dessus de tout signe de vie. Entre urbatopies pour teubés VS utopies pudiques, la ville haute de demain à définitivement besoin d’une direction. J’ai fait mon choix. Tu rejoins la team ?

Commençons par l’état des lieux. Actuellement, une majorité d’articles et de projets nous ressasse les mêmes toitures vertes, dont l’idée assez peu innovante (même si elle reste un bon début) a été mis en avant par certaines équipes du Grand Paris. Mais à l’époque du greenwashing, la réflexion reste tout de même assez faible.

Il serait grand temps que l’on arrive à aller plus loin, à imaginer d’autres futurs possibles à nos hauteurs que des pots de fleurs que l’on regarderait sur Google Map tout en se disant que l’après-Kyoto c’est vraiment sympa. Dans cette quête d’imaginaires, deux projets récents peuvent peut-être nous aider à lancer la réflexion. Avec pour but d’imaginer une ville un peu moins chiante.

Fin juin dernier, le collectif bordelais Bruit du Frigo mettait en place son Institut du point de vue, belvédère urbain éphémère placé sur le toit d’un immeuble dans le quartier de la Benauge. Le projet est le 3è de la série Lieux possibles ayant pour but d’ « investir et détourner des espaces urbains pour en modifier temporairement la fonction, activer leur potentiel créatif, expérimenter d’autres usages réels, stimuler l’imaginaire des habitants et tester des aménagements possibles. » Et pour tout ça, le collectif excelle.

Au programme : hammam, repas gastronomiques, séances de cinéma, lit collectif démesuré (ce qui ne déplaira pas au créateur de ce blog), concerts, massages et tant d’autres activités détentes. Le lieu met en scène la ville en offrant à ses visiteurs une vue panoramique privilégiée à 30 mètres du sol, tout en imaginant des usages inédits sur un espace où, dans ce genre de quartiers, la tendance est plutôt au sacrifice de l’urbanité. Un changement de regard s’opère alors.

La barre d’immeuble, souffrant habituellement d’une mauvaise image, devient un point privilégié dans la ville dont l’intérêt dépasse les frontières du quartier, et apporte par la même occasion de la fierté à ses habitants, peu habitués à ce que leur habitat soit source d’évasion et d’utopies collectives.

Changement de ville et de projet, mais pas de mentalités. Dans le cadre du festival le Voyage à Nantes, l’école d’architecture de la ville a accueilli sur son toit un drôle d’ovni. Banaball, structure du sport éponyme mixant pelote basque et balle au prisonnier, a vu se dérouler les parties les plus improbables d’une activité encore non identifiée.

Sur l’immense toit de l’école, perchée à plus de 30 mètres du sol, la structure couleur Pikachu imaginée par Clément Bacle et Ludovic Ducasse donne sens à cet espace. Ici comme à Bordeaux, la ville se regarde, et prend de la hauteur pour s’imaginer un futur collectif, où usages et urbanités inexplorés ont la part belle, et si possible moins conventionnels que ceux bien établis de la ville basse.

La lutte contre la bataille pour les cieux sera longue et douloureuse, en témoigne le dernier projet saoudien d’une tour dépassant le kilomètre. Mais la hauteur, quand elle est raisonnée et maîtrisée, peut nous amener à repenser nos imaginaires urbains collectifs, pour éviter que la ville verticale soit aussi aseptisée que l’horizontale. Vaste chantier…

Note : puisqu’on parle de Bruit du Frigo, rendons ici hommage à son cofondateur Gabi Farage, décédé bien trop tôt en mai dernier. Génial architecte touche-à-tout et militant créatif engagé, c’est lui qui m’a donné, avec d’autres, la conviction qu’un autre urbain est possible, et nécessaire.

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