Nécrologiques urbaines : quels liens tisser entre morts et villes ?

Le 26 novembre 2015 - Par qui vous parle de , , , , ,

« La mort est inaccessible pour le vivant physiquement, seulement, elle ne peut être qu’objet de discours ou de regard. »
Vladimir Jankélévitch

Ces derniers temps, le thème de la mort n’aura jamais été aussi proche de nos espaces publics. Les événements du 13 novembre dernier raisonnent encore comme une brûlure dans l’esprit des urbains, touchés de près ou de plus loin. Les victimes directes des actes, la ville en proie à ce terrorisme contemporain, la manière dont les assaillants se seront donnés la mort, les questions de deuil national, etc., sont autant d’épreuves qui se sont soudainement frottées à notre vie quotidienne. Et n’est-ce pas dans ces moments là que l’on prend conscience du vivant, et que l’on fait enfin face à notre sort funeste ?

De mille manières, un espace urbain pourra ainsi être confronté à la mort. Mais bien souvent, la ville se retrouvera démunie et démolie par le chagrin. Bafouillant un discours écrit à chaud, ou fuyant ses plaies à peine pansées. C’est en tout cas par le tabou, l’oubli et cette tristesse profonde que nos espaces publics semblent généralement embrasser les défunts qui s’y exposent. Dans certains cas bien précis, une autorité gouvernante prendra les choses en main. A coup de plaques, de monuments et diverses autres constructions mémorielles. Pour le reste, l’intime va souvent de pair avec cet « irrécupérable » que l’on cherche encore à maîtriser.

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C’est l’un des sujets fétiches de notre blog, et on l’affichera toujours fièrement. De 2010 à 2015, nous avons essayé de creuser ce terreau sous lequel reposent des milliers d’imaginaires, de frayeurs et d’énigmes. Comme toujours, c’est par le biais des villes que l’on a cherché à s’exercer sur ce terrain glissant et gravillonneux. Nos archives regroupent ainsi un panel diversifié de ces touches d’urbanités charognardes qui émergent dans les cités du monde entier. Ce sont des preuves d’amour, des actions de mémoire collective, des innovations, des aménagements publics ou privés. On vous laisse piocher dans la sélection suivante, en espérant que ce que vous y lirez vous fera réfléchir, sourire ou mieux dormir…

Tout a commencé après une virée chez les ancêtres de notre fondateur : au beau milieu des rues bulgares. Sur place, un sentiment de « ville morte », littéralement, à cause d’affiches présentant le curriculum vitae d’âmes parties trop tôt, placardées sur le mobilier urbain local. S’en est donc suivie une longue introspection de notre rapport à la mort dans les espaces publics :

L’année suivante, c’est dans le cadre d’une présentation entre les murs de Science Po Rennes que l’on s’est vu aborder les problématiques mortuaires, cette fois-ci sous le prisme du numérique comme outil mémoriel dans la ville contemporaine :

Quelques semaines plus tard, un étrange projet « à mi-chemin entre happening artistique et une réelle campagne de sensibilisation » nous amenait à cogiter sur les limites de la « publicisation » de l’espace urbain, et des vicissitudes de la sécurité routière :

Le concept de « thanatopraxie urbaine » lancé, il s’agissait alors d’approfondir les leviers et outils pour « mettre les morts à la disposition des vivants« , au cœur des urbanités quotidiennes. L’application moscovite Death Revealer en était alors la principale illustration, croisée au détour de notre veille journalière :

Enfin, nous avons souhaité effleurer la question des cimetières et de l’ensevelissement urbain. Après un tour du monde de ces pratiques mi-sociales mi-urbanistiques (#1), nous nous sommes attachés aux usages de ces lieux, et à leur reconquête possible en tant qu’espaces publics (#2) :

Autant de liens que l’on se prend à refouiller ces derniers jours, portés par l’envie de comprendre cette ombre qui navigue dans nos rues, invisible mais néanmoins bien présente.

***

Pour aller plus loin, nous avions fourni – en 2013 – une sorte de bilan bien étoffé de ces questions, sur le blog « Smart Cités » de Slate.fr :

A la ville à la mort : j’irai marcher entre vos tombes

1 commentaire

  • Bonjour à toutes et tous,

    Sur un plan culturel, l’expérience de la mort, ce qu’Heidegger incluait dans son concept d' »habiter », a été purement et simplement rendue impossible par le nouvel esprit des grandes métropoles ; la moue blasée de l’homo urbanus de Simmel est devenue l’indicateur premier de cette vie mutilée. Le thème que vous lancez est donc pertinent (et assez inédit) , mais il ne peut, je pense, faire l’économie de cette question anthropologique.
    Bien à vous

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