Réalité augmentée : que reste-t-il de nos amours ?

Le 24 septembre 2015 - Par qui vous parle de , , dans , parmi lesquels ,

Remontons en arrière d’une petite dizaine d’années, si vous le voulez bien. Nous sommes alors au milieu des années 2000 : l’iPhone vient de sortir, et avec lui son cortèges d’extrapolations sur l’impact du numérique dans nos vies. Certains termes iconiques émergent ou se popularisent, avec plus ou moins de sérieux… parmi lesquels la fameuse « réalité augmentée », sujet de ce dossier archives en ce doux mois de septembre. Si le terme paraît quelque peu suranné aujourd’hui, il faut se rappeler qu’il portait à l’époque toutes les ambitions du numérique ubiquitaire. Dans la lignée du fameux « 5e écran » cher à Bruno Marzloff, le smartphone comme « extension de soi » était sensé ouvrir l’espace urbain à un champ d’investigation presque infini. La réalité augmentée était alors présentée comme la porte d’entrée vers un multivers numérique aussi jouissif qu’imaginaire, une voie d’accès à cette fameuse « ville ludique » que nous chérissions tant (et que nous chérissons toujours). Que sont ces promesses devenues, une petite dizaine d’années plus tard ?

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Pour bien comprendre le niveau de hype qu’a pu avoir la réalité augmentée dans ces années-là, nous ne pouvons que vous recommander le visionnage de Dennō coil, dont est tiré le .gif ci-dessus. Cet anime japonais, absolument parfait tant sur le fond que dans la forme, propose une vision particulièrement stimulante de la réalité augmentée… d’autant plus intéressante qu’elle est en complet décalage avec son pendant occidental et corporate, bien plus lisse et donc terne. Regarder Dennō coil, c’est donc à la fois comprendre ce que pourrait être la réalité augmentée, et dans le même temps ce qu’elle n’a jamais vraiment été, faute de véritable ambition créatrice.

A l’époque stimulés par ces imaginaires, nous avions participé à l’effusion des spéculations quant à la manière dont la réalité augmentée pouvait « réenchanter » notre quotidien, en y glissant des mondes virtuels uniquement accessibles au travers d’un écran. Quelle ne fut pas notre déception en constatant que l’essentiel des productions de l’époque avait surtout trait au marketing et autres dérives commerciales de la ville…

L’une des plus belles illustrations de cette vision très policée, parmi celles évoquées dans nos archives, est à trouver dans ce spot Samsung que nous avions autopsié avec nos petits scalpels urbains. De cette sémiologie de comptoir assumée, il ressortait notamment les prémisses d’une réflexion qui nous tient à cœur depuis lors : que devient la ville lorsqu’on ne la voit plus qu’au prisme de l’écran ?

Pour apporter une réponse plus ou moins concrète à cette turpitude, nous avions participé à un concours d’architecture avec deux amis étudiants, Thomas Perez et Nicolas Ruiz Gonzales. Avec « Kubikopedia », nous tentions de voir à quel point la réalité augmentée pourrait remplacer l’architecture et même l’urbanisme. Quoi de plus naturel, pour un trio biberonné aux mondes virtuels ?

Certes, cette perspective reste encore très hypothétique, surtout au regard de l’incapacité de la réalité augmentée à trouver son marché malgré l’explosion des smartphones. Mais faire de la prospective, c’est justement se poser des questions, et qu’importe si elles ne mènent à rien : le cheminement de la pensée est souvent plus pertinent que sa conclusion. C’est alors que nous nous sommes demandés : à qui appartient la ville augmentée ? Car imaginer un monde hybride dans lequel le numérique aurait autant de poids que le physique, c’est nécessairement s’interroger sur la « valeur » de cet espace hyperréel. Et qui dit valeur, dit redistribution des pouvoirs…

Le plus drôle, dans tout ça ? Malgré le nombre de papiers que nous avons consacré à dérouler le fil du sujet, la réalité augmentée ne nous aura jamais vraiment conquis. Vous le comprendrez en lisant le titre de cette dernière archive, la première et peut-être la plus importante d’entre toutes. Encore aujourd’hui, notre opinion n’a pas changé d’un iota : tant que la réalité augmentée n’aura pas de véritable valeur enchanteresse, tant qu’elle se bornera à servir les intérêts des marques et des publicitaires, tant que les élucubrations de Dennō coil resteront de sympathiques délires animés : nous resterons à bouder dans notre coin.

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in Robotics;Notes

1 commentaire

  • Si je me souviens bien, l’appli iphone de la RATP avait une fonction réalité augmentée à son démarrage. Ya des chances que ce fut la 1ère application de ce genre en france. Elle utilisait la caméra back et affichait les stations de métro avec distance et trajet piéton en surimpression. Pour situer j’utilisais ça avec mon iphone 4.

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