Verticalités #2 – Les toits, terrae incognitae

Le 30 août 2012 - Par qui vous parle de , , dans parmi lesquels , ,

[Avant-propos : Billet écrit avec Julie Rieg du Groupe Chronos, en préambule à notre cahier prospectif commun.]

Penser la verticalité urbaine signifie repenser la place que l’on accorde à ses horizontalités, c’est-à-dire aux toits, encore sous-exploités par l’urbanisme contemporain et qui seront donc notre deuxième « dimension » (voir notre introduction) ici décryptée.

L’architecture historique des villes arabes souligne depuis des siècles le rôle des toits dans la densification par l’élévation itérative. En Occident, la culture festive des « rooftops » (soirées organisées sur les toits des immeubles) a durablement façonné l’imaginaire de la métropole américaine et sa vitalité créative. De même, les mégalopoles du Sud-Est asiatique ont rapidement donné naissance à des terrasses d’un nouveau genre, palliant le déficit d’espace au sol : jouer au football, au golf ou au tennis fait partie du quotidien des Séouliens et Tokyoïtes. Le contraste avec les villes européennes n’en est que plus significatif.

Certains proposent de réinventer le toit, en particulier dans les contextes urbanistiques des années 70-80. Au-delà de la simple terrasse, on réhabilite le toit, par exemple ici pour un parcours santé vertigineux. Le projet n’a rien de concret, mais se plaît à dessiner de nouvelles urbanités mêlant l’horizontal et le vertical, faisant le lien avec les saines mobilités évoquées dans la partie suivante. Clin d’oeil de la science-fiction, les toits du livre Blade Runner font d’ailleurs office de ménagerie pour les habitants de l’immeuble.

A cela s’ajoute la place de choix qu’occupent les toits vis-à-vis de l’ensoleillement, et c’est logiquement que Paris a décidé de mettre à jour son cadastre en incluant cette précieuse variable dans ses modèles, afin d’optimiser les sources de production d’énergie solaire. Mais au-delà des seuls panneaux solaires, la réappropriation énergétique des toits passe aussi par des dispositifs astucieux, comme ces peintures blanches qu’on a vu fleurir sur les toits américains, s’inspirant des standards depuis longtemps éprouvés des villes méditerranéennes.

A l’inverse, on s’interrogera sur une réflexion contemporaine visant à réduire la délinquance en empêchant l’appropriation des toits, afin d’empêcher des jeunes de lancer des objets sur les forces de l’ordre (concept deprévention situationnelle) Si cette injonction sécuritaire peut évidemment se comprendre, on regrettera ce qu’elle implique pour les habitants eux-mêmes (on se référera par exemple à la scène du barbecue dans le film La Haine). N’est-il pas possible de trouver un compromis entre nouvelles appropriations et enjeux de mixités urbaines ?

Vol de merguez, extrait de La Haine

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