Urine et skate, croisement d’effluves

Le 17 février 2010 - Par qui vous parle de , , , , , , , dans parmi lesquels

Dans son dernier numéro, la revue Urbanisme se pliait à une génial exercice : explorer les « petits riens » de la ville, ces banalismes du quotidien qui font et défont notre urbanité. Qu’est-ce que dormir, manger, marcher ou encore uriner dans la ville moderne ? Thierry Paquot a cette formule superbe pour introduire le dossier :

« La ville recèle de ces trésors anodins mais incommensurables, de véritables démultiplicateurs de songes. »

L’exercice était trop tentant. L’équipe Chronos et moi-même avons donc joué le jeu en illustrant, chacun à notre façon, deux de ces pratiques du quotidien. Le résultat est assez génial, mêlant Benabar et Renoir, Big Brother et VDM. A découvrir ici.

Pour ma part, je suis resté fidèle à la doctrine « pop-up » avec mes deux contributions à retrouver ci-dessous (merci Chronos) : uriner et skater… vus par Foursquare et Marty McFly ;-)

Skate : de l’intemporalité des glisses urbaines

Une scène célèbre a contribué à la gloire de la trilogie Retour vers le futur. A deux époques différentes (1955 et 2015), le héros enfourche un skate pour fuir les voyous qui en veulent à sa peau (cliquer sur l’image pour voir la célèbre scène en Hoverboard)

skate hoverboard

Derrière ce clin d’œil, les glisses urbaines s’imposent, élément inévitable du paysage urbain. Point d’orgue de la métaphore : dans le premier épisode qui se déroule en 1955, les voyous enfourchent leur auto et finissent noyés dans le fumier suite aux acrobaties du héros. L’illustration douteuse de la suprématie des modes glissants dans la ville ?

Urine : la trace sublimée

Beaucoup se précipitent pour saluer la révolution des applications géolocalisées comme Foursquare, qui permettent de partager sa localisation à son réseau social. Mais certains restent sceptiques : n’est-ce pas simplement « l’équivalent digital de pisser dans la rue », comme le souligne un commentaire sur cet article de BusinessWeek ? Un autre complète :

« C’est comme uriner électroniquement sur une borne incendie. Si vous n’avez pas d’argent, vous « taguez » un coin de garage. Si vous en avez, vous « taguez » votre géolocalisation. »

L’urine serait donc un LBS avant l’heure, qui dépeint depuis des siècles la conquête de la ville par les citadins – au grand dam des riverains. Que l’on parle virtuel ou réel, la ville s’approprie dans ce marquage intensif de l’espace. J’avais parlé de « folksotopie » pour définir ces territoires urbains « augmentés » par l’éditorialisation des citadins, via les applications géolocalisées. « L’urotopie » désignerait alors son pendant odorant : des territoires embaumés par une envie pressante.

Note : Voici le texte sans additif, tel qu’il a été rédigé pour Chronos. Le sujet me tenant toutefois particulièrement à cœur, attendez-vous à retrouver très bientôt une « extended version » dans ces colonnes. L’u(ro)topie urbaine n’a pas dit son dernier mot !

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Le mot de la fin revient à Thierry Paquot :

« Chaque déambulation urbaine devient cueillette d’anecdotes. Chaque détour vous rend témoin d’une scène unique et inhabituelle. Qui d’entre nous refuse d’actionner son œil-caméra ? Pas moi, en tout cas, trop gourmand de ces saynètes, trop “bon public” pour les bouder, trop content qu’il se passe quelque chose, car finalement la grande ville se doit d’être à la hauteur de sa réputation, non ? Ces “petits riens urbains” sont autant de bénédictions laïques dans la grande communion des citadins… »

Comment résister à cette invitation ? A vous de jouer.

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